[CRITIQUE] : Baise-en-ville
Réalisateur : Martin Jauvat
Acteurs : Martin Jauvat, William Lebghil, Sébastien Chassagne, Anaïde Rozam, Michel Hazanavicius, Emmanuelle Bercot,...
Distributeur : Le Pacte
Budget : -
Genre : Comédie.
Nationalité : Français.
Durée : 1h34min
Synopsis :
Quand sa mère menace de le virer du pavillon familial s’il ne se bouge pas les fesses, Sprite se retrouve coincé dans un paradoxe : il doit passer son permis pour trouver un taf, mais il a besoin d'un taf pour payer son permis. Heureusement, Marie-Charlotte, sa monitrice d'auto-école, est prête à tout pour l'aider - même à lui prêter son baise-en-ville. Mais... C'est quoi, au fait, un baise-en-ville ?
Il y a quelque chose d'émouvant mais également de drôle dans le spleen de la vingtaine, cette quête de place en essayant de trouver l'équilibre entre vie sentimentale et travail. Jongler continuellement avec toutes ces responsabilités n'est pas chose aisée, comme chacun et chacune d'entre nous le savons ou allons le découvrir. On se raccroche alors à des petites choses, comme une bonde de bain dont se retrouve privé Corentin "Sprite" Perrier, qui vit chez ses parents et cherche un boulot pour financer le permis censé l'aider à obtenir un travail. Très vite, on se trouve pris par cette quête de notre héros car l'absurde paradoxal de cet enjeu nous a tous et toutes touchés, ce qui rend la tonalité prise par Martin Jauvat avec son nouveau film, Baise-en-ville, aussi hilarante que subtilement mélancolique.
Avec ce deuxième long-métrage, le réalisateur, scénariste et acteur principal parvient à exprimer une maîtrise de l'absurde, cer art humoristique plus subtil qu'il n'y paraît et donnant ici une vraie énergie, au point d'en dynamiser sa colorimétrie avec une photographie à tomber. Dans notre Interview, Martin Jauvat nous parle de l'influence de la bande dessinée belge dans ses choix visuels, une orientation que l'on sent pleinement et qui participe à ce sentiment de fausse légèreté permanente. Évidemment, le film est drôle, très drôle même, mais cette accumulation humoristique ne donne jamais une sensation de remplir du vide mais, au contraire, de mieux retranscrire cette absurdité existentielle jusque dans ses recherches amoureuses, le tout avec quelques répliques délicieuses par leurs tons (le "Allô? Nettoyo!" est totalement inscrit dans notre tête).
Cette musicalité du film, renforcée par un mixage sonore savoureux, se voit aidée également par un casting aux petits oignons, Jauvat en tête avec ce personnage quasi-Tatiesque. Surtout, les acteurs parviennent à renforcer l'humanité de la comédie, notamment dans son fond thématique. Si le réalisateur parle d'une sensation de se sentir intrus dans une soirée, le fait de confronter un jeune banlieusard en quête d'un boulot à des soirées de classes moyennes supérieures voire aisées renforce cette idée de scission de classes sociales dans la France actuelle, sentiment renforcé par un jump scare de pancarte Emmanuel Macron. On sent ce besoin d'exister, notamment économiquement, tout en trouvant ce bon équilibre emotionnel qui sert totalement le film.
Baise-en-ville constitue ainsi un gros coup de coeur, de ceux qui parviennent à être constamment drôles tout en servant ses jolis personnages, cartoonesques mais jamais vains. Il y a une vraie émotion derrière la comédie, de celle que beaucoup de titres grands publics dans le genre oublient d'avoir, et qui nous rend le titre immédiatement attachant. Visuellement clinquant, rythmé narrativement et toujours inventif, voilà un film qui devrait rappeler que la comédie française est toujours vivante et drôle quand elle est utilisée par des gens passionnés par leurs personnages et leurs sujets. Si Sprite se sent paumé dans ces fins de fêtes à nettoyer, Baise-en-ville nous donne envie de célébrer ces nouvelles générations de réalisateurs et réalisatrices qui font vivre le cinéma français, encore et encore.
Liam Debruel
On avait été de ceux à avoir découvert un peu sur le tard, le chouette cinéma de Martin Jauvat non pas avec ses courts-métrages (tout aussi chouettes, et qui célèbrent le 77 sans venir taper sur une Melun qui incarnerait le sommet de la cambrousse Seine-et-marnaise... un vrai gars sur donc), mais bien avec son premier long-métrage, Grand Paris, petit bout de cinéma qui, entre le buddy movie, le road movie urbain et le stoner movie (avec même une pointe de film d'aventure à la Amblin), détonnait dans sa volonté de bouffer le cinéma qu'on aime par la racine, de redessiner avec énergie l'opacité et la redondance des paysages de la banlieue parisienne pour en faire un terrain de tous les possibles, avec toute la maladresse géniale que cela implique.
