Laura

[TOUCHE PAS NON PLUS À MES 90ϟs] : #65. Spice World, le film

© Columbia Pictures Corporation / Spice World

Nous sommes tous un peu nostalgique de ce que l'on considère, parfois à raison, comme l'une des plus plaisantes époques de l'industrie cinématographique : le cinéma béni des 90's, avec ses petits bijoux, ses séries B burnées et ses savoureux (si...) nanars.
Une époque de tous les possibles où les héros étaient des humains qui ne se balladaient pas tous en collants, qui ne réalisaient pas leurs prouesses à coups d'effets spéciaux et de fonds verts, une époque où les petits studios venaient jouer dans la même cour que les grosses majors légendaires, où les enfants et l'imaginaire avaient leurs mots à dire,...
Bref, les 90's c'était bien, tout comme les 90's, voilà pourquoi on se fait le petit plaisir de créer une section où l'on ne parle QUE de ça et ce, sans la moindre modération.
Alors attachez bien vos ceintures, prenez votre ticket magique, votre spray anti-Dinos et la pillule rouge de Morpheus : on se replonge illico dans les années 90 !






#65. Spice World, le film de Bob Spiers (1997)


Nous avons tous un film de la honte. Celui que vous regardez en cachette, en espérant que personne ne vous trouve en plein visionnage. Ici, nous décidons de prendre à bras le corps les films de la honte et les érigeons là où ils méritent d’être, un miroir de la décennie 90’s, où le kitch et le old school étaient légions. Partons donc dans le milieu des années 90’s. Un phénomène musical, à l’ampleur internationale était en plein boom et déchaînait les foules. Les Spice Girls étaient au pic de leur popularité, girl power en tête et buffalo au pied. Le battage médiatique écrase tout sur son passage et les Spice Girls sont partout, littéralement partout. Le 24 décembre 1997, elles s’invitent donc dans nos salles obscures. Pour accompagner la sortie de leur deuxième album, Spiceworld, des producteurs au nez fin décident de sortir un film, pour promouvoir l’album et bien sûr le groupe. En cela, les Spice Girls savaient qu’elles s’exposaient à une critique particulièrement vorace, cherchant la moindre faille pour casser ce succès. C’est pourquoi elles ont surveillé l’écriture du film avec intérêt et le voulaient aussi second degré et sans prise de tête que possible. 

© Columbia Pictures Corporation / Spice World



Alors que Spice World le film devient un succès interplanétaire, récoltant 151 millions de dollars dans le monde et projeté pendant le festival de Cannes 1997, son impact dans les années à venir devient moindre, récoltant la réputation d’un film pour “midinette”, une bouse sans nom. C’est ne pas voir l’autodérision de ce groupe, qui décide ne pas se prendre au sérieux et de détourner toutes les critiques à leurs égards. Spice World, malgré son humour décomplexé et son ton bon enfant, cache en son sein une critique de la célébrité et ses dérives. Sans le savoir, le film annonçait en quelques sortes la fin du groupe, qui ne pouvait tout simplement pas tenir dans la durée. Moins de six mois après la sortie du film, Geri Halliwell déclarait son départ.
Mel C., Emma, Victoria, Mel B. et Geri jouent donc leur propre rôle et le film les suit dans leur folle semaine de tournée presse, qui doit se conclure par un concert à guichet fermé au Royal Albert Hall, retranscrit dans le monde entier. Le film s’en tient au script présenté aux fans, quant à la formation du groupe. Ce sont cinq amies d’enfance, unies par la passion de la musique, malgré leur caractère très différent. Mel C (Sporty Spice) est de sport et de football. Emma (Baby Spice) aime les peluches et ce qui est mignon. Victoria (Posh Spice) est, comme son surnom l’indique, snob et aime porter de la haute couture. Mel B (Scary Spice) est brute de décoffrage et dit ce qu’elle pense. Et enfin, Geri (Ginger Spice) est la pin-up du groupe. Des stéréotypes qu’elles ont poussés à fond pour créer les Spice Girls et dévoiler leur marketing de fond : un groupe de cinq femmes très différentes, mais qui grâce au féminisme et à la sororité, pouvaient être amie et formaient un groupe. Si nous ne sommes pas dupes face à ce “girl power”, qui apparaît seulement pour la forme, il était extrêmement novateur en 1994 de voir un groupe mainstream évoquer le féminisme avec décontraction. On ne peut nier l’impact positif des Spice Girls, qui ont servi à démocratiser un courant de pensée loin de faire l’unanimité. 

