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[ENTRETIEN] : Entretien avec Ilyes Djadel (Tombé du ciel)

Copyright KISSFILMS – SND – M6 Films 2026


La plus grande force de Tombé du ciel est l’énergie d’Ilyes Djadel, qui a amené son propre vécu avec cette comédie française qui devrait fonctionner par son message de rassemblement. Il était donc plus que tentant de discuter avec le comédien, au rythme de parole soutenu et réfléchi participant à la sincérité qu’il a voulu apporter avec ce film.




Tombé du ciel vient d'expériences que vous avez vécues dans une école catholique. Comment faire pour retranscrire une expérience aussi personnelle dans un film ?

C'est une bonne question. C’est une expérience qui m'a vraiment apporté beaucoup. Déjà, en étant au lycée catholique, je trouvais que c'était un super sujet : c'était un sujet fédérateur, un beau message de vivre ensemble, le fait qu'un jeune musulman se trouve dans un lycée catholique. Et donc déjà, à l'époque, je trouvais que c'était une belle idée de film. Quand j’ai commencé à être humoriste, j'avais démarré l’écriture d’un petit scénario. Et j'ai vu que c'était compliqué d'en faire un film, parce que j'essayais de le vendre à tout le monde, j'envoyais des messages maison me disait non. Du coup, je me suis dit que j’allais en faire un sketch, et si ça fonctionnait, j'en ferais un film. J'en ai fait un sketch, ça a cartonné partout.J'ai fait le Marrakech du rire grâce à ça. Et ensuite, je me suis retrouvé au cinéma avec ce film. Je trouvais que c'était assez naturel, parce que le sujet est bien, il est fort, et puis il est fédérateur. Évidemment, on rigole en venant voir le film, mais ce n'est pas tout, en fait. On part en se disant qu’on peut vivre ensemble malgré nos différences. C'est un beau message de tolérance.

Effectivement, on sent déjà aussi cette résonance quand votre personnage arrive dans ce café, avec ce chroniqueur qui parle d’immigration à la télévision. Comment voyez-vous justement les résonances politiques que peut avoir un film comme le vôtre, qui appelle justement au vivre ensemble?

Le message est là, c'est par l'humour qu’on démonte des clichés, en fait. C'est ça, l'idée. On est là pour montrer que ce qu'on nous dit, ce n’est pas forcément toujours vrai. En fait, c'est ça le truc : c'est que l'inconnu fait peur aux gens.Et par ce film, on veut montrer que ce n'est pas parce qu'on est différent qu’on ne peut pas s'entendre. Et donc, on essaye de le montrer dans ce film, on reprend des vraies choses de la vraie vie, des vraies phrases qu'on pourrait entendre à la télé, et on essaye de les démonter une par une. Donc je trouve ça bien que vous l'ayez remarqué, parce que franchement, c'est le but.Et surtout, on me le fait remarquer. Moi, j'ai eu des gens qui sont venus, en sortant de ce film et qui m’ont dit qu'ils ne verraient plus les choses de la même manière. C'est assez clair, cette phrase.Ça veut tout dire. Et donc, c'est bien. C'est ça le but.

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C’est votre deuxième rôle au cinéma. Comment appréhendez-vous, justement, cette approche cinématographique, votre approche du rôle, après votre expérience de stand upper sur votre projet?

Déjà, c'est moi qui ai écrit ce film donc c'était plus simple. Ce n’était pas non plus un rôle de composition où on m'a demandé de jouer le général de Gaulle, par exemple. Donc, oui, c'est vrai que c'était plus simple pour moi. J'avais peut-être l'insouciance aussi du truc. C'est vrai que c'est la deuxième fois que je suis dans un film au cinéma, mais c'est totalement différent. Là, c'est mon premier rôle, et puis je porte le film tout le long. C’était mon histoire aussi, donc j'étais vraiment à toutes les étapes, que ce soit à l'écriture, mais après même au montage, ou au choix des musiques, ou vraiment à la création même des musiques. J'étais à toutes les étapes, même les costumes. Donc, j'avais plus de casquettes que seulement la casquette acteur.J'étais un peu sur tout. Donc, je n’ai pasvraiment eu le temps de réfléchir à si allait être compliqué ou si ça allait être facile. Et puis, j'étais très bien entouré avec un gros casting. Et quand tu as un gros casting autour de toi, tu es tellement avec des grosses personnalités et des gros acteurs qui te font oublier que tu tournes un film quand tu fais des scènes avec eux. Tu as l'impression de vivre des vrais moments de la vie. Et donc, ça, ça t'aide en tant qu'acteur. Et puis, je me suis rendu compte que j'étais capable de jouer dans un film surtout, et pas seulement de faire rire les gens. Dans ce film, je fais passer des émotions. Et ça, je l'ai appris avec ce film.

Comment vous décririez Mohamed Amidi comme réalisateur ?

