Chroniques

[FUCKING SÉRIES] : The Get Down : La Renaissance du Groove et du Cool


(Critique - sans spoilers - de la première partie de la saison 1)


Tout part d'un projet aussi fou qu'alléchant sur le papier : mettre en image avec passion et réalisme, la naissance du hip-hop dans le Bronx à la fin des 70's; terre bouillonnante aussi gangrenée par la violence que par un génie créatif méchamment riche et vivant. 
À sa tête, le monument de la télévision US, Shawn " The Shield " Ryan, et l'un des formalistes les plus appliqués de ses vingt dernières années, Baz Luhrmann. 

Savamment mûri pendant dix longues années et accouché dans la douleur (explosion de budget - on parle de 120M$ pour 12 épisodes -, gros retard de production poussant Netflix a couper en deux sa distribution), le show débarque en cet ensoleillé mois d'août sur la vénéré Netflix, bien décidé à surfer sur la vague nostalgique initiée par la formidable Stranger Things, pour mieux sauver les sériephiles que nous sommes d'une saison estivale ou, encore une fois, la télévision nous aura plus enthousiasmé que les salles obscures. 


Adoubé par le milieu (Grandmaster Flash, Kool Herc et Afrika Bambaataa sont consultants, le rappeur Nas est à la production), porté par un casting de cadors du petit écran (les inestimables Jimmy Smits et Giancarlo Esposito) et un groupe de jeunes loups au bord de l'explosion (Justice " La Face Cachée de Margo " Smith, Shameik " Dope " Moore, Jaden Smith), The Get Down est non seulement la bouffée d'air frais groovy de l'année, mais surtout l'un des meilleurs show de la pourtant très riche saison 2015/2016.

" Where there is ruin, there is hope for treasure "

Avec sa bande de jeunes, sorte d'enfants perdus du pays imaginaire boostés à la fièvre du ghetto, qui par la force de leur art, font tout pour se faire entendre d'une société volontairement sourde à leur égard, et lutter constamment contre la violence/pauvreté du ghetto (le Bronx est un amas de ruines, saccagé par le crime et la corruption); The Get Down colle au basket du hip-hop pour mieux en capter la naissance (jamais vraiment traité aussi bien au cinéma qu'à la télévision) via la genèse d'une célébrité - celle du rappeur que deviendra Books -, tout en transcendant son aspect furieusement playlist - meilleure b.o. de la décennie - pour mieux incarner un habile mélange des genres (on passe de la comédie musicale à la romance dramatique ou encore au teen movie et au documentaire historique/bricolé, avec une facilité déconcertante), ressuscitant avec magie et couleur, une époque bénit dans l'histoire de la musique.


Fiévreuse, rythmée,  référencée à mort et magnifiquement mis en scène (la caméra mi-nerveuse mi-posée, nous rappelle celle du roi Spike Lee sur son propre territoire, tout autant que celle d'Oliver Stone; chaque épisode à sa propre saveur, même si le pilote est d'une perfection rare), la série ne s'efforce jamais d'être cool tant la coolitude semble gravée d'une encre indélébile sur sa pellicule et ce dès sa première scène; tout autant que dans l'ADN de Shaolin Fantastic, grand héros du show avec Zeke " Books " Figuero.

Le premier (campé par le génial Shameik Moore, futur next big thing d'Hollywood), pur produit de l'underground et wannabe DJ, est un casse-cou branché sur le pouls du Bronx, un véritable mentor pour les frangins Jackson (RaRa, Weezie et Boo) mais surtout pour Zeke (Justice Smith, révélation du show); premier de classe philosophe et amoureux aussi bien de la belle Mylene que des bons mots, qui sera son " tailleur de mots ".


Transpirant de tous ses pores le fantasque des 70's, jouissivement entraînante et aux valeurs universelles (la famille, l'amitié, la quête du bonheur, de l'amour et de la réussite), certes pas dénué de quelques défauts narratifs et parfois brouillonne, mais au cœur gros comme ça et une envie de bien faire exemplaire; The Get Down est sans contestation possible l'une des plus belles surprises de l'année, un must-see dont la force et l'âme résident dans l'amour et l'attention qu'elle porte à ses personnages, tous follement empathiques et finement croqués.

Frustrant alors, de devoir attendre plusieurs mois pour pouvoir définitivement gober les six derniers épisodes d'une première saison au potentiel énorme.


Jonathan Chevrier



John Chevrier

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