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[CRITIQUE] : L'Espèce explosive


Réalisatrice : Sarah Arnold
Avec : Alexis Manenti, Ella Rumpf, Vincent Dedienne,...
Distributeur : Pan Distribution
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Français.
Durée : 1h35min

Synopsis :
Dans la campagne du Nord-Est de la France. Les sangliers qui ravagent les cultures provoquent une guerre ouverte entre chasseurs et agriculteurs. Brun, céréalier en faillite, lutte pour maintenir sa ferme à flot. Quand un notable du coin le pousse à bout, il déraille et disparaît. Un an plus tard, Fulda, un gendarme corse muté dans la région pour raisons disciplinaires, mène l’enquête. Entre intuitions fulgurantes et ratés spectaculaires, ses méthodes approximatives le mènent sur la piste des Attilas, des sangliers aux dimensions hors normes. Mais sa récente rupture amoureuse et la vodka dans laquelle flotte son cerveau n’aident pas. Heureusement, il y a Stéphane, la nouvelle psy de la gendarmerie : elle est là pour mettre un peu d’ordre dans son chaos — à moins que ce ne soit l’inverse ?




Mine de rien, quand bien même son nom n'explose pas encore à la face du spectateur lambda (même si le cinephile de bon goût en fait déjà l'un des visages les plus passionnants à suivre du moment), il y a une vraie petite hype qui se construit lentement mais sûrement autour du talentueux comédien Alexis Manenti qui, en l'espace de quelques péloches mieux que bien choisies, est gentiment passé du stade de second couteau affûté à celui de potentielle next big thing d'un septième art hexagonal qui ne les compte pas par dizaines.
Clairement de ces talents qui peuvent te pousser à payer ta place dans une salle obscure, et dont on espère que l'ascension ne connaîtra pas de creux pour, peut-être, porter des projets sur sa seule personne dans un futur plus où moins proche.

Copyright Pan Distribution

Des projets tels que le premier long-métrage de la wannabe cinéaste Sarah Arnold, L'Espèce explosive, énième preuve d'une production hexagonale qui sait se faire ambitieuse en déjouant savamment - quitte à dérouter son auditoire -, tout en louchant mignon sur les bonnes références dans un processus de citation/réappropriation bien plus malin qu'il n'en a l'air (jusque dans sa mise en scène).
Car il y a, sensiblement, l'aura du cinéma de Bruno Dumont comme celui des frangins Coen qui transpire dans les bobines de ce premier effort, que ce soit dans sa manière de jongler entre le polar ruralo-noir (où l'enquête en son coeur, un temps importante, voit vite son importance se diluer au fil de de l'intrigue), la fable surréaliste et la comédie gentiment burlesque et barrée, transformant son petit village de campagne du Nord-Est de la France en petit théâtre des absurdités, où les sangliers sauvages provoquent une guerre ouverte entre chasseurs et agriculteurs; un conflit où se retrouve au beau milieu un gendarme corse fraîchement muté dans la région pour raisons disciplinaires, gentiment imbibé à l'alcool et frappé par un chagrin d'amour incurable, qui doit se lancer avec la nouvelle psy de la gendarmerie, à la poursuite d'un tueur disparu...

Copyright Pan Distribution

Chronique paysanne austère et désespérée qui bascule vers la folie, se nourrissant de l'isolement rural, de la rage contenue comme du profond sentiment d'injustice pour composer un récit protéiforme qui peut autant se voir autant comme une réflexion des mécanismes de la violence sociale contemporaine, entre dynamique de pouvoir/domination et luttes de classes, qu'une célébration sensorielle - et aux accents queer affirmés - sur le désir (celui que l'on refoule, consciemment comme inconsciemment), l'amour et l'identité auprès de figures au bord de la rupture, qui s'expurge de tout élan démonstratif quitte à se ramasser un brin la pellicule dans son dernier tiers; L'Espèce explosive a tout du premier effort frais et excentrique qui frappe par sa liberté de ton, par sa propension à ne jamais avoir peur de brusquer son auditoire, même avec un humour parfois douteux.
On lui pardonne néanmoins toutes ses faiblesses, pour la belle et déjantée ivresse que sa vision offre.


Jonathan Chevrier