Une vraie petite bouffée d'air frais surprenante et généreuse au coeur d'une comédie populaire hexagonale ne laissant que trop peu parler sa douce folie et son imprévisibilité, qui plaçait donc gentiment la barre assez haute pour ce qui devait incarner le film dit de la confirmation : Baise-en-ville, qui conserve le même souci de naturalisme tout en épousant peut-être encore un peu plus la mélancolie poétique de la banalité du quotidien de la vie de jeune adulte au détour des aléas potacho-complices d'une figure attachante et un poil Tanguy-esque, Corentin/Sprite, engoncé dans un paradoxe économico-existentiel savoureusement universel : il a besoin d'un taf pour avoir son permis de conduire, mais il ne peut pas avoir de taf sans permis.
Un jeune adulte comme les autres confronté à l'immensité comme à la dureté cynique d'un monde capitaliste profondément aliénant, dans une Chelles (77 représente) tout en quartiers pavillonnaires où les perspectives sont évidemment limités, et qui va devoir apprendre à aller au-delà de la simple idée d'exister pour évoluer et enfin trouver sa place; voilà toute la simplicité comme la richesse de cette chronique désenchantée et cartoonesque, entre la douceur mélancolique du cinéma de Wes Anderson (une filiation qui se ressent autant dans la colorimétrie que dans sa volonté d'esthétiser d'une manière triviale la banalité du réel) et la folie contrôlée - mais imprévisible - d'une Atlanta de Donald Glover (décemment plus satirique, certes), dont l'humour acidulé ne vient jamais écraser son propos politique (les fractures béantes entre les différentes classes sociales, savamment renforcées par la politique gouvernementale) et encore moins son exposition profonde des angoisses d'une jeunesse contemporaine acculée et dont les maux sont affreusement banalisées.
Tendre et décalé mais jamais à l'ouest (ni totalement OFNI pour les initiés) drôle et d'une inventivité folle, Baise-en-ville est un petit bonheur de feel good movie cotonneux et empathique sur le spleen de la vingtaine, qui place tout naturellement Martin Jauvat, à la frontière des cinémas d'Eric Judor et Antonin Peretjatko : un ami de la famille, dont les efforts se doivent d'être aussi célébrés que fièrement chéris.
L'une des séances indispensables de ce début d'année ciné 2026.
Jonathan Chevrier
Acteurs : Martin Jauvat, William Lebghil, Sébastien Chassagne, Anaïde Rozam, Michel Hazanavicius, Emmanuelle Bercot,...
Distributeur : Le Pacte
Budget : -
Genre : Comédie.
Nationalité : Français.
Durée : 1h34min
Synopsis :
Quand sa mère menace de le virer du pavillon familial s’il ne se bouge pas les fesses, Sprite se retrouve coincé dans un paradoxe : il doit passer son permis pour trouver un taf, mais il a besoin d'un taf pour payer son permis. Heureusement, Marie-Charlotte, sa monitrice d'auto-école, est prête à tout pour l'aider - même à lui prêter son baise-en-ville. Mais... C'est quoi, au fait, un baise-en-ville ?
Il y a quelque chose d'émouvant mais également de drôle dans le spleen de la vingtaine, cette quête de place en essayant de trouver l'équilibre entre vie sentimentale et travail. Jongler continuellement avec toutes ces responsabilités n'est pas chose aisée, comme chacun et chacune d'entre nous le savons ou allons le découvrir. On se raccroche alors à des petites choses, comme une bonde de bain dont se retrouve privé Corentin "Sprite" Perrier, qui vit chez ses parents et cherche un boulot pour financer le permis censé l'aider à obtenir un travail. Très vite, on se trouve pris par cette quête de notre héros car l'absurde paradoxal de cet enjeu nous a tous et toutes touchés, ce qui rend la tonalité prise par Martin Jauvat avec son nouveau film, Baise-en-ville, aussi hilarante que subtilement mélancolique.
Avec ce deuxième long-métrage, le réalisateur, scénariste et acteur principal parvient à exprimer une maîtrise de l'absurde, cer art humoristique plus subtil qu'il n'y paraît et donnant ici une vraie énergie, au point d'en dynamiser sa colorimétrie avec une photographie à tomber. Dans notre Interview, Martin Jauvat nous parle de l'influence de la bande dessinée belge dans ses choix visuels, une orientation que l'on sent pleinement et qui participe à ce sentiment de fausse légèreté permanente. Évidemment, le film est drôle, très drôle même, mais cette accumulation humoristique ne donne jamais une sensation de remplir du vide mais, au contraire, de mieux retranscrire cette absurdité existentielle jusque dans ses recherches amoureuses, le tout avec quelques répliques délicieuses par leurs tons (le "Allô? Nettoyo!" est totalement inscrit dans notre tête).
