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[CRITIQUE] : Pour L'Éternité



Réalisateur : David Freyne
Acteurs : Elizabeth Olsen, Miles Teller,  Callum Turner, Da'Vine Joy Randolph,...
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Budget : -
Genre : Comédie, Romance.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h54min

Synopsis :
Dans un au-delà où chaque âme dispose d’une semaine pour choisir où et avec qui passer l’éternité, Joan doit affronter un choix impossible : rester auprès de l’homme avec qui elle a partagé toute sa vie, ou retrouver son premier amour, disparu très jeune, et qui l’attend depuis toujours... Et vous, que choisiriez-vous ?





Au sein du giron d'une comédie romantique qui commence a joliment reprendre des couleurs (surtout depuis que la talentueuse Celine Song a poppé pour la dépoussiérer de fond en comble), force est dadmettre que lon attendait beaucoup de Pour l'Éternité de l'irlandais David Freyne, pensé comme cocktail comico-dramatico-romantique plutôt singulier dans sa volonté d'aborder le genre d'un point de vue plus fantaisiste et métaphysique que le tout commun de la romcom contemporaine : l'amour après la mort, au détour d'une réflexion existentielle sur les notions même de l'au-delà et de l'amour éternel, menée par deux êtres ne s'étant - logiquement - pas posés du " et après ", une fois que la mort est justement censée les séparer... où nous réunir à nouveau.

Un point de départ fascinant auquel le cinéaste ajoutait comme cerise sur le gâteau, une nuance de poids : la notion de choix, la possibilité de choisir la destinée que l'on veut dans la mort, le ver dans la pomme du mariage qui unissait Joan et Larry.

Copyright Metropolitan FilmExport

Tous les deux décédés à un âge avancé (elle d'un cancer, lui après s'être étouffé avec un bretzel) mais rajeunis dans l'au-delà, tout bascule alors que la première retrouve dans une sorte de purgatoire conçu comme une salle d'attente comico-céleste à la bureaucratie oppressante, son premier mari mort pendant la guerre de Corée, Luke, qui l'attend depuis plus de soixante ans pour qu'ils puissent enfin partager l'éternité d'un mariage que la guerre leur a volé.
Joan a alors trois semaines pour choisir l'un des deux hommes, avec tout le poids que convoque l'idée d'une éternité que l'on ne peut quantifier (comme le déterminisme socialo-religieux de devoir implicitement, vivre l'éternité accompagné), et dont le caractère sentencieux implique qu'aucun retour en arrière n'est possible (d'autant que si l'on galère à faire son choix, capitalisme et obsession de la productivité purement humaine oblige, on bosse)...

Arpentant le terrain sinueux de la romance philosophique et romantique, le même sur lequel Kogonada s'est gentiment banané tout récemment avec son A Big Bold Beautiful Journey, avec un point de départ incarnant presque le pendant macabre de Beetlejuice (avec les mêmes contraintes bureaucratiques imposées par une vie dans l'au-delà dont on ne connaît pas les codes), Pour l’éternité swingue tout du long sur le fil tenu de la fantaisie et de l'ironie sans jamais réellement écraser ses enjeux dramatiques (même si la question d’une expérience vécue incarnant un apéritif faussé face à l'immensité du spectre d'une mort éternelle, n'est malheureusement jamais assez développé), pour mieux réinventer juste ce qu'il faut les codes d'une romcom américaine qu'il aborde avec un respect sans borne.

Le tout porté tout autant par une craquante Elizabeth Olsen (qui donne de la profondeur à une femme déterminée par le désir de ne plus sacrifier ni de conditionner son propre bonheur, sur celui d'autrui, libérée quelle est désormais de son statut de mère et d'épouse, même si un dilemne cornélien l'y renvoie), que par un Miles Teller à la palette de jeu merveilleusement nuancée, qui vient aisément supplanter la partition d'un Callum Turner qui a peu de grain à moudre, en incarnant un mari qui apprend enfin à découvrir sa femme, dans sa quête maladroite pour la (re)conquérir.

Copyright Metropolitan FilmExport

Alors certes, tout n'est pas toujours cohérent (même si frappé d'une créativité réellement rafraîchissante), mais il y a une gymnastique fascinante qui se dégage de ce joli effort de funambule, qui incarne une douce et sucrée balade romantique mais aussi et surtout une belle réflexion existentielle sur l'amour pensé comme un esprit vivant, qui ne doit jamais pris pour acquis, ni être régit par des lois - et encore moins un au-delà - qui le dépasse.
Un vrai petit bout de paradis cinématographique en ce début d'hiver glacial et pluvieux.


Jonathan Chevrier