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[CRITIQUE] : The Good Sister


Réalisatrice : Sarah Miro Fischer
Acteurs : Marie Bloching, Anton Weil, Proschat Madani,...
Distributeur : Memento
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Allemand.
Durée : 1h36min.

Synopsis :
Rose est très proche de son frère aîné Sam, qu’elle adore. Lorsqu’une femme accuse Sam de viol, Rose est appelée à témoigner dans le cadre d’une enquête menée à son encontre.




Alors certes, la comparaison, au-delà d'incarner deux premiers efforts de wannabe cinéastes ambitieux et aux dujets difficiles, semble un poil facile mais il n'en reste pas moins pertinent de nouer des points de concordance (qui apparaissent plutôt évident avec la vision successive des deux longs-métrages) entre deux séances en salles ce mercredi, La Frappe de Julien Gaspar-Oliveri et The Good Sister de Sarah Miro Fischer, notamment autour d'une idée centrale : celle que nos proches sont capables du pire, que l'on en soit une victime directe où un témoin indirect.

Si Gaspar-Oliveri aborde avec une certaine subtilité - et un refus de tout sentimentalisme putassier, comme ici - les violences intra-familiales (et, plus directement, de l'inceste, à travers les retrouvailles d'un père toxique et manipulateur avec sa progéniture, passé une peine de prison), Fischer aborde elle aussi dans un souci d'éviter tout discours moralisateur, une confrontation au mal(e) moins frontale et surtout plus singulière sur le papier, mais néanmoins toute aussi captivante : une jeune femme au coeur d'une affaire de VSS où elle n'est ni victime et encore moins agresseuse, mais bien la sœur du principal suspect, son frère, avec qui elle entretient une relation particulièrement fusionnelle - et qui prétend que tout n'est qu'un simple malentendu.
Où comment faire se confronter amour/loyauté familiale avec la monstruosité d'un acte terrible et abject, au plus profond d'une âme vulnérable renvoyé dans les cordes de ses propres valeurs morales, face à un frère dont l'humanité tendre ne peut corriger la violence des faits.

Copyright Selma von Polheim Gravesen / Memento

Tout comme La Frappe qui soulignait la banalité de l'horreur, le masque ordinaire d'hommes capable des pires vices (avec, là aussi, une mise en scène sensorielle et volontairement étouffante, caméra à l'épaule et au plus près des visages et des corps), le film déjoue l'image d'une masculinité violente stéréotypée, au travers d'une figure drôle et charmante capturée au detour du prisme subjectif d'une sœur qui l'aime sans réserve et qui devient, littéralement, celle dont le témoignage peut l'amener directement en prison.
Un terreau trouble et tortueux, idéal pour que la cinéaste décortique avec minutie et non sans malaise (mais également un symbolisme assez pompier, malheureusement), la complexité des dynamiques familiales et des liens d'affection/confiance entre frères et sœurs, où comment la spontanéité se voit heurtée par une envie légitime de comprendre l'inimaginable, pierre fondatrice menant vers une douloureuse prise de conscience (quand bien même le déroulement exact des événements restent sur une note ambiguë).

Drame psychologique aussi modeste et poignant que moralement dense et nuancé, The Good Sister, porté par la prestation mémorable d'une Marie Bloching à la puissance contenue, vise juste dans sa manière de rendre crédible ses personnages, entre déni, (in)dignité et compassion/loyauté, face aux répercussions d'une agression sexuelle commise par un proche.


Jonathan Chevrier