[CRITIQUE/RESSORTIE] : La Belle et la Bête
Réalisateur : Jean Cocteau
Avec : Josette Day, Jean Marais, Marcel André,...
Distributeur : SND
Budget : -
Genre : Drame, Fantastique, Romance.
Nationalité : Luxembourgeois, Français.
Durée : 1h36min.
Date de sortie : 29 octobre 1946
Date de ressortie : 16 septembre 2026
Synopsis :
En 1945, dans une immen
Qui dit adaptation du classique de Jeanne-Marie Leprince de Beaumont, La Belle et la Bête dit, au-delà des mômes biberonnés que nous sommes par les dessins animés de la firme aux grandes oreilles Disney (ne citez pas son remake en prise de vues réelles, respectez-vous, même par amour pour Dan Stevens et Emma Watson), dit instinctivement le chef-d'œuvre intemporel de Jean Cocteau, merveille de cinéma mélancolique et poétique tourné au lendemain de la Seconde Guerre mondiale (une époque où toute poésie a lentement été piétiné par l'absurdité et la violence des hommes, là où le septième art penchait plus volontiers vers le néoréalisme initié par nos voisins transalpins), qui titille férocement l'imaginaire de son spectateur comme l'enfant qui sommeille en lui.
Et ce dès une ouverture excessivement épurée et intimiste, véritable profession de foi qui brise merveilleusement le quatrième mur, où le cinéaste s'adresse directement à son auditoire, d'une salle de classe et à travers un tableau noir.
Une première invitation pour franchir la frontière entre le réel et le fantastique, dont le basculement est inévitablement franchi au moment même où le père de Belle, perdu dans les méandres nocturnes d'une forêt sans fin, passe la porte d'un château où il espère trouver refuge, enveloppé par une magie qui se fait plus bonne que la destinée, avant de laisser exploser la noirceur qui l'habite par un acte anodin (une rose fauchée dans un jardin) : la colère d'une Bête qui exigera une vie en échange, que ce soit sa mort, où le don de l'une de ses filles pour l'éternité.
Pour sauver son père, Belle (formidable Josette Day) s'offre comme captive et découvre peu à peu qu'il y a une âme meurtrie qui se cache sous la carcasse poilue et agressive...
Dans un noir et blanc aussi élégant que tranchant, fruit de l'union enflammée entre la maîtrise virtuose de la mise en scène de Cocteau et de la photographie stellaire de Henri Alekan (auxquels s'ajoute les fantastiques décors de Christian Bérard), La Belle et la Bête a tout d'un conte au réalisme irréel et cotonneux, véritable enchaînement de tableau baroque aux effets profondément organiques (et bricolés) où le cinéaste se lance dans une recherche constante de la beauté qui le conduit parfois à une théâtralité excessive, embaumée dans une symbolisme Freudien frontale entre désir refoulé/déraisonné et éclosion du désir charnel.
Tout le vertige ambiguë du film est là, niché dans la perversité et la soumission d'un emprisonnement/syndrome de Stockholm d'où naît paradoxalement l'amour comme la douceur et la bonté : l'exposition de l'égoïsme et du manque d'empathie de la nature humaine, face à une créature bouffée par le rejet (qui la poursuivra même lorsqu'elle perdra son apparat sauvage et bestial, son frisson tout de poil et d'interdit); une bête tout autant érotisée que sanctifiée comme une figure tragique à la détresse déchirante, où le regard perçant d'un Jean Marais aussi terrifiant que férocement empathique, imprime la rétine à la hauteur des yeux bleus renversants de Peter O'Toole dans Lawrence d'Arabie.