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| Copyright Le pacte |
Cette musicalité du film, renforcée par un mixage sonore savoureux, se voit aidée également par un casting aux petits oignons, Jauvat en tête avec ce personnage quasi-Tatiesque. Surtout, les acteurs parviennent à renforcer l'humanité de la comédie, notamment dans son fond thématique. Si le réalisateur parle d'une sensation de se sentir intrus dans une soirée, le fait de confronter un jeune banlieusard en quête d'un boulot à des soirées de classes moyennes supérieures voire aisées renforce cette idée de scission de classes sociales dans la France actuelle, sentiment renforcé par un jump scare de pancarte Emmanuel Macron. On sent ce besoin d'exister, notamment économiquement, tout en trouvant ce bon équilibre emotionnel qui sert totalement le film.
Baise-en-ville constitue ainsi un gros coup de coeur, de ceux qui parviennent à être constamment drôles tout en servant ses jolis personnages, cartoonesques mais jamais vains. Il y a une vraie émotion derrière la comédie, de celle que beaucoup de titres grands publics dans le genre oublient d'avoir, et qui nous rend le titre immédiatement attachant. Visuellement clinquant, rythmé narrativement et toujours inventif, voilà un film qui devrait rappeler que la comédie française est toujours vivante et drôle quand elle est utilisée par des gens passionnés par leurs personnages et leurs sujets. Si Sprite se sent paumé dans ces fins de fêtes à nettoyer, Baise-en-ville nous donne envie de célébrer ces nouvelles générations de réalisateurs et réalisatrices qui font vivre le cinéma français, encore et encore.
Liam Debruel
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| Copyright Le pacte |
On avait été de ceux à avoir découvert un peu sur le tard, le chouette cinéma de Martin Jauvat non pas avec ses courts-métrages (tout aussi chouettes, et qui célèbrent le 77 sans venir taper sur une Melun qui incarnerait le sommet de la cambrousse Seine-et-marnaise... un vrai gars sur donc), mais bien avec son premier long-métrage, Grand Paris, petit bout de cinéma qui, entre le buddy movie, le road movie urbain et le stoner movie (avec même une pointe de film d'aventure à la Amblin), détonnait dans sa volonté de bouffer le cinéma qu'on aime par la racine, de redessiner avec énergie l'opacité et la redondance des paysages de la banlieue parisienne pour en faire un terrain de tous les possibles, avec toute la maladresse géniale que cela implique.
Une vraie petite bouffée d'air frais surprenante et généreuse au coeur d'une comédie populaire hexagonale ne laissant que trop peu parler sa douce folie et son imprévisibilité, qui plaçait donc gentiment la barre assez haute pour ce qui devait incarner le film dit de la confirmation : Baise-en-ville, qui conserve le même souci de naturalisme tout en épousant peut-être encore un peu plus la mélancolie poétique de la banalité du quotidien de la vie de jeune adulte au détour des aléas potacho-complices d'une figure attachante et un poil Tanguy-esque, Corentin/Sprite, engoncé dans un paradoxe économico-existentiel savoureusement universel : il a besoin d'un taf pour avoir son permis de conduire, mais il ne peut pas avoir de taf sans permis.
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Un jeune adulte comme les autres confronté à l'immensité comme à la dureté cynique d'un monde capitaliste profondément aliénant, dans une Chelles (77 représente) tout en quartiers pavillonnaires où les perspectives sont évidemment limités, et qui va devoir apprendre à aller au-delà de la simple idée d'exister pour évoluer et enfin trouver sa place; voilà toute la simplicité comme la richesse de cette chronique désenchantée et cartoonesque, entre la douceur mélancolique du cinéma de Wes Anderson (une filiation qui se ressent autant dans la colorimétrie que dans sa volonté d'esthétiser d'une manière triviale la banalité du réel) et la folie contrôlée - mais imprévisible - d'une Atlanta de Donald Glover (décemment plus satirique, certes), dont l'humour acidulé ne vient jamais écraser son propos politique (les fractures béantes entre les différentes classes sociales, savamment renforcées par la politique gouvernementale) et encore moins son exposition profonde des angoisses d'une jeunesse contemporaine acculée et dont les maux sont affreusement banalisées.
Tendre et décalé mais jamais à l'ouest (ni totalement OFNI pour les initiés) drôle et d'une inventivité folle, Baise-en-ville est un petit bonheur de feel good movie cotonneux et empathique sur le spleen de la vingtaine, qui place tout naturellement Martin Jauvat, à la frontière des cinémas d'Eric Judor et Antonin Peretjatko : un ami de la famille, dont les efforts se doivent d'être aussi célébrés que fièrement chéris.
L'une des séances indispensables de ce début d'année ciné 2026.
Jonathan Chevrier





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