Jonathan

[TOUCHE PAS NON PLUS À MES 90ϟs] : #85. Nowhere To Run

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Nous sommes tous un peu nostalgique de ce que l'on considère, parfois à raison, comme l'une des plus plaisantes époques de l'industrie cinématographique : le cinéma béni des 90's, avec ses petits bijoux, ses séries B burnées et ses savoureux (si...) nanars.
Une époque de tous les possibles où les héros étaient des humains qui ne se balladaient pas tous en collants, qui ne réalisaient pas leurs prouesses à coups d'effets spéciaux et de fonds verts, une époque où les petits studios venaient jouer dans la même cour que les grosses majors légendaires, où les enfants et l'imaginaire avaient leurs mots à dire,...
Bref, les 90's c'était bien, tout comme les 90's, voilà pourquoi on se fait le petit plaisir de créer une section où l'on ne parle QUE de ça et ce, sans la moindre modération.
Alors attachez bien vos ceintures, prenez votre ticket magique, votre spray anti-Dinos et la pillule rouge de Morpheus : on se replonge illico dans les années 90 !






#85. Cavale sans Issue de Robert Harmon (1993)

Si aujourd'hui, la bienpensante culture populaire francophone s'amuse injustement - et le mot est faible -, à faire du karateka belge un bouffon usant avec justesse aussi bien d'un franglais férocement approximatif, que d'une philosophie de contoir empoudré à la péruvienne (même s'il n'y touche plus vraiment depuis des années), gageons qu'au tout début des 90's, JCVD était un héros du cinéma d'action, un vrai, un grand bonhomme dont on fumait les VHS avec un enthousiasme et une passion jamais feinte.
Un ami de la famille, que l'on admirait sans réserve et que l'on défendait coûte que coûte, même dans des péloches qui ne méritait justement pas, une quelconque défense de la part de cinéphiles en herbes.

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Si c'est sensiblement à l'aube de la seconde moitié de la décennie que les choses ont commencés à se gâter - aussi bien sur qu'en dehors des plateaux -, toutes ses péloches post-Bloodsport/Kickboxer, ont une saveur toute particulière, de celles d'un acteur totalemé conscient qu'il devrait varier les coups de tatanes, pour marquer les esprits et perdurer dans un business qui a bouffé plus talentueux que lui sans le moindre remords.
Film d'action sans vraiment l'être, cornaqué par un Robert Harmon qui n'a décemment pas eu la carrière qu'il méritait (les bouillants et bitumés Hitcher et The Highwaymen, c'est lui), Cavale sans Issue incarne l'un des pions essentiels d'une série de B movies où le performeur belge ne fera pas uniquement que botter la tronche de son prochain, laissant exploser à l'écran une sensibilité étonnante malgré un jeu assez balbutiant - comme son accent, même si plus assuré qu'à ses débuts.
Pas totalement drame ni vraiment bande d'action (un entre-deux ambiguë qui était déjà le sel de Full Contact deux ans plus tôt), la péloche désarçonne tant elle ne semble jamais vraiment se donner de direction précise - tout en étant d'une incroyable prévisibilité -, mais arrive pourtant assez souvent à rattraper le coche grâce a son charme fou, auquel il est bien difficile de résister.

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Contant les aléas d'un détenu évadé, Sam Gillen, qui voit ses plans de rester sous les radars dans l'Amérique profonde, totalement bousculés lorsqu'il se prend d'affection pour une petite famille harcelée par des promoteurs immobiliers impitoyables qui tentent de forcer à quitter leur propriété; Nowhere To Run ne fait jamais dans la finesse, et enquille même les clichés faciles avec une boulimie proprement indécente.
Sans péter dans la soie de l'originalité, mais avec du coeur et des tripes, de ses élans dramatico-chamalow à sa vision assez simpliste du milieu de l'immobilier - véreux et... c'est tout -, mais aussi de la pauvreté et de l'arrivisme qui gangrènent le pays de l'oncle Sam (et dont tout le monde se fout royalement); le film d'Harmon ne déjoue jamais les attentes mais s'attache à des âmes empathiques qui encaissent sans broncher les coups (très) durs de la vie, et laisse joliment parler l'humanité qui habite cette tendre histoire d'un homme qui voit l'occasion de racheter ses erreurs du passé, en faisant pour une fois ce qui est juste.
Tant pis alors, si le film n'a fondamentalement pas de vrais méchants (le tandem Ted Levine/Joss Ackland manque d'ampleur), si les scènes d'action sont trop courtes pour vraiment avoir un impact sur les aficionados du genre (même si elles sont chorégraphiées avec soin), si le script reprend à nouveau un Van Damme en cavale (et que la mise en scène peine encore plus à mettre en valeurs, excepté quand elle laisse parler le bitume - Harmon oblige -, dans une excellente poursuite à moto) ou si sa critique sociétale se réduit à quelques séquences rarement appuyés dans un cadre joliment bucolique; Cavale sans Issue a du coeur et des muscles, et c'est ce qui importe le plus.

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Mieux, JCVD s'y paye sans doute l'une de ses plus belles prestations des 90's (ce qui rend instinctivement payant son désir de voguer au-delà des limites du divertissement bourrin), lui qui irradie l'écran de sa présence animal et torturée en Zorro improvisé, et dont l'alchimie filiale avec un tout jeune Kieran Culkin, apporte un petit vent de douceur dans un monde de brutes épaisses.
Il en faut peu pour nous faire vibrer, mais un peu de nostalgie, une jolie musique (signée Mark Isham) et du Van Damme en forme, cela fera toujours notre bonheur...


Jonathan Chevrier

John Chevrier

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