Breaking News

[FUCKING SERIES] : Stranger Things saison 5, épisode final : Un épilogue anti-climatique et frustrant



(Critique - avec spoilers - de l'épisode final de la série)


Qu'on de le dise, si l'ultime saison Game of Thrones (l'argument marche également avec celle de How i met your mother), pas dénuée de satisfactions pour autant, était devenu le maître étalon du pire du pire des conclusions de shows populaires, Stranger Things et sa dernière salve d'épisodes au budget proprement exorbitant, vient de lui ravir son trône de leader avec une gourmandise assez folle.
Passé neuf années et cinq saisons donc, la série s'achève moins sur une note frustrante que décevante, cocktail mal dégrossi pétri d'incohérences béantes, d'invraisemblances à la lisière du risible et d'émotions tellement forcées qu'elles en perdent toutes leurs substance (là où la gestion émotionnelle de la narration était, jusqu'ici, la force des Duffer), symbole d'une série incapable de se conclure d'une favon satisfaisante, tant elle s'est développé avec une ampleur jamais contrôlée, mais surtout un désir d'étirer plus que de raison de ce qui demandait, justement, clarté et concision.

En jouant de plus en plus la carte d'un spectaculaire de pacotille (certains SFX sont digne du pire des films du MCU des phases 4 et 5, avec un budget équivalent et des contraintes de productions moins éreintantes), la firme au Toudoum a laissé la cupidité bouffer toute l'humanité d'un show qui, même sous le sceau de la nostalgie opportuniste, arrivait encore à faire preuve de nuance et de subtilité dans ses premières saisons.

Courtesy of Netflix/Variety

Reprenant exactement là où l'épisode précédent se concluait, avec toutes pièces du plan " infaillible " de la team Hawkins placées au bon endroit et réussissant à palier à tous les imprévus (même une armée très perspicace et une antenne radio totalement déglinguée), dite équipe morcelée qui s'offre cela dit - à nouveau - quelques pauses fraîcheurs en pleine apocalypse pour partager une conversation riche en émotions, visant à gonfler une dramaturgie plus amorphe que l'encéphalogramme d'une grenouille; le final prend son temps pour amener tout le monde à se fritter avec un Vecna/Henry Creel qui n'était évidemment pas le grand méchant de l'histoire, mais bien un Dark Vador sans arc de rédemption (il était le pantin du Flagelleur mental/madame big web qui a choisi de ne pas lui résister, parce qu'il est convaincu que la Terre comme l'humanité méritent d'être anéanties), appelé à se faire lui aussi sacrifier pour mettre en avant une grosse bestiole encore plus fragile qu'il ne l'est (les armes à feu lui font mal... vraiment).

Onze le savate en deux temps, trois mouvements et comme lui et le Flagelleur mental sont interconnectés, une simple lance planté dans son coeur suffit et tout le monde est in fine sain et sauf, chacun expulse sans trop d'encombres quatre années d'apocalypse et de traumatismes collectif, fin de l'histoire... enfin presque, car il reste une bonne moitié d'épisode pour que chacun fasse ses adieux, dix-huit mois plus tard.

Car oui, il n'y a strictement aucun véritable suspense dans cette conclusion (sauf peut-être, celui de l'hypothétique mort de Steve, pensée par tous sur toute la saison, mais in fine éventé par un sauvetage improbable de Jonathan), aucun véritable sacrifice marquant (celui de Onze était prévisible, celui de Kali/Huit, le personnage le plus sacrifiable de la bande, est affreusement peu impactant), aucun rebondissement un tant soit peu charpenté (mais comment ce scientifique a eu cette foutue pierre ?) pour distiller l'illusion que la fin heureuse et pieusement souhaité pour tout le monde, puisse être bousculée (pas même par le gouvernement US qui s'en fout littéralement de tout le monde, passé l'explosion du portail vers l'Upside Down).
Tout le monde est diplômé, Steve devient prof, Max refait du skate, Hopper et Joyce vivent ensemble et Mike ne se remet pas encore de la disparition de Onze mais ça ira, bref épilogue tout en guimauve avec mariage, promesses d'amitiés éternelles, passage de temoin entre générations et même une partie de Donjons & Dragons.

Courtesy of Netflix/Variety

Dans un sentimentalisme presque insupportable, Stranger Things tire sa révérence dans un grand final anti-climatique et frustrant as hell, à la fois expéditif et beaucoup trop étiré pour son bien, qui n'a jamais su extirper ses personnages des archétypes dans lesquels une écriture maladroite n'a eu de cesse de les enfermer.
Le calme est revenu à Hawkins mais connaissant Netflix et vu la fin très (trop) ouverte, il n'est pas exclu qu'un retour dans un avenir proche soit déjà programmé.

Pire qu'un final manqué ?
Un énième rappel à la foule, alors que les rideaux sont déjà tirés et qu'il n'y a plus rien à offrir depuis longtemps...


Jonathan Chevrier