Bong Joon-ho

[CRITIQUE] : Parasite


Réalisateur : Bong Joon-ho
Acteurs : Song Kang-Ho, Cho Yeo-jeong, So-Dam Park,...
Distributeur : Les Bookmakers/ The Jokers
Budget : -
Genre : Comédie, Drame, Thriller.
Nationalité : Sud-coréen.
Durée : 2h02min.

Synopsis :
Toute la famille de Ki-taek est au chômage, et s’intéresse fortement au train de vie de la richissime famille Park. Un jour, leur fils réussit à se faire recommander pour donner des cours particuliers d’anglais chez les Park. C’est le début d’un engrenage incontrôlable, dont personne ne sortira véritablement indemne...



Critique :


Il n'y a rien de plus exaltant que d'attendre le nouveau long-métrage de l'un des cinéastes que l'on chérit le plus, surtout quand il incarne, potentiellement le nouveau bijou d'un faiseur de rêve dont le talent est au moins à la hauteur de son amour du cinéma bien fait.
Et Parasite, nouveau film du génial Bong Joon-ho, a sensiblement titillé notre cinéphilie depuis plusieurs mois, pour ne pas en faire l'un des rendez-vous les plus importants de notre année ciné 2019.
Après Okja il y a deux ans, déjà passé par la Croisette (et la aussi en Compétition), film de monstre façon conte moraliste et moderne à la lisière de la satire anticapitaliste, dont l'intelligence et la puissance forcent méchamment le respect, le papa de Memories of Murder nous revient par la grande porte (Palme d'Or à la clé) avec Parasite donc, oeuvre protéiforme alternant autant entre le film fantastique burlesque, le thriller manipulateur Hitchcokien, le home-invasion à la violence sourde et cruel, que le drame social et politique d'une pertinence indiscutable.



Toute la magie du cinéma du Bong se retrouve à nouveau ici, de sa manière habile à jouer sur plusieurs niveaux de lecture, en passant par celle de parsemer ses oeuvres aux sujets forts d'un humour totalement débridé, sans oublier sa douce manie de subtilement impliquer son auditoire ou encore celle, plus complexe, de malmener avec un plaisir coupable et une maitrise indéniable les codes du genre qu'il use.
Sorte de petits massacres entre faux amis, articulée entre une famille démunie et malhonnête - celle de Ki-Taek - aveuglée par la jalousie, qui s'immisce peu à peu au point de devenir étonnamment indispensable, dans le foyer des Park, riches méprisants et complètement idiots, Joon-ho oppose deux classes sociales bien distinctes, deux faces d'une Corée boursouflée ses inégalités sociales - et leur l'incapacité à se comprendre mutuellement -, et les laisse se déchirer jouissivement au sein d'un sommet de cinéma galvanisant, grotesque mais d'un réalisme brut.
Revisitant le home-invasion et le drame intime avec une dévotion et une érudition dont l'intelligence force le respect, Parasite passe de la (faussement) simpliste et ironique farce sociétale au film d'horreur domestique proprement terrifiant par moments, avec une fluidité déroutante, et incarne une bande hybride et nébuleuse (tout aussi coréenne dans son ton que dans sa forme), une véritable descente aux enfers tragique, cauchemardesque et délirante au sous-texte puissant.



Sublime (superbe photo de Hong Kyung-Po), incarné à la perfection (Song Kang-ho, formidable) et tout simplement virtuose, le Bong nouveau est une invitation noire et rugueuse dans une lutte des classes dont personne ne peut véritablement sortir indemne.
La Palme d'or n'est décemment pas volée.


Jonathan Chevrier 

John Chevrier

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