Claire Julien

[CRITIQUE] : The Bling Ring


Réalisateur : Sofia Coppola
Acteurs : Katie Chang, Israel Broussard, Emma Watson, Taissa Farmiga, Claire Julien, Leslie Mann, Gavin Rossdale,...
Distributeur : Pathé Distribution
Budget : -
Genre :  Drame.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h30min.

Synopsis : 
À Los Angeles, un groupe d’adolescents fascinés par le people et l’univers des marques traque via Internet l’agenda des célébrités pour cambrioler leurs résidences. Ils subtiliseront pour plus de 3 millions de dollars d’objets de luxe : bijoux, vêtements, chaussures, etc. Parmi leurs victimes, on trouve Paris Hilton, Orlando Bloom et Rachel Bilson. Les médias ont surnommé ce gang, le "Bling Ring".


Critique :

Qu'on se le dise, et ce même si son dernier long métrage n'a pas fait bander plus que cela critiques et spectateurs en salles, la jolie Sofia Coppola n'a strictement plus rien à prouver à personne.

Plus qu'une simple " fille de ", elle avait mis tout le monde d'accord sur son talent dès son premier long en 2000, le sublime Virgin Suicides, avant de littéralement fracasser la baraque avec ses deux autres chef d’œuvres Lost in Translation et Marie Antoinette.
Une grande cinéaste donc qui, à l'instar de son glorieux pater, l'immense Francis Ford, n'aura pas forcément bien négocié le virage des années 2010, elle avec le sympathique mais plat Somewhere (qui permit tout de même de révéler l'excellente Elle Fanning), lui avec le ronflant Tétro et le gros tâcheron intersidéral Twixt (avec Val " Gérard Depardieu " Kilmer).

Dans un soucis de rendre ses lettres de noblesses à un nom prestigieux qui ne fait plus rêver les cinéphiles, sauf si celui-ci est conjugué au passé, la Sofia revient donc en cette année 2013 en grande pompe après un joli passage cannois, avec The Bling Ring, reconstitution d'un fait divers édifiant, les braquages des villas de people Hollywoodiens par des lycéens accro au fashion et à la célébrité, ayant fait les beaux jours de la presse en 2009, et surtout d'un article du Vanity Fair, sur lequel la cinéaste basera en partie son script.


Inutile de dire que dés sa séquence d'ouverture, clipesque et outrancière à souhait, le nouveau S.Coppola impressionne grandement et prouve que la madame n'a strictement rien perdu de sa vision stylisé et mélancolique pour décrire les aléas de la jeunesse made in America, chutant toujours aussi aveuglement (comme dans Virgin Suicides, entre autres) aux enfers.

Passionnant, hallucinant, réellement prenant, la réalisatrice retrouve ici la figure centrale de son cinéma (les ados), ainsi que deux de ses thèmes les plus chers (l'importance de la famille, d'ailleurs omniprésente, ainsi que la difficulté de trouver sa place et de se construire dans un monde de paraitre), pour dépeindre avec brio la peine d'être jeune dans la cité des rêves (Los Angeles/Hollywood), monde ou plus personne n'est complétement adulte, et ou il est quasiment impossible de ce trouver des modèles convenables.
Comment se construire correctement dans une société de consommation sans aucune morale, détruite par ses penchants voraces pour la célébrité et le luxe à outrance ?

Coppola ne donnera pas entièrement la réponse à cette question, laissant ainsi le spectateur juger à sa guise de sa vision de ces ados narcissiques, fascinés, obsédés par la popularité, la reconnaissance et son revers anxiogène.


Celle-ci ne prendra d'ailleurs jamais parti de leur cas (même si elle éprouve pour eux une certaine empathie) et ne s'aventurera pas non plus à les dénoncer, elle s'appliquera seulement et simplement a décoder avec ironie et férocité (avec un trait certes parfois un peu trop appuyé), cette quête de la " people-isation " absolue qui les anime, sans la moindre morale ni même la moindre valeur d'accomplissement.

Consciente de la prévisibilité et de l'issue de son histoire vu le buzz incroyable que l'affaire à eu autour d'elle, annihilant tout suspens quand au sort et au destin de ses personnages, la Sofia se focalisera donc avec intelligence sur la psychologie de ceux-ci, plongeant au plus profond de leur intimité, dévoilant sans détour leurs motivations, leurs failles, leurs peurs et leurs doutes.

Entre braquages (filmé en temps réel et en plan fixe) et scènes de clubs (d'ailleurs, la fameuse scène de pole dance ne dure que quelques secondes, bonjour la promotion mensongère !), magnifiquement interprété, avec une mention spécial pour la sublime Emma Watson (faussement vendue en tant que premier rôle, elle aussi exceptionnelle que dans le joli Le Monde de Charlie, dans le rôle littéralement à contre-emploi de la bitchy sexy et cynique Nikki), mais surtout à la Vraie révélation du métrage, Katie Chang (manipulatrice, séduisante, froide et intense dans la peau de la leader du groupe, Rebecca), porté par une photographie démente du regretté Harry Savides et une bande originale pop et enthousiasmante (Coppola délaisse pour la première fois la rêverie des sonorités des frenchy Air, lui préfèrent les tubes populaires et entrainant de Kanye West ou encore M.I.A); The Bling Ring est d'une réussite totale, loin d'être dénué de tous défauts certes, mais qui risque une fois encore de trouver sur sa route du succès et de la reconnaissance, une pléthore de critiques réfractaires à sa beauté et son ton savoureusement décalé, comme c'est souvent (bon, toujours) le cas avec le cinéma de la fi-fille Coppola.


Fun, emballant, plus près du tour de force scénaristique et filmique que de l'analyse foireuse sous forme d'exposé stérile et soporifique, Sofia Coppola livre une œuvre pop unique et ultra-séduisante, à la réalisation léchée et stylisée qui prouve de nouveau si besoin était, qu'il faudra toujours compté sur sa vision d'exception sur le territoire de plus en plus occupé et bouché (mais dans le bon sens du terme) du cinéma indé US.

A son papounet maintenant d'en faire de même, à moins que pour son cas, il ne soit malheureusement, déjà trop tard...


Jonathan Chevrier


John Chevrier

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