Aharon Keshales et Navot Papushado

[CRITIQUE] : Big Bad Wolves

 

Réalisateur : Aharon Keshales et Navot Papushado
Acteurs : Lior Ashkenazi, Rotem Keinan, Tzahi Grad,...
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Budget : -
Genre : Drame, Thriller, Comédie.
Nationalité : Israélien.
Durée : 2h14min.

Synopsis :
Une série de meurtres d’une rare violence bouleverse la vie de trois hommes : le père de la dernière victime qui rêve de vengeance ; un policier en quête de justice qui n’hésitera pas à outrepasser la loi ; et le principal suspect – un professeur de théologie arrêté et remis en liberté suite aux excès de la police. Forcément, ça ne peut pas donner une enquête classique…

 

Critique :

« Sensationnel. Le meilleur film de l’année ».

Voilà ce que nous lâchait en décembre dernier ce bon vieux Quentin Tarantino, pour caractériser Big Bad Wolves, meilleur film de l'année 2013 de son avis.

Et quand on sait que le bonhomme a toujours une opinion des plus pointues, et encore plus en ce qui concerne le cinéma de genre, qu'il à lui-même permit de briller de mille feux grâce à sa filmographie d'exception.
Si Tarantino en fait un must, alors soit, Big Bad Wolves vaut déjà le mérite d'être vu, certainement pas peu fier d'avoir reçu un soutien promotionnelle aussi exceptionnelle.


Second long-métrage du duo Aharon Keshales et Navot Papushado, après le slasher inédit dans nos contrées Rabies, la péloche incarne l'une des bêtes de festivals les plus fascinantes de ces dernières années (Tribeca,Chicago, Beaune, L’Étrange Festival de Paris, Sitges, Montréal,...), au même titre que l'excellent Les Bêtes du Sud Sauvages.
Pas un petit triomphe quand on connait le pitch hautement sordide et violent qui le caractérise.

En effet, Big Bad Wolves suit les fondements d'un fait divers douloureux et macabre, celui d'une série de meurtres d'une rare violence - des agressions de petites filles qui sont décapités avant d'être abandonnées -, qui touche trois hommes : un policier en quête de justice qui n’hésitera pas à outrepasser la loi, un père endeuillé et avide de vengeance, et enfin le principal suspect, un professeur de théologie arrêté et remis en liberté suite aux excès de la police.

Ou trois destins qui vont très vite être intimement liés...

Est-ce que Tarantino a t-il eu raison, in fine, d'avoir donner du crédit à la seconde péloche de ces deux metteurs en scènes israéliens ?


Très vite, il est difficile de ne pas rendre à César ce qui est à César, et de féliciter le papa de Pulp Fiction pour avoir mis en lumière ni plus ni moins que l'une des péloches les plus savoureusement violentes et dérangeantes des années 2010.

Preuve vivante qu'il n'y a finalement pas que des drames ou des films d'auteurs dans leur pays, Keshales et Papushado dynamitent le cinéma de genre avec un esprit d'enfants mal élevés hautement jubilatoire, et cite aussi bien le cinéma d'Alex de la Iglesia, des frangins Coen que celui de Tarantino dans une péloche coup de poing, aussi bien fable hautement tragique que thriller/huit-clos haletant teinté d'humour noir, et efficace de bout en bout - même si il est vrai qu'elle parait parfois un poil trop longuette et prévisible.

A partir d'un pitch assez simple ressemblant étrangement au récent Prisoners de Denis Villeneuve - deux hommes, persuadés de la culpabilité d'un troisième, le séquestre pour le faire avouer -, mais au développement complexe, fin et claire, tout en usant de sous-genre méchamment salopé par Hollywood ces dernières années (le vigilante flick ou encore le torture-porn, via le succès de la franchise Saw), le film à la violence sans détours mais assez prude au final, pousse habilement à la réflexion sur la fameuse loi du talion, et la nécessité/légitimation de pouvoir ou non, se transformer lorsque l'on est victime, en justicier capable de se faire justice soit-même.

Mieux, via un humour glaçant et intelligent summum du politiquement incorrect, ils dressent un portrait pessimiste et extrême d'une société Israélienne dominée par l'angoisse et les opérations punitives aveugles et sanglantes, ou la torture est presque un hobby national et ou le peuple acceptent par ailleurs les arabes tout en les considérant inférieurs...


Audacieux, original, hallucinant, déstabilisant constamment son spectateur à coups de renversements inattendus et d'une ambiguïté morale dérangeante (les flics sont aussi pourries que ceux qu'ils chassent, et tout le monde ou presque, est dénué de sens moral), Big Bad Wolves est une inévitable et fatale spirale de violence et de destruction que le duo de cinéastes capte avec une habileté étonnante, démontrant qu'aussi improbable soit-il, on peut bien plaisanter sur la maltraitance, la torture, la séquestration et le sordide.

Méchant, percutant, inconfortable, ironique et définitivement bad, la péloche - qui aurait pu être encore plus grandiose avec un final en apothéose -, incarne toute fois clairement la première grosse (et noire) surprise de l'été 2014.

Difficile de ne pas dire après sa vision, que cet été sera chaud, très chaud...


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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