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[CRITIQUE] : Hellboy : The Crooked Man


Réalisateur : Brian Taylor
Avec : Jack Kesy, Adeline Rudolph, Jefferson White,...
Distributeur : Amazon Prime Vidéo France
Budget : -
Genre : Epouvante-horreur, Action, Fantastique.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h40min.

Synopsis :
Au fin fond d'une montagne isolée de Virginie, Hellboy et Bobbie Jo, deux enquêteurs spécialisés dans le paranormal, découvrent une communauté hantée par un démon maléfique « l'homme tordu » alias "The Crooked Man".




Il y a une tristesse évidente qui se dégage de la franchise Hellboy, morte de sa plus vilaine mort au moment même où Universal Pictures a fermé la porte à un troisième film chapeauté par Guillermo Del Toro, passé deux petits bijoux qui n'ont aucun mal à se classer tout en haut de ce que le genre super-héroïque à produit de meilleur (et au-dessus de 90% de ce que le tandem Marvel/DC a produit depuis, sur le petit comme sur le grand écran).

Passé entre les mains d'un jadis solide faiseur et véritable amoureux du cinéma de genre, qui avait su replacer sur la carte du fantastico-horrifique, sans forcément avoir une grammaire cinématographique férocement dense, Neil Marshall, qui n'a jamais réellement su laisser s'exprimer le sang sincèrement bis qui coulait dans ses veines à travers son simili-reboot perdant d'avance au jeu - putassier certes, mais loin de manquer de pertinence - des comparaisons avec Del Toro (qui était un fan acharné du comic-book), lui qui jouait la carte d'un divertissement volontairement plus gore et méta que ses aînés, mais aussi et surtout bouffé par des partis pris douteux - pour ne pas dire foutrement problématique -, qui tronquait tout appréciation régressive du bordel.

Copyright Dark Horse Entertainment / Ketchup Entertainment

S'il conservait les bastons à la Kirby ou l'on s'emplafonne avec jouissance et où l'on éclate son prochain dans un bain de sang franchement délirant, le film zappait totalement l'imagerie lovecraftienne puissante chère autant au cinéaste mexicain qu'à l'oeuvre mère mais surtout, pour mieux se perdre dans une narration boursouflée par des références mythologiques et littéraires bazardées sans la moindre envie ni cohérence, où les personnages, croqués avec les pieds, n'arrivent jamais à être un tant soit peu plaisant à suivre ni empathiques.
Là ou chez le cinéaste mexicain, ils étaient tous où presque embaumé dans une dimension romantique bouleversante, avec un triangle amoureux malin (la bête Hellboy et le " banal " Myers face à la belle Liz) se transformant dans le second film, en une love story adulte touchante malgré le destin funeste qui attend les héros.
Pire, si l'action était plutôt prenante et nerveuse - quand elle n'était pas plombée par des VFX loin d'être maîtrisés -, elle était totalement tronquée par ce qui est censé l'alléger : son humour, lourd et épuisant, là ou dans le précédent diptyque, " Rouge " était bien plus un diablotin farceur gentiment attachant, qu'un cabotineur tout droit sortie d'une potacherie au rabais.

Un Gaston Lagaffe du pauvre à la stature jamais imposante - même s'il tente veinement de rivaliser avec le Darkness de Legend - et au maquillage immonde, épuré de toute la thématique matricielle de l'oeuvre de Mike Mignola, qui faisait tout le sel de sa personnalité : le questionnement tragique du choix, d'un héros pas toujours bien dans sa peau et qui se cherche, tiraillé entre sa nature profonde - le mal absolu - et son amour pour l'humanité et un père de substitution, qui l'a élevé comme son propre fils malgré sa différence.
Un ratage fascinant qui s'avère, étonnamment, infiniment moins défendable que son dernier frère en date, sortie en 2024 et balancé dans l'indifférence générale cette semaine, par une Prime Vidéo étrangement gênée de l'avoir au sein de son catalogue déjà bardé d'immondices sans lui : Hellboy : The Crooked Man, produit pour 50 dollars et deux barres de Mars dans une forêt de Fontainebleau bulgare, et chapeauté par un Brian Taylor dont la caméra sentant pourtant toujours aussi bon la pisse depuis qu'il a vidé sa vessie sur le cercueil en colza de Ghost Rider, avec son ex-comparse Mark Neveldine - Ghost Rider : L'Esprit de Vengeance.

Copyright Dark Horse Entertainment / Ketchup Entertainment

Bifurcation franche vers la folk horror totalement en adéquation avec son pendant comics (Hellboy a toujours jonglé entre le récit lovecraftien en diable sur sa destinée d'héritier des enfers, et les histoires d'épouvante plus modestes au coeur de bleds - plus où moins - paumés), avec Magnola au scénario, le film a le cul entre les deux chaises du divertissement gentiment barré et cinglant, et du film d'épouvante sérieux dans ses effets horrifiques, mais il a le bon ton de retranscrire avec justesse l'esprit du personnage, au coeur d'une intrigue qui ne s'embarasse d'aucune mise en perspective, en flanquant sans exposition son antihéros (campé par un Jack Kesy qui fait ce qu'il peut, en Hellboy plus novice et misanthrope mais pas dénué de sarcasme) dans les Appalaches des 50s, où The Crooked Man y collecte les âmes et maintient les habitants - dont les sorcières - de sa montagne sous son emprise.

Sorte de sous-Evil Dead cartoonesque, bis cheap et décontracté fidèle à son matériau d'origine mais plombé par un rythme décousu et pachydermique (comme ses dialogues, au mieux anecdotiques), le film, inoffensif et techniquement perfectible (parce que fauché, on y revient toujours), a beau être méchamment dispensable malgré ses quelques bonnes intentions, il a au moins le mérite de ne pas être noyé sous l'océan moribond du minimum syndical sans saveur et foutraque, comme le film de Marshall.
Et c'est déjà pas si mal...


Jonathan Chevrier