[CRITIQUE] : La Fille Condor
Réalisateur : Alvaro Olmos Torrico
Acteurs : Marisol Vallejo Montaño, María Magdalena Sanizo, Nely Huayta Cutipa,...
Budget : -
Distributeur : -
Genre : Drame.
Nationalité : Bolivien, Uruguayien, Péruvien.
Durée : 1h49min
Synopsis :
Clara est une doula quechua qui chante pour apaiser la douleur des femmes enceintes. Sa mère Ana, sage-femme chevronnée, considère ce don comme un miracle. Influencée par une amie, et après une dispute avec sa mère, la jeune femme décide de partir pour la grande ville. Depuis la communauté subit la mort mystérieuse d'animaux et des récoltes, les villageois attribuent cette punition au départ de Clara. Sa mère décide de la retrouver.
Le peuple Quechua est à la base originaire du Pérou, mais il s'est répandu à travers l'Amérique du Sud au fil des siècles, vivant des bonnes grâces de la terre, que ce soit par l'agriculture où par l'élevage pastoral dans les hauts plateaux, mais une combinaison malheureuse et de plus en plus pressente entre les divers bouleversements économiques et climatiques, ont éteint leur réalité et contraint de nombreuses personnes à un déchirant exode rural, déménageant vers les villes pour vivre de miettes en briguant des emplois subalternes et mal rémunérés.
Si Alejandro Loayza Grisi en avait fait son thème charnière au coeur de son très beau Utama : La Terre Oubliée, La Fille Condor, estampillé second long-métrage du cinéaste bolivien Álvaro Olmos Torrico, capture cette opposition entre un ancien monde qui se meurt et une société moderne qui le dévore, au détour d'un drame (très) contemplatif arborant les codes d'un récit initiatique sous fond de quête identitaire où s'entremêle intime et dimension symbolique, mémoire collective/héritage traditionnel et désir d'émancipation, nostalgie et déracinement.
L'histoire s'attache tout du long à la jeune Clara, qui vit dans un petit village des Andes boliviennes avec sa mère adoptive, Ana, une sage-femme qui lui apprend ce savoir-faire ancestral dans l'espoir qu'elle accompagne à son tour, les femmes des villages ruraux durant les derniers mois de leur grossesse, là où ses aspirations sont pourtant, en partie, toutes autres : elle rêve de percer grâce à la chanson, en lien même avec son héritage culturel et folklorique, une manière plus conventionnelle d'user de son talent inné pour le chant, mais qui semble - un temps - parfaitement lui convenir.
Toute la substantifique moelle dramatique du film réside là, dans la manière résolument délicate qu'à le cinéaste tromper l'aspect résolument prosaïque de son écriture, pour mieux concentrer toute son attention sur une opposition générationnelle (moins abrupte et fermée qu'elle ne le laisse entendre de prime abord) comme sur la dualité d'une jeune femme partagée entre sa curiosité pour un monde moderne fantasmé et censé être plein de promesses et de possibilités, et son attachement profond et évident à ses racines, entre ses aspirations intimes et son envie de s'émanciper, et les attentes - sociales comme familiales - imposantes qui pèsent sur elle (et les responsabilités qui en découlent).
Une indécision que Álvaro Olmos Torrico emballe avec une retenue salutaire et une assurance tranquille, s'appuyant sur la splendide photographie de Nicolás Wong Díaz (qui compose presque de véritables tablraux vivants, dont quelques plans font partis des plus beaux vu cet été en salles) pour faire de son cadre montagneux bolivien un vrai personnage à part entière (et un outil d'autant plus éloquent pour mettre en lumière la vérité d'une communauté rarement célébrée sur grand écran), en parfaite osmose avec les émotions que traversent ses personnages (croqués juste ce qu'il faut, même si un poil plus de profondeur n'aurait pas été du luxe), des figures féminines poignantes et attachantes qui tentent tant bien que mal de tracer leurs propres chemins, au coeur d'existence où rien ne leur est véritablement donné.
Un bel effort donc, pudique et profondément humain, à qui il ne manque que quelques jolies notes pour devenir véritablement incontournable.
