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[CRITIQUE] : The Opera!


Réalisateurs : Davide Livermore et Paolo Gep Cucco
Acteurs : Valentino Buzza, Mariam Battistelli, Vincent Cassel, Fanny Ardant, Rossy de Palma,...
Distributeur : Hediji Films
Budget : -
Genre : Drame, Fantastique, Musical, Romance.
Nationalité : Italien, Français.
Durée : 1h46min.

Synopsis :
A notre époque, Eurydice est tué par balle le jour de son mariage. Orphée, dévasté par la perte de sa bien-aimée, poursuit sa quête pour retrouver son amante jusque dans le Grand Hades Hotel (en écho aux enfers, le royaume d’Hadès). Il y rencontrera de nombreux personnages emblématiques et devra affronter ses peurs les plus profondes dans une réalité rythmée par de grands airs d’opéras.




Passé plusieurs décennies (depuis le début des années 80, en gros) ou seules quelques figures populaires venaient, à l'occasion, gentiment replacer son cinéma au centre des débats, le cinéma italien s'est offert au virage des années 2010, une véritable cure de Jouvence, composant une sorte de nouvelle vague portée par une pluie de jeunes visages/cinéastes talentueux, certes résolument moins audacieux que leurs incroyables figures tutélaires (pas la même époque, évidemment, et c'est un reproche facile que l'on pourrait - en partie - se faire nous-même avec notre propre production hexagonale), mais avec de vraies jolies choses à dire caméra au poing.

Tant mieux pour lui et, surtout, tant mieux pour nous puisque la proposition en salles - où ailleurs - n'est jamais plus forte que lorsqu'une industrie est en pleine possession de ses moyens comme de sa créativité et d'audace.

Copyright HEDIJI FILMS

Et de créativité comme d'audace, The Opera! du tandem Davide Livermore et Paolo Gep Cucco n'en manque pas (trop peut-être pour ce qui concerne l'audace), tant les deux cinéastes tentent de s'inscrire dans la droite lignée du cultissime - pour les mauvaises raisons - Parking de Jacques Demy, en croquant une variation ludique et résolument originale du mythe d'Orphée (quitte a en perdre toute la puissance psychologique), encore très présent dans la production contemporaine (coucou Sky Dome 2123 de Sarolta Szabó et Tibor Bánóczki, ou Orfeo de Virgilio Villoresi et sa simili-opérette jazzy sur pellicule entre le conte de fées candido-baroque et le musical expérimental shooté caméra à l'épaule), à travers une adaptation - et une interprétation - lyrique du trentième et plus célèbre opéra de Christoph Willibald Gluck.

Tout un programme donc, pour ce qui incarne in fine une oeuvre onirico-futuriste au kitsch méchamment baroque (jusque dans ses VFX cheaps), pas si éloignée dans l'intention de la réappropriation de Roméo et Juliette par Baz Luhrmann, entre le pastiche d'un spot pour parfum par Jean-Paul Gauthier et le rejeton prétentieux du Megalopolis de Coppola - jusque dans ses filtres criards -, flanqué dans un hôtel infernal censé représenter les Enfers de la mythologie grecque - où du capitalisme moderne, c'est selon - façon Grande Table de la saga John Wick, où Orphée doit aller retrouver son Eurydice d'amour, flinguée le jour de leurs noces, avec l'aide d'un Vincent Cassel en passeur/chauffeur de taxi.

Copyright HEDIJI FILMS

Un trip déglingué donc, singulier as hell et qui frotte sa pellicule à tout ce qui pourrait le piquer à mort, entre le spectacle vivant déglingué, le bis fauché rital, la comédie musicale sauce MTV et le mélodrame glucosé aux dialogues chantés, avec pour B.O. les plus grands airs de l'opéra classique.
Du grand n’importe quoi sous substance - ou pas loin - mais qui à le mérite de ne ressembler à rien d'autre ce qui, à une heure où l'on fustige (plus où moins à raison) le manque d'originalité criant de la proposition populaire actuelle, justifie amplement son pesant de pop-corn en salles.


Jonathan Chevrier