[INSTANT LITTERATURE] : #38. Transylvania (Nicolas Beuglet)
"Quoi, un site centré sur le cinéma qui papote littérature, mais quelle hérésie ! ".Voilà une manière polie de dire " qu'est-ce qu'on est en train de foutre ", mais à une heure ou la littérature n'a jamais autant été liée au septième art (ah, Hollywood et son manque d'originalité...), nous avons trouvé de bon ton, en temps que media, de voir un petit peu plus loin que le bout de notre plume, et d'élargir notre prisme de partage culturel en papotant littérature donc, sans pour autant que cela soit lié au cinéma - même si cela arrivera certainement souvent.
Armez-vous de vos lunettes, d'un marque-page et d'un potentiel chèque-cadeau FNAC pour faire vos emplettes, et lisez un brin nos recommandations littéraires pleines d'amour, au cœur de notre nouvelle section : Instant Littérature !
Le romancier normand, devenu au fil des années l'un des noms qui comptent du thriller français, ne change pas de méthode : il s'agit une fois de plus d'aller chercher dans les zones d'ombre du passé de quoi éclairer le présent. C'est une signature qui a fait ses preuves chez lui, et elle continue de produire son effet ici. L'atmosphère est sans doute la grande réussite du livre : le huis clos hivernal, l'hôtel hanté par des siècles de légendes, le folklore de Bran instrumentalisé à des fins romanesques, tout cela crée un cadre efficace, presque cinématographique, où le glacial flirte avec l'enquête policière classique. On sent que l'auteur assume pleinement cette hybridation entre polar noir et matière de conte, une manière de démontrer que les bons contes peuvent aussi faire de bons romans noirs. L'idée de départ, à savoir que les récits que l'on raconte aux enfants dissimuleraient une vérité beaucoup plus sombre, a un vrai potentiel, et les premiers chapitres tiennent cette promesse avec un sens du rythme qui ne surprendra pas les habitués de l'auteur : c'est propre, ça avance, ça sait poser une scène de crime qui accroche.
C'est justement dans la tenue de cette promesse sur la durée que le bât blesse. Une partie des lecteurs pointe une intrigue qui part dans plusieurs directions à la fois, au point de perdre parfois le fil de ce qui la sous-tend vraiment ; le sentiment que le fond de l'histoire reste assez convenu, porté davantage par un thème dans l'air du temps que par une véritable singularité narrative, revient aussi régulièrement. Plus gênant : certains ne parviennent pas à établir clairement le lien entre le titre du roman et son contenu réel, comme si le liant entre le folklore transylvanien affiché en couverture et le « livre fondateur » au cœur de l'intrigue restait un peu artificiel, presque un habillage plaqué sur une mécanique de thriller assez classique. On reproche également au texte une écriture très visuelle, façon scénario, qui facilite la lecture mais qui, par endroits, sacrifie l'épaisseur des personnages à l'efficacité de l'enchaînement des scènes, un défaut assez courant dans le genre, mais qui se sent davantage quand l'enjeu affiché, à savoir les contes de fées comme clé de lecture de nos peurs, aurait mérité un peu plus de place pour respirer.









