Aux Frontières de l'Aube

[TOUCHE PAS À MES 80ϟs] : #35. Near Dark

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Nous sommes tous un peu nostalgique de ce que l'on considère, parfois à raison, comme l'une des plus plaisantes époques de l'industrie cinématographique : le cinéma béni des 80's, avec ses petits bijoux, ses séries B burnées et ses savoureux (si...) nanars.
Une époque de tous les possibles où les héros étaient des humains qui ne se balladaient pas tous en collants, qui ne réalisaient pas leurs prouesses à coups d'effets spéciaux et de fonds verts, une époque où les petits studios (Cannon ❤) venaient jouer dans la même cour que les grosses majors légendaires, où les enfants et l'imaginaire avaient leurs mots à dire,...
Bref, les 80's c'était bien, voilà pourquoi on se fait le petit plaisir de créer une section où l'on ne parle QUE de ça et ce, sans la moindre modération.
Alors attachez bien vos ceintures, mettez votre overboard dans le coffre, votre fouet d'Indiana Jones et la carte au trésor de Willy Le Borgne sur le siège arrière : on se replonge illico dans les années 80 ! 




#35. Aux Frontières de l'Aube de Kathryn Bigelow (1987)

De manière férocement injuste, on a une furieuse tendance à résumer le début de la carrière de la grande Kathryn Bigelow au génial Point Break, B movie viril et spirituel à la fois, en omettant volontairement ou non, que la cinéaste avait gentiment montré tout l'ambition de son immense talent des son premier passage en solo derrière la caméra (elle avait fait ses débuts en binôme sur le film de bikers The Loveless, avec Willem Defoe) : Near Dark, sommet de film fantastique où le romantisme le plus vibrant et la brutalité primaire qui caractérise les fondations des terres de l'oncle Sam, permettaient l'union de deux genres fait pour être ensemble, le western et le film de vampires.
Spectacle viscéral et intemporel, épurant au maximum le mythe vampirique pour n'en retenir que le plus important et physique (jamais le terme vampire n'est cité, l'ivresse de la nuit, symbole de l'éternité et la crainte de la lumière du jour, symbole de la mort), Aux Frontières de l'Aube laisse exploser sa maîtrise dès la première bobine, et dévoile sans trembler son entreprise de relecture moderne pour mieux incarner une oeuvre brûlante sur les affres de l'addiction multiple (la liberté, l'amour, le sang, l'éternité, les plaisirs de la chair,...) et de la quête perpétuelle de sensations fortes, qui nourrira ses oeuvres futures - Point Break et Strange Days en tête.



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D'une confiance indéboulonnable en son talent sans bornes, Bigelow égraine un univers visuel hors pair, entre un ton gothique hypnotique et de vastes paysages désertiques magnifiés comme des éclats de diamants sur des terres barbares (bien aidé par le génial Adam " Terminator et Terminator 2 - Le Jugement Dernier " Greenberg et le score dantesque de Tangerine Dream), dévoile fougueusement son obsession pour les figures anarchiques torturées (elle ne fustige jamais sa bande de vampires agressifs, tant elle leur offre même un regard plein de compassion dans le délirant final) et les plongées déstabilisantes au coeur de l'obscurité (la séquence du bar, un ballet sanglant mémorable et tétanisant), et signe un véritable cauchemar désespéré et lyrique majeur.
Un conte macabre et intime à la beauté dévorante sur une bande de prédateurs magnifiques, une famille recomposée créée dans le sang mais furieusement empathique (du petit Homer, un vampire agé de 200 ans coincé dans un corps de petit garçon, au jeune loup Severen, campé par feu Bill Paxton) et dont le vrai/faux happy end où l'amour semble triompher de la mort dans une renaissance (ou plutôt un retour forcé à la normalité) face à l'aube naissant, ne dévoile en réalité que la douloureuse vérité des ténèbres : les espoirs de jours meilleurs sont vain face aux souvenirs exaltants du passé, même s'ils ne furent qu'un éternel recommencement dans le piège nocturne de l'immortalité.
Chez Bigelow comme chez Coppola, les vampires sont méchants, affreux et barbares mais surtout follement romantiques.


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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