[CRITIQUE] : Gouffres et merveilles
Réalisateur : Jean Boiron Lajous
Acteurs : Jean Boiron Lajous et Christine Dancausse
Distributeur : Les Alchimistes
Budget : -
Genre : Documentaire.
Nationalité : Français.
Durée : 1h19min.
Synopsis :
Le réalisateur propose un road movie à Christine, sa meilleure amie : traverser le sud de la France à la recherche d’une lettre d’adieu laissée par son père – et peut-être d’une forme d’acceptation du comportement tyrannique de sa mère. Mais rien ne se passe comme prévu. Des rencontres et des embûches transforment cette odyssée introspective en un voyage tragi-comique.
Sensiblement plus encore que le drame, le road movie est le genre cinématographique le plus propice à laisser parler, sincèrement, les émotions d'une histoire et de ses personnages, sans doute parce que la simplicité évidente qu'il convoque (aller d'un point A à un point B), lui permet d'aller strictement à l'essentiel, de laisser vivre et vibrer sa narration au gré des points clés et autres rebondissements d'un périple à la fois physique et intime.
L'essence même, au fond, de l'influence apporté au genre par le cinéma américain (et, en grande partie, par la figure tutélaire qu'est John Ford), délicatement bâti sur les aspirations et les désirs - qu'ils soient bons comme mauvais - de protagonistes promis à une vraie catharsis émotionnelle.
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Et puis, après tout, Robert Louis Stevenson ne disait-il pas que " l'important, ce n'est pas la destination, mais le voyage en lui-même "?
(Ouais parce qu'on ne fait pas que regarder des films, on lit aussi un peu hein).
Et c'est justement ce genre, balisé mais néanmoins passionnant, qu'aborde par le prisme du documentaire, le professeur de cinéma et documentariste émérite Jean Boiron-Lajous (qu'on avait laissé il y a un an, quasiment jour pour jour, avec l'excellent Hors-service, doc tout en conversations prenantes et en saynètes improvisées, où il réunissait dans un hôpital abandonné, six démissionnaires de la fonction publique pour qu'ils échangent sur la souffrance au travail et le conflit éthique qu’ils ont vécu suite au démantèlement du service public), avec son nouvel effort Gouffres et merveilles.
Soit un - vraiment - modeste bout de cinéma arty, cathartique et enchanteur où, accompagnée de son amie, Christine Dancausse, ingénieure du son sur ses précédents projets, ils prennent la route dans une traversée du sud de la France à décapotable, pour mieux se confronter à leurs traumatismes intimes (elle a perdu son père dans sa jeunesse et a vécu sous la coupe d'une mère maltraitante, lui vient tout juste de perdre son père dépressif, qui lui a laissé une lettre d'adieu avant de mettre fin à ses jours) et tenter de les exorciser (elle espère retrouver chez sa mère toxique, une lettre que son patriarche lui aurait laissé avant de disparaître; lui transporte les mots du sien, en espérant trouver la force d'enfin les lire).
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Profondément singulier et personnel dans son approche (pas de divagations contemplatives, le cadre et ses paysages sont presque anecdotique, ce qui en fait presque un anti-road movie voire même un anti-film de vacances, quand bien même il en épouse tous les codes), rythmé par les confessions progressives de ses deux protagonistes - dont l'amitié sincère fait particulièrement chaud au coeur - et un refus de tout voyeurisme salvateur, le film, jamais pesant malgré la gravité des thèmes et des maux abordés (même si la mise à nue du cinéaste est beaucoup moins complète et sans réserve, que celle de son amie), est une évasion introspective et thérapeutique poignante qui vaut chèrement son pesant de pop-corn.
Jonathan Chevrier