C’est un réalisateur d'expérience qui a fait quand même pas mal de beaux films au cinéma. Mohamed Amidi et moi, on a été beaucoup complémentaires sur ce film parce que Mohamed n'est pas de la même génération. Il fait des films avec des sujets différents de ce que moi, j'aurais pu aborder seul. Donc, je pense qu'on a été complémentaires. La bonne recette sur ce film, c'est Mohamed et moi, justement. C'est le fait d'avoir Mohamed qui va parler à un tout autre public. Moi, je vais aller chercher un autre public. Et on va faire un film qui nous ressemble à tous les deux et on va ramener tout le monde. Donc, Mohamed a été une vraie plus-value pour moi parce qu'il a aussi l'expérience, il m'a appris plein de choses. Et puis, il y a plein de choses que je n'aurais pas faites si ça n'avait pas été là, notamment des scènes d'émotions qui sont très importantes dans ce film. Moi, je suis assez pudique avec ça. Donc, sans Mohamed, peut-être que je ne les aurais pas faites.

Quels ont été vos échanges avec le reste du casting ?

Ça a été assez naturel pour tout le monde. Ils ont très vite dit oui. Parce que, comme je vous l'ai dit, peut-être que le sujet leur parlait aussi. Ils aimaient ce que racontait ce film aussi. On parle quand même de ces très gros acteurs. Je pense même à Jamel, qui travaille sur le film, qui est coproducteur. Mais Jamel, je le connais : s'il y a un truc qu'il ne veut pas faire, même si tu peux être un membre de sa famille, il ne va pas le faire.Artistiquement, ça ne lui parle pas. Et donc là, ça leur parlait, je pense, à tous. On avait tous envie de faire le même film et de parler et de faire passer le même message. Donc, on s'est très vite connectés. Ça a été très vite, très rapide. Je n'ai pas senti une ambiance sur le tournage ou une forme de pression.J'avais l'impression de vivre un moment de vacances. Et oui, ça a été très simple, en fait. Il n’y a pas eu trop de conversations, pas trop de complications. C’était vraiment fluide, avec une énergie tout du long.

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Quelle est votre vision de la comédie française, en général, notamment sur les remarques faites par rapport à certains titres populaires ?

Comme je vous l’ai dit, j'ai l'habitude de faire des choses qui me ressemblent, des choses qui me plaisent. C'est le cas quand je suis sur scène, déjà. Je ne me dis pas que je ne vais pas faire ça ou ça ou que je n'ai pas le droit de parler de ça ou ça.Je sais juste que j'ai un humour bienveillant. Je sais juste que mon but, à chaque fois, c'est de faire rire avec des messages sympathiques. Donc, je fais des choses qui me plaisent à moi et je me dis que si ça me plaît à moi, il y a des gens à qui ça va plaire.Donc, je sais que le cinéma français a une image defilms à clichés. Mais on a vraiment essayé de faire attention avec ce film. On a vraiment essayé de casser ces clichés, de montrer qu'on pouvait rire sur des sujets comme ça sans forcément blesser. Parce que pour moi, l'humour, ça s'arrête à partir du moment où tu blesses les gens. Ça ne fonctionne plus. Donc, on a fait très attention. On pourrait croire que c'est un énième film où on rigole des catholiques ou des musulmans. Pas du tout. Là, on a vraiment fait attention à ne blesser les personnes, à ce que personne ne se sente offensé dans sa foi. Et c'est vraiment le but de ce film. On a fait lire le scénario, par exemple, à un prêtre catholique qui a lu tout le scénario et qui nous a fait des retours, pareil pourles musulmans. Je veux que, quand les gens sortent de la salle, ils soient vraiment contents. Et qu’ils ne se disent pas que c’est encore un film à clichés où on se moque d’eux. C'est ça l'idée. C'est que tout le monde soit content.

Est-ce qu'il y a un point du film sur lequel vous auriez bien voulu revenir, comme une scène que vous auriez bien voulu mettre en avant ?

En fait, j'ai une scène que j'ai malheureusement coupée au montage et que je regrette un peu. C'était une scène avec un imam et un prêtre où ils avaient une vraie discussion. On voyait avant mon départ que l'imam était content que j'aille dans un lycée catholique et il disait : « Donne une bonne image de nous ». On l'a coupée parce que ça ne marchait pas dans le rythme. Ce jour-là, on avait dû tourner précipitamment à cause du temps. Du coup, ce n'était pas comme on le voulait vraiment. Mais je regrette un peu parce que pour moi, c'est une scène qui... Ça peut paraître bateau comme ça mais à l'écriture, c'était une scène importante pour moi. Du coup, je regrette un peu, c'est tout. Sinon, je ne regrette pas grand-chose. Au contraire, il y a plein de choses où je suis agréablement surpris. Par exemple, je suis un mec qui a l'habitude du rythme. C'est-à-dire que quand tu viens à mon spectacle, tu rigoles toutes les 10 secondes, 20 secondes max. J'essaie de ne pas laisser respirer les gens. Et je pensais que c'était pareil dans un film, mais j'avais du mal avec les moments de mou, en fait, les moments où c'est plus calme, où on rigole moins. J'ai peur des vides et des silences. En fait, je me suis rendu compte que dans ce film, ça faisait du bien. Tu as besoin de passer par des moments d'émotion. C'est assez bien construit, en fait, malgré ce que j'aurais pu croire.


Propos recueillis par Liam Debruel.

Merci à Maud Nicolas de Distri 7 pour cet entretien.