Désigné pour Mourir

[TOUCHE PAS NON PLUS À MES 90ϟs] : #76. Marked to Death

© 1990 20th Century Fox

Nous sommes tous un peu nostalgique de ce que l'on considère, parfois à raison, comme l'une des plus plaisantes époques de l'industrie cinématographique : le cinéma béni des 90's, avec ses petits bijoux, ses séries B burnées et ses savoureux (si...) nanars.
Une époque de tous les possibles où les héros étaient des humains qui ne se balladaient pas tous en collants, qui ne réalisaient pas leurs prouesses à coups d'effets spéciaux et de fonds verts, une époque où les petits studios venaient jouer dans la même cour que les grosses majors légendaires, où les enfants et l'imaginaire avaient leurs mots à dire,...
Bref, les 90's c'était bien, tout comme les 90's, voilà pourquoi on se fait le petit plaisir de créer une section où l'on ne parle QUE de ça et ce, sans la moindre modération.
Alors attachez bien vos ceintures, prenez votre ticket magique, votre spray anti-Dinos et la pillule rouge de Morpheus : on se replonge illico dans les années 90 !



#76. Désigné pour Mourir de Dwight H. Little (1990)

Il y a quelque d'assez fascinant (enfin, on se comprend), à l'idée de voir que les huit premières minutes, juste les huit premières, de la modeste série B bien légère mais énergique et régressive qu'est Marked To Death - Désigne pour Mourir par chez nous -, condensent presque à elles seules toute la recette shootée aux clichés ambulants, qu'incarne tout bon " Seagal movie "; que ce soit les premiers - définitivement plis défendables et plaisant à revoir - ou les plus récents, tournés entre deux usines à yaourt désaffectées, dans le fin fond du trou du cul de la Bulgarie.
Tout y est : de la course-poursuite (à pieds et avec un Machete qui en prendra plein la poire), un rappel costaud du statut de flic du bonhomme - qui l'autorise à toutes les violences gratuites dont il est capable -, un peu de fesse (le cadre du bordel mexicain, l'appel assez logiquement), du fight sanglant - sans qu'il est à trop transpirer - et même un rappel essentiel à la religion catholique (toujours confesser ses nombreux péchés) et à la famille (quand il n'y a pas de femme, il faut toujours une soeur, une fille, une nièce ou la mama).

© 1990 20th Century Fox


Levé de rideaux, avant même l'arrivée du premier quart d'heure, le film du plus ou moins honnête faiseur Dwight H. Little (Rapid Fire Forever), pouvait balancer sans trembler son générique de fin et pourtant, ce prologue n'est qu'un amuse-bouche en comparaison de la générosité folle et crasse qui émanent de ce qui reste, sans doute, comme comme l'une des péloches les plus ludiques de la carrière du " saumon agile ".
Parcouru de tout son long par un script unidimensionnel et sans valeur ajoutée (à part, peut-être, un twist final Shyamalanien en diable, qui vaut son pesant de popcorn), l'histoire dégaine une intrigue prétexte - et donc géniale - pour que notre Steven d'amour joue les redresseurs de torts et les bras armés - et tataneurs - comme un porte-avion, de la justice, à en faire pâlir de jalousie ce bon vieil " architecte " qu'est Paul Kersey.
Flic incorruptible revenant dans sa famille après avoir pris la décision de ranger son badge au placard (une retraite aussi crédible que celle de Roger Murtaugh dans les Lethal Weapon), John Hatcher ne tardera pourtant pas, à l'aide de son BFF Max, à se frotter aux dealers locaux, des jamaïcain plombant le business des ritals et dominés par le terrifiant Screwface; un gourou bien perché et looké comme un roi de la sapologie, dont la passion pour le culte vaudou est plus que prononcé.
Inconscient, celui-ci va prendre la mauvaise décision de répondre aux coups d'Hatcher, et après s'en est pris à sa famille, il va vite faire les frais de sa vengeance, même après être revenu chez lui, en Jamaïque.
Pas avec Steven Seagal, et la péloche n'est absolument pas là pour faire dans la dentelle, au cœur d'un joli bordel expéditif - à peine quatre-vingts minutes au compteur -, un pur bijou de B movie gentiment décomplexé et fucked up qui défouraille, entre gunfights sanglants, une tension parfois palpable (quand l'intrigue reste à Chicago), une accumulation mignonne de brisage d'os, une distribution de grosses torgnoles dans la gueule - voire même ailleurs - et une pointe de surnaturel; le tout pataugeant dans un second degré totalement involontaire mais savoureux.

© 1990 20th Century Fox

Caricatural as hell, fin comme le pet d'un rhinocéros constipé, furieusement old school et donc indubitablement sincère, Désigné pour Mourir le bon esprit de toutes les bandes burnées et régressives, qui enchaîner les allers-retours dans nos infatigables magnétoscopes.
Mis en scène avec suffisamment de soin pour ne pas brûler la rétine avec l'usure du temps (même s'il aurait mérité une enveloppe peut-être plus consistante), et incarné avec prestance (Seagal fait le job, Keith David en impose - comme toujours -, et Basil Wallace incarne un vilain vraiment charismatique), un poil plombé par un final un poil absurde (le twist improbable mais plutôt fun, couplé à une mise à mort salement ridicule), le film réussit néanmoins à se placer au-dessus de la mêlée Seagalienne grâce à deux petites valeurs ajoutées : un score rugueux et tribal de James Newton Howard, et quelques chansons du grand Jimmy Cliff, qui se paye également un joli caméo de luxe.
Quand on est un amoureux du cinéma d'action, il en faut peu pour être heureux, vraiment très peu pour être heureux...


Jonathan Chevrier 

John Chevrier

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