Abel Ferrara

[CRITIQUE] : Welcome To New-York


Réalisateur : Abel Ferrara
Acteurs : Gérard Depardieu, Jacqueline Bisset, Dreda De Niro, Amy Fergusson,...
Distributeur : Wild Side
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h02min.

Synopsis :
Devereaux est un homme puissant. Un homme qui manipule au quotidien des milliards de dollars. Un homme qui contrôle la destinée économique des nations. Un homme gouverné par un irrépressible et vorace appétit sexuel. Un homme qui rêve de sauver le monde et qui ne peut se sauver lui-même. Un homme terrifié. Un homme perdu. Regardez-le tomber.



Critique :

Dire que le nouveau Abel Ferrara était un film attendu par chez nous, n'est pas réellement le mot le plus adéquat pour caractériser la situation, redouté étant une définition bien plus juste.

Non pas que voir notre précieux Gégé national jouer les politiciens accro a sexe nous déplaise, loin de là.
Simplement, c'est la volonté de vouloir aussi vite capitaliser sur un sujet aussi bouillant sur pellicule, qui n'est pas d'après nous, la meilleure des occasions pour faire briller l'une de nos plus immenses stars, qui alterne malheureusement ses dernières années, entre le bon et le (très) mauvais.

Mais les frasques people de Depardieu (remake d'Arrêtes-moi si tu peux avec le fisc français) ayant pris le pas sur sa carrière depuis un bon moment, force est d'admettre que ce n'est pas en campant un copie-claque de Dominique Strauss-Khan, que cela risque de ternir plus que de raison, son image dans le business.


En revanche, pour ce qui est du cinéma du jadis célébré Abel Ferrara, c'est une nouvelle ligne potentiellement peu fameuse qui s'additionne à sa récente - et plutôt mauvaise et incompréhensible - idée d'avoir voulu remaké avec Werner Herzog, son pourtant suffisamment puissant Bad Lieutenant (pour en faire in fine, une relecture foireuse avec Nicolas Cage en vedette), volonté qui pour beaucoup (dont nous), aura été l'ultime goutte d'eau qui aura fait déborder le barrage du mauvais gout.

Débarrassé de toute limite et de toute bonne conscience, le bonhomme n'avait donc aucun mal à se pencher sur l'affaire DSK/Sofitel, dans une péloche tellement sulfureuse qu'elle n'atterrira jamais dans les salles obscures hexagonales, puisque disponible sur toutes les plates-formes de vidéo à la demande depuis samedi soir.

Mais même si aujourd'hui sa mise en scène parait plus transparente que jamais, difficile de ne pas dire après vision, que le papa de King of New-York était l'homme de la situation pour mettre en scène la descente aux enfers (comme le flic de Bad Lieutenant) d'un politicien dont l'appétit sexuel ne se verra jamais rassasié (parallèle à la quête de rédemption impossible du parrain de King of New-York), et le mènera à être l'acteur principal du scandale sexuel le plus retentissant des années 2010.

Démarrant sur une fausse conférence de presse ou Depardieu (lui-même) explique pourquoi il a choisi le rôle - même si il " déteste les politiciens ", Welcome to New-York s'impose pourtant très vite comme un docufiction en adéquation totale avec la version de l'histoire de Nafissatou Diallo, la fameuse femme de ménage.
Un docufiction fantasmant la réalité, via une reconstitution imagée et non-minutieuse, ce de qui a pu se passer et de ce qui restera - visiblement - caché du public pendant encore longtemps.


Flirtant constamment entre la réalité (le perp walk est recrée, on mentionne même lors d'un flashback, l'affaire Tristanne Banon et la cassette de Jean-Claude Merry) et la fiction, Ferrara prend les dires de la victime Diallo pour vraie - la scène du témoignage de celle-ci est par ailleurs très émouvante -, se place instinctivement dans son camp pour mieux chargé lourdement DSK - enfin, Dévereaux - mais aussi sa femme, Anne Sinclair (Simone, campée par l'excellente Jacqueline Bisset), la présentant comme une manipulatrice et même accusée d'avoir acheté la partie adverse.

Tragi-comédie ou toutes les institutions politiques et internationales de grandes envergures, s'apparentent à des baisodromes ou se mettre à l'aise rime obligatoirement avec s'envoyer en l'air, Welcome To New-York est surtout une péloche bourrée de scènes de cul plus qu'explicite, notamment dans une première demie-heure mucho calor et méchamment jouissive, qui dénote avec la seconde, plus tendue - notamment via la joute verbale entre Simone et Dévereaux.

Du cul très cru, malsain voir même bien plus dérangeant que le laissait présager sa bande annonce (au point que le diptyque Nymphomaniac de Lars Von Trier ne parait pas aussi sulfureux en comparaison), dont le ton résolument machiste et violent, ne fait que renforcer l'impact de cette mise en abîme dans l'existence d'un homme puissant que rien n'arrête, et dont l'usage - souvent dégueulasse - de son pouvoir révulse au moins autant qu'il attise notre curiosité sur cette vision personnel de " l'envers du décor ".

Du cul enthousiasmant mais pas pour autant bandant puisque ici, les partouzes semblent aussi tristes que les sublimes corps féminins désincarnées que les hommes - uniquement préoccupés par leur propre plaisir -, baisent comme des malpropres à coups d'éjacs rapides et faciles.
Point d'orgie orgasmique donc, le sexe étant même presque autant malade que son " héros ", qui décidera de se saborder lui-même pour se sauver de sa situation.


" Vous savez qui je suis " se transformera alors en " voyez qui je suis " dans un fuck off délirant, ne rendant pas le personnage plus attachant mais définitivement plus compréhensible dans sa dépravation constante, véritable âme perdue que Depardieu campe à la perfection.
A l'instar de Christopher Walken et Harvey Keitel, il aura su trouvé chez Ferrara ni plus ni moins que l'un de ses rôles les plus brulants et brillant.

Sans retenue, totalement abandonné dans son rôle de Dévereaux, ogre bouffé par sa libido mais point par le remord et les regrets, il prend tous les risques - choix infiniment payant à l'arrivée - pour dévorer aussi bien l'écran que chaque spectateur de l'intérieur (quels regards bordel !), grâce à la richesse immense de son jeu et son charisme animal.

Ou le genre de performance bigger than life, pour laquelle on ne pourrait s'empêcher de lâcher une petite nomination aux oscars...

Maladroit, filmé comme un téléfilm palot, à la photographie transparente et monté un poil à l'arrache, Welcome To New-York risque clairement de diviser les cinéphiles une fois que sa vision sera rendue plus public et accessible.


Il paraitra certainement ennuyeux, malsain et racoleur pour certains, fascinant, troublant et jouissif pour d'autres, signe que si il est à des années lumières des chefs d’œuvres de son metteur en scène, il est également loin de ses plus horribles purges, grâce à la performance ahurissante de Depardieu.

Parce qu'il est toujours possible qu'un immense acteur puisse réellement faire toute la différence sur le statut d'une péloche aux yeux des amateurs du septième art, par la simple force de son talent.


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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