[CRITIQUE] : La Frappe
Réalisateur : Julien Gaspar-Oliveri
Acteurs : Diego Murgia, Bastien Bouillon, Romane Fringeli,...
Distributeur : Ad Vitam
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Français.
Durée : 1h46min.
Synopsis :
Enzo, 19 ans et sa soeur Carla, 20 ans, sont livrés à eux-mêmes depuis plusieurs années. Quand leur père, Anthony est libéré de prison, Enzo voit la promesse fragile d’une famille à reconstruire contrairement à Carla pour qui l’idée reste inconcevable. Rattrapé par son passé, Enzo doit se confronter à une vérité qu’il a trop longtemps gardée pour lui.
Quand bien même le concept pourrait en faire sursauter plus d'un (sans doute les deux, trois du fond à ne pas réellement s'intéresser, ni même avoir tout simplement conscience, de ce qui peut débarquer en salles chaque mercredi, au-delà des productions les plus bruyantes), il n'y a finalement rien de plus pertinent et sain que de mesurer la bonne santé d'une production cinématographique, à travers la qualité des premiers efforts de toute la galerie de jeunes cinéastes cherchant sensiblement faire leur trou dans une jungle de plus en plus étriquée, tout autant qu'à démontrer la richesse et l'éclectisme de notre cinéma, qui ne demande qu'à être un peu plus soutenu - avant tout et surtout en salles.
![]() |
| Copyright 2026 EASY TIGER |
En ce sens, le cinéma hexagonal se porte particulièrement bien en cette riche année 2026, pour peu que l'on s'arrête sur une poignée de sorties toutes récentes, à l'image de l'excellent La Frappe, baptême du feu choc du comédien et wannabe cinéaste Julien Gaspar-Oliveri qui, à la différence du brillant Paola d'Angele Ottobah qui abordait le sujet difficile de l'inceste d'une manière résolument plus feutrée (à travers les courbes sombres d'une fable dans l'ombre inquiétée et inquiétante des frères Grimm), ne vient jamais pervertir le trouble intense de sa tragédie comme de la normalité effarante - et donc incroyablement terrifiante - du mal(e) en son cœur, le rapprochant, en ce sens, du tout aussi percutant Dalva d'Emmanuelle Nicot.
Sensiblement autobiographique (ce qui décuple encore plus la puissance émotionnelle qui s'en dégage), Gaspar-Oliveri se revendique lui bien plus dans la veine du réalisme viscéral du cinéma des frères Dardenne, sans pour autant tomber pellicule la première dans un sensationnalisme - comme d'un misérabilisme - putassier (le propos est clair et intelligemment distillé au fil du récit, sans avoir à jouer la carte de la reconstitution maladroite), privilégiant tout autant une exploration douloureuse des mécanismes invisibles et sourds de l'emprise intra-familiale (qui explose au retour d'un patriarche tout juste de prison et qui renoue comme si de rien était, avec la chair de sa chair, qui a grandit et s'est forgée sans lui) , qu'une étude de personnage rugueuse et juste d'un gamin brisé avant même son entrée dans l'âge adulte; une figure bouffée par le déni et incapable de ne pas aimer par un père - et de ne pas vouloir être aimé par lui - qui est l'unique bourreau de son malheur, à la différence de sa sœur, plus lucide et prompt à laisser parler sa colère.
![]() |
| Copyright 2026 EASY TIGER |
Drame psychologique et claustrophobique tout du long au plus près des corps et des visages pour déceler ce que les mots ne peuvent exprimer, à travers une mise en scène nerveuse qui capture, renforce le malaise et la tension ambiante pour mieux éreinter, heurter son auditoire à la hauteur de ses personnages (un cinéma du ressenti bien plus pertinent et impactant), La Frappe est aussi et surtout un beau film de compositions, le cinéaste tirant le meilleur aussi bien d'un Bastien Bouillon impérial en père toxique et subtilement manipulateur, que d'un Diego Murgia bouleversant en jeune adulte complexe tout autant rongé par les traumatismes du passé, que désespéré à l'idée de pouvoir se reconstruire, de passer outre pour embrasser un semblant de vie " normale " pieusement souhaitée - quitte à imploser.
En se concentrant intelligemment sur " l'après ", Julien Gaspar-Oliveri compose une expérience humaine rugueuse, lucidité et bouleversante sur la dure réalité de la vie comme sur l'explosion d'une cellule familiale sous le poids de la cruauté et du vice paternel.
Un épatant premier effort donc.
Jonathan Chevrier