Jonathan Chevrier
Acteurs : Marisol Vallejo Montaño, María Magdalena Sanizo, Nely Huayta Cutipa,...
Budget : -
Distributeur : -
Genre : Drame.
Nationalité : Bolivien, Uruguayien, Péruvien.
Durée : 1h49min
Synopsis :
Clara est une doula quechua qui chante pour apaiser la douleur des femmes enceintes. Sa mère Ana, sage-femme chevronnée, considère ce don comme un miracle. Influencée par une amie, et après une dispute avec sa mère, la jeune femme décide de partir pour la grande ville. Depuis la communauté subit la mort mystérieuse d'animaux et des récoltes, les villageois attribuent cette punition au départ de Clara. Sa mère décide de la retrouver.
Le peuple Quechua est à la base originaire du Pérou, mais il s'est répandu à travers l'Amérique du Sud au fil des siècles, vivant des bonnes grâces de la terre, que ce soit par l'agriculture où par l'élevage pastoral dans les hauts plateaux, mais une combinaison malheureuse et de plus en plus pressente entre les divers bouleversements économiques et climatiques, ont éteint leur réalité et contraint de nombreuses personnes à un déchirant exode rural, déménageant vers les villes pour vivre de miettes en briguant des emplois subalternes et mal rémunérés.
Si Alejandro Loayza Grisi en avait fait son thème charnière au coeur de son très beau Utama : La Terre Oubliée, La Fille Condor, estampillé second long-métrage du cinéaste bolivien Álvaro Olmos Torrico, capture cette opposition entre un ancien monde qui se meurt et une société moderne qui le dévore, au détour d'un drame (très) contemplatif arborant les codes d'un récit initiatique sous fond de quête identitaire où s'entremêle intime et dimension symbolique, mémoire collective/héritage traditionnel et désir d'émancipation, nostalgie et déracinement.
L'histoire s'attache tout du long à la jeune Clara, qui vit dans un petit village des Andes boliviennes avec sa mère adoptive, Ana, une sage-femme qui lui apprend ce savoir-faire ancestral dans l'espoir qu'elle accompagne à son tour, les femmes des villages ruraux durant les derniers mois de leur grossesse, là où ses aspirations sont pourtant, en partie, toutes autres : elle rêve de percer grâce à la chanson, en lien même avec son héritage culturel et folklorique, une manière plus conventionnelle d'user de son talent inné pour le chant, mais qui semble - un temps - parfaitement lui convenir.
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Toute la substantifique moelle dramatique du film réside là, dans la manière résolument délicate qu'à le cinéaste tromper l'aspect résolument prosaïque de son écriture, pour mieux concentrer toute son attention sur une opposition générationnelle (moins abrupte et fermée qu'elle ne le laisse entendre de prime abord) comme sur la dualité d'une jeune femme partagée entre sa curiosité pour un monde moderne fantasmé et censé être plein de promesses et de possibilités, et son attachement profond et évident à ses racines, entre ses aspirations intimes et son envie de s'émanciper, et les attentes - sociales comme familiales - imposantes qui pèsent sur elle (et les responsabilités qui en découlent).
Une indécision que Álvaro Olmos Torrico emballe avec une retenue salutaire et une assurance tranquille, s'appuyant sur la splendide photographie de Nicolás Wong Díaz (qui compose presque de véritables tablraux vivants, dont quelques plans font partis des plus beaux vu cet été en salles) pour faire de son cadre montagneux bolivien un vrai personnage à part entière (et un outil d'autant plus éloquent pour mettre en lumière la vérité d'une communauté rarement célébrée sur grand écran), en parfaite osmose avec les émotions que traversent ses personnages (croqués juste ce qu'il faut, même si un poil plus de profondeur n'aurait pas été du luxe), des figures féminines poignantes et attachantes qui tentent tant bien que mal de tracer leurs propres chemins, au coeur d'existence où rien ne leur est véritablement donné.
Un bel effort donc, pudique et profondément humain, à qui il ne manque que quelques jolies notes pour devenir véritablement incontournable.
Jonathan Chevrier









