[CRITIQUE] : Lettres d'amour de ma grand-mère
Réalisateur : Hongchun Lan
Acteurs : Sitong Li, Yantong Wang, Shaoqing Wu,...
Distributeur : Trinity CineAsia
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Chinois.
Durée : 1h58min.
Synopsis :
Pendant des décennies, Ye Sogriu a survécu grâce aux lettres et aux mandats que son mari lui envoie depuis la Thaïlande. Lorsque son petit-fils Hiou-ui part sur les traces de son grand-père, il découvre que l’histoire derrière cette correspondance est bien différente de ce que la famille avait toujours imaginé. À mesure que ressurgissent des souvenirs enfouis et des gestes de dévouement restés dans l’ombre, se dessine le portrait d’existences liées par la séparation, le sacrifice et le temps.
Il y a un modeste mais réel exercice de funambule qui se dégage derrière les changements de ton du troisième long-métrage de Hongchun Lan (son premier à avoir les honneurs d'une exploitation en salles par chez nous), Lettres d'amour de ma grand-mère, lui qui trompe gentiment les effluves de comédie facile et cynique - voire forcée, qui réapparaît partiellement par la suite - que distille les premières notes de sa symphonie en mélancolie majeure (qui pourrait être le point de départ de n'importe quelle production potacho-déglinguée bien de chez nous), pour embrasser les contours cotonneux d'un mélodrame à la fois tragique et réconfortant, pas exempt de maladresses (comme tout mélo gentiment manipulateur qui se respecte et qui sait faire vibrer les bonnes cordes), mais d'une tendresse irrésistible et à toute épreuve.
Une petite bulle de douceur amère dont l'histoire groove entre passé et présent : les aternoiements d'un homme à la cupidité exacerbée parce que criblé de dettes, qui fouille le grenier de sa grand-mère lors de la fête de son 88e anniversaire et y découvre une lettre de son grand-père, longtemps absent dans la vie familiale - il aurait quitté la Chine et sa guerre civile il y a plus de quarante ans, pour une Thaïlande où les possibilités économiques étaient plus importantes.
Mais ce qu'il pensait comme une manière évidente de pouvoir régler ses soucis d'argent - ponctionner papy qui se trouve en fait mort depuis des lustres -, va in fine se transformer en une (en)quête de vérité douloureuse et tragique sur un secret familial lourd de sens : qui a bien pu continuer à ses courriers, faire en sorte de perpétuer l'amour au-delà même de la mort...
![]() |
| Copyright Trinity CineAsia |
Voyage sensoriel et lancinant façon auscultation des douleurs de l'exil (en beaucoup, beaucoup plus léger que chez Wong Kar-wai, certes), de l'absence et d'une mémoire fuyante et aux nuances multiples (où le héros n'est ni le jeune homme, ni le grand-père mais clairement les deux femmes liées à son existence : son épouse et une aubergiste sino-thaïlandaise qui gère la pension familiale où il réside), celle que l'on déforme aurant que l'on protège, Hongchun Lan a le bon ton de s'appuyer avec intelligence sur le pouvoir évocatrice immense de la culture du Qiaopi (une correspondance épistolaire qui permettait aux chinois exilés économiques, d'envoyer de l'argent pour la survie des leurs comme des mots d'affection, chaque mot/demi-mot ayant un poids immense : une manière d'exprimer son transport, de remplir son devoir moral, de prouver matériellement son existence comme de conserver un semblant d'identité culturelle), comme sur une mise en avant de la culture comme des traditions locales (le dialecte Chaoshan, la cérémonie du thé Gongfu,..), pour mieux contrebalancer le didactisme d'une écriture - comme d'une mise en scène fonctionnelle et sans aspérité - balisée et étrangement expéditive sous de nombreux aspects (notamment la relation amoureuse en son cœur, qui n'a pas assez de scènes d'exposition pour la laisser s'épanouir et encore moins la rendre suffisamment palpable), qui sappe en grande partie la puissance émotionnelle de sa tragédie, pas aidée non plus par un montage fragmenté et tout en ellipses brutes (et que dire de son score pompier comme ce n'est pas permis).
Mais il y a une douceur mélancolique poignante, une envie sincère de célébrer toute une culture comme la résilience et la dignité de deux femmes unies par l'empathie mais séparées par la vie et les océans, qui se dégage de cette popote familiale et familière à fleur d'encre et de pellicule, qui emporte en partie le cœur de son auditoire.
Juste en partie seulement...
Jonathan Chevrier


.jpg)






