Critiques

[CRITIQUE] : Fruitvale Station


Réalisateur : Ryan Cogler
Acteurs : Michael B. Jordan, Octavia Spencer, Melonie Diaz, Kevin Durand,...
Distributeur : ARP Selection
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h25min.

Synopsis :
Le 1er janvier 2009 au matin, Oscar Grant, 22 ans, croise des agents de police dans la station de métro Fruitvale, San Francisco. Le film raconte les vingt quatre heures qui ont précédé cette rencontre.


Critique :

Le premier long métrage de Ryan Cogler est une bête de festivals, et pas qu'un peu, tant Fruitvale Station squatte salement les sélections des " places to be " depuis près d'un an maintenant, grattant même parfois, des prix prestigieux (Sundance, Cannes et même Deauville).

Autant dire donc, qu'il était temps que la péloche sorte en salles, car comme l'uber buzzé (mais justifié) Les Bêtes du Sud Sauvages de Benh Zitlin l'an dernier,on a eu le temps de foutrement se ronger les ongles jusqu'au sang cent fois au moins, avant qu'il ne daigne débarquer dans l'hexagone.

Pourvu d'un pitch hautement puissant, Fruitvale Station s'inspire du fait divers du même nom, narrant la bavure tragique d'un flic qui, confondant son taser avec son pistolet (c'est tellement différent, tu me diras...), abat Oscar Grant d'une balle dans le dos, alors qu'il était immobilisé à terre, des causes d'un contrôle de police sur sa personne et son groupe d'amis, à la suite d'une altercation avec une bande rivale.

Le drame s'est déroulé le 1er janvier 2009, soit pile-poil quatre ans au jour de sa sortie en salles en France, autant dire qu'en entrant en salles, on n'en mène pas large, conscient de la potentielle claque émotionnelle qui va nous asséner avec rage et sincérité.


Car même si la bande est bourrée de défauts inhérents à une première réalisation - on a quand même connu plus dégueulasse hein -, elle est avant tout et surtout, un mélodrame social à la justesse et à l'humanisme poignant.

Posant sa caméra vingt-quatre heures avant le drame, mais également peu après, Cogler ne crée aucun faux suspens, en annonçant même dès les premières minutes le destin tragique de Grant.

Dans ce sens, son but est simple, pousser à l'empathie en suivant la rédemption - évidemment vaine - d'un ex-dealer qui, après avoir purgé une peine de prison, veut tout faire pour gagner le pardon et se racheter auprès de sa mère, de sa petite-amie et de sa jeune fillette.

Alors oui, il est (très) difficile de ne pas nier que l'écriture du personnage d'Oscar pue l'idéalisation proprette à outrance et que le bonhomme aurait été encore plus imposant et attachant avec une caractérisation un poil plus nuancée, mais la composition puissante de Michael B. Jordan, toute rage et violence intériorisée, vaut quasiment à elle seule, le déplacement.


Aussi déterminé que désespéré, il suscite - comme voulu par le metteur en scène - dès la première image l'empathie, et bouffe littéralement l'écran de son charisme ravageur, prouvant une fois de plus si besoin était, que l'avenir du cinéma ricain passera bien par lui.

Cogler le sait, et si il traite le sujet avec un immense respect là ou le fougueux Spike Lee l'aurait certainement magnifié avec colère, c'est avant tout justement, pour rendre hommage aux victimes de ce cruel incident.
Ce que fera également le casting, en tout point exceptionnel (mention spécial aux précieuses Octavia Spencer et Melonie Diaz), magnifiant cette sincère vision d'une certaine Amérique honnête et toujours battante même dans l'adversité.

Bouleversant, tendue - surtout au moment ou intervient la scène fatidique, tournée avec force -, Fruitvale Station mérite amplement tous les suffrages qu'il a reçu durant sa folle aventure au sein des plus prestigieux festivals.

Un chouïa lourd (clairement quand il s'attarde sur les deuils), mais foutrement maîtrisé et prodigieux, pour un premier long, Ryan Cogler tutoie presque la perfection, rendant de facto infiniment attendue la suite de sa carrière.


On en sort aussi ému qu'indigné face à l'injustice d'une telle tragédie humaine, et devant l'uppercut qu'incarne un moment de cinéma aussi véridique.
Qu'on se le dise, rares ont été les films a autant chambouler les spectateurs par leur authenticité.

Si un grand acteur est confirmé devant nos rétines, un grand metteur en scène lui, vient de naître...


Jonathan Chevrier

John Chevrier

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