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[CRITIQUE] : Seuls les rebelles


Réalisatrice : Danielle Arbid
Avec : Hiam Abbass, Amine Benrachid, Shaden Fakih,...
Distributeur : JHR Films
Budget : -
Genre : Drame, Romance.
Nationalité : Français, Libanais,  Émirati.
Durée : 1h38min

Synopsis :
Suzanne, veuve d’une soixantaine d’années, fait la connaissance d’Osmane un soir à Beyrouth… Il est jeune, noir, soudanais, migrant sans papiers. Elle est libanaise d’origine palestinienne, et a le double de son âge… Ils tombent amoureux. Le Liban est au bord du précipice. Alors que leur amour déclenche une levée de boucliers, au cœur du chaos ambiant, Suzanne et Osmane résistent.





On avait laissé le cinéma de la cinéaste franco-libanaise Danielle Arbid sur une oeuvre résolument ambitieuse, une adaptation personnelle de " l'inadaptable " roman Passion Simple d'Annie Ernaux, un récit scrutant toute l'ambivalence fascinante et les contradictions de la passion sentimentale et physique qui peut unir - et désunir - jusqu'à l'extrême les coeurs mais surtout les corps, qu'elle avait circonscrite à un cadre très précis (des étreintes fugaces et charnelles uniquement dictées par les envies de l'homme, que le récit original ne développait pas forcément plus que de raison), pour mieux croquer par la chair et le manque, une auscultation pertinente de l'aliénation amoureuse, un étourdissement entre (court) bonheur et (lente) souffrance qui emportait une bouleversante Laetitia Dosch et sa redécouverte sur le tard, d'une féminité enfouie qui ne demandait qu'à s'épanouir.

Copyright EasyRiders Films

De passion, il en est de nouveau question au coeur de son nouvel effort, Seuls les rebelles où, dans une Beyrouth spectrale et meurtrie (reproduite par rétroprojection en studio, à Paris, logique vu le contexte géopolitique actuelle), elle s'attache à une relation amoureuse qui elle aussi, trouble par sa nature : celle qui unit Suzanne (une sublime Hiam Abbass), une veuve palestinienne de 63 ans, Osmane (un juste et mélancolique Amine Benrachid), un jeune migrant soudanais sans papiers d'une vingtaine d'années, qu'elle a sauvé d'une agression et qui est venu tromper la monotonie résignée de son triste quotidien.

Deux âmes exilées et deracinées qui trouvent un réconfort dans la présence attentive et silencieuse de l'autre, deux êtres qui se composent une illusion fragile pour mieux tromper la violence crue d'une réalité dont la brutalité menace continuellement de les emporter : elle résiste avec puissance aux normes sociales, à cette idée que les femmes passé un certain âge, ne peuvent plus écouter - et encore moins succomber - à leurs désirs; lui, au contraire de cet épanouissement féminin, commence lentement mais sûrement à vaciller sous le poids des préjugés, de la pression sociale et d'un racisme décomplexé.

Copyright EasyRiders Films

Toute la tragédie est là, nichée dans la haine/l'exclusion des autres comme dans la cruauté et le mépris presque ordinaire des proches, dans cette oppression psychologique toxique qui vient gangrener même les plus pures intentions/sentiments, qui cherche à contrôler, condamner ce qui ne suit pas la convenance.
Arbid épouse tout autant la rudesse de cette hostilité profonde (qui apparaît un poil caricatural dans sa peinture unilatérale du peuple libanais) que la délicatesse de cette tendre et inattendue idylle trompant la conformité établie, au coeur d'un mélodrame romantico-social à la fois sombre et léger, pesant mais prenant.


Jonathan Chevrier