© Columbia Pictures Corporation / Spice World


Pour Spice World, le groupe s’est entouré d’acteurs. Richard E. Grant est le manager toujours sur le point de faire une dépression nerveuse, donnant à l’acteur l’occasion de cabotiner avec joie, pour notre plus grand plaisir. Roger Moore ponctue le film par son caméo, jouant le producteur du groupe, à l’allure d’un méchant de James Bond possédant une véritable ménagerie chez lui. Plus une ribambelle d’acteurs et actrices britanniques, dont un caméo de Stephen Fry en juge sévère.
Il ne faut pas chercher un quelconque sens au scénario, qui ne cache jamais sa première intention, être un produit publicitaire. Si le début a du sens, on découvre le groupe interprétant le titre “Too Much” à la télévision, avant d’aller répéter leur concert, Spice World part vite dans tous les sens et enchaîne les saynètes rigolotes. Un photoshoot est l’occasion pour elles de se déguiser, donnant une véritable séquence de vingt minutes, sous fond d’un de leur titre “The Lady is a Vamp”. Puis elles apprennent une chorégraphie chez un militaire excentrique, avant de passer la nuit dans un manoir qu’elles pensent hanté. Vous l’aurez compris, rien n’a de sens ! Pourtant, le scénario distille intelligemment son propos et ce trop plein d’aventure finit par avoir un intérêt, de montrer la lassitude du groupe, qui n’a plus de vie à part être les Spice Girls. Les filles le disent à plusieurs reprises, elles regrettent parfois le succès qui les entourent, la célébrité engloutissant tout ce qu’elles pouvaient faire avant. Elles négligent leurs amies, par manque de temps. Leurs faits et gestes sont scrutés par la presse, qui attendent avidement un mot de trop pour créer le buzz. La presse britannique n’est d'ailleurs pas montrée sous son meilleur jour. Le rédacteur en chef du Daily Event est montré comme un homme avide de pouvoir, ne supportant pas qu’un groupe de femme fasse la une de son journal tous les jours. Cette pression finit par rendre les filles folles et elles se séparent un jour avant le concert. Le temps d’accompagner leur meilleure amie accoucher, dans une séquence qui veut rendre hommage, un peu maladroitement, au meilleur pouvoir de la femme : donner la vie. Bien évidemment, tout rentrera dans l’ordre, après une course contre la montre dans Londres. Happy end. 
© Columbia Pictures Corporation / Spice World


Ironiquement, le film a vu juste sur de nombreux points : leur séparation, le management intensif par Simon Fuller, qui finit par être renvoyé par le groupe  juste après la sortie du film, parce que trop exigeant. Malgré tout ce qu’essaye de nous faire croire le film, les Spice Girls n’étaient qu’un groupe de producteur, leur fin était inéluctable. Pourtant, leur fans restent et attendent patiemment un retour du groupe, comme le démontre leur concert l'année dernière, complet en un rien de temps malgré l'absence de Posh Spice, aka Victoria Beckham. Une série d'animation à leur égérie devrait voir le jour ces prochains mois, indiquant en cela leur influence toujours aussi forte.
Hymne à la gloire des Spice Girls, Spice World le film est un joyeux foutoir qu’il ne faut surtout pas prendre au sérieux. Il grave dans le marbre le triomphe retentissant de ce quintet, jamais égalé. GIRL POWER !


 Laura Enjolvy


Laura Enjolvy

0 commentaires:

Publier un commentaire

Fourni par Blogger.