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[ENTRETIEN] : Entretien avec Romain Daudet-Jahan (Kyma, l’onde mystérieuse)

Copyright Sony Pictures


Alors que de plus en plus de propositions de genre françaises arrivent sur grand écran, Kyma, l’onde mystérieuse constitue un divertissement que l’on a fortement envie de soutenir depuis sa découverte au BIFFF. Nous avons donc été particulièrement contents d’échanger avec son réalisateur, Romain Daudet-Jahan.

Quand j'ai commencé à écrire mes courts-métrages, je me demandais pourquoi dans les films que j'aimais quand j'étais petit, les extraterrestres arrivaient toujours à Manhattan ou à Washington et jamais dans le village de mon père, dans le Maine-et-Loire ? De ces constatations est venue une envie de faire un cinéma de genre français, qu'il soit un cinéma d'aventure et de science-fiction, mais qui se passe dans nos territoires, en français, avec des acteurs européens pour se réapproprier une partie de notre identité. - Romain Daudet-Jahan


D'où est venue l'envie de tourner Kyma ?

Je suis un passionné de science et de science-fiction depuis que je suis petit. Mes parents étaient enseignants et on a grandi à l'étranger, notamment au Moyen-Orient, aux Emirats Arabes Unis, avec mes frères et à Mayotte. Ce sont des pays où on était assez éloigné des médias, de la culture. On n'avait pas accès aux films, on n'allait pas au cinéma. Il n'y avait pas beaucoup de moyens d'accès à la culture, à part les magazines et les VHS qu'on pouvait louer à l'aventure française. Et puis, comme on vivait près du désert, à Abu Dhabi, il y avait le ciel étoilé qui me fascinait quand j'étais petit. Cela m'intriguait beaucoup. Et ça, lié aux lectures que j'ai faites de science-fiction quand j'étais jeune, en BD, en romans et tout, ça achevait de me donner une curiosité pour le cinéma et pour la science. Et après, en arrivant à Nantes, j'ai été membre de la Société d'astronomie de la ville. En tout cas, j'étais un aficionado : j'allais à toutes les conférences de la société. J'ai fait des stages où j'ai rencontré des grands scientifiques, comme André Brahit, une rencontre qui m'a beaucoup marqué. Et puis, en parallèle, j'ai fait des études de cinéma et j'avais toujours cette envie et cette frustration de voir des films qui me plairaient en France, mais que je ne voyais pas. Des films de science-fiction, des films d'aventure. J'en voyais, il y a quelques films d'aventure français, mais il n'y avait quasiment rien en science-fiction. On dit souvent, en rigolant, qu'un de nos plus grands films de rencontres extraterrestres, notre E.T. à nous, c'est La Soupe aux choux. J'ai l'impression que, quand j'étais petit, le cinéma que moi, j'avais envie de voir comme spectateur, je ne le voyais pas. Donc, j'ai grandi, j'ai fait des études de cinéma, j'ai plein de films. Et puis, à un moment donné, à force d'écrire et de devenir un auteur, mes passions pour la science et pour le cinéma se sont mêlées. Et quand j'ai commencé à écrire mes courts-métrages, je me demandais pourquoi dans les films que j'aimais quand j'étais petit, les extraterrestres arrivaient toujours à Manhattan ou à Washington et jamais dans le village de mon père, dans le Maine-et-Loire ? De ces constatations est venue une envie de faire un cinéma de genre français, qu'il soit un cinéma d'aventure et de science-fiction, mais qui se passe dans nos territoires, en français, avec des acteurs européens pour se réapproprier une partie de notre identité. Et en fait, je dis notre identité, parce qu'en grandissant et en découvrant la grande richesse de la science-fiction, notamment en littérature, j'ai découvert que notre patrimoine littéraire de science-fiction, en France et en Belgique, était énorme. C'est-à-dire qu'on avait des auteurs complètement oubliés de l'entre-deux-guerres qui ont écrit des romans incroyables et qui ont été oubliés, comme s'il y avait une sorte de grande amnésie. Par exemple, il est très célèbre, mais est-ce qu'on parle souvent de Jean Rey, en Belgique ?

Non, pas vraiment.

Jean Rey, c'était le H.P. Lovecraft européen. Il a édité un nombre de livres énorme. Il a écrit des romans, des feuilletons, des fascicules, des romans d'horreur, de science-fiction. Jean Rey, c'est un type qui a eu une production délirante et qui, aujourd'hui, est oublié par les gens alors que pourtant, c'est un Belge francophone et ça fait partie de notre patrimoine. Je me disais que c'était trop bizarre. Plus je m'approchais de l'envie de faire de la science-fiction, plus je me rendais compte que ce n'était pas si idiot, parce qu'il y avait déjà des preuves que ça existait dans notre passion culturelle. Je me suis dit que j’avais envie de faire un film de rencontre extraterrestre. Je m'intéressais notamment au son, même plus généralement à la façon dont le vivant se déploie et se matérialise de façon étrange. Par exemple, je suis intéressé par les formes de vie non anthropomorphes, les formes de vie qui seraient très différentes de ce qu'on a l'habitude de voir au cinéma, les formes de vie par ruche, les formes de vie par rhizome, les formes de vie matérielles, les formes de vie qui pourraient vivre sur des millions d'années ou au contraire sur une seconde. Bref, ce sont des intérêts de pure biologie et de science. Je me suis dit que j'aimerais bien que les extraterrestres de mon village français fassent du son. Parce que d'abord, le son est en design. Je me disais, peut-être qu'ils pourraient faire un son qui questionne les gens, qui les manipule. Et puis, j'ai eu un déclic : les extraterrestres seraient faits de son. Je me suis dit que je tenais à un truc là. Je pense que je n'ai jamais vu ça, mais j’ai fait des recherches et je me suis rendu compte qu'il n'y a rien là-dessus. Donc, j'ai l'impression de devenir une vie originale. Et je me dis, du coup, si ces extraterrestres sont faits de son, ça veut dire qu'ils doivent avoir un espace où vibrer. Et dans l'espace, c'est vide, il n'y a pas d'endroit où vibrer. Donc, je me suis dit qu’ils ne pouvaient pas venir de l'espace. Il faut qu'ils viennent nécessairement d'un endroit où il y a beaucoup de densité de matière de façon à pouvoir entretenir sa vibration. Et là, je me suis dit, ce ne seront pas des extraterrestres, ce seront des intra-terrestres. Et ainsi est née l'idée de l’Akima.

Avant de revenir un peu plus sur le film, vu qu'on parlait de rapports extraterrestres, Kyma est quand même ancré dans une ambiance Amblin. Comment vois-tu ce genre dans le cinéma et de quelle manière, peut-être, cette vibe t'a-t-elle influencé ?

En fait, ce qui m'intéresse dans le cinéma d'Amblin et ce cinéma d'aventure des années 80, ce n'est pas tant d'imiter ce cinéma ou d'essayer de le copier avec nos moyens. Ça ne m'intéresse pas, ce n'est pas ça que je veux. Moi, ce qui m'intéresse, c'est la dimension immersive de ce cinéma. D'abord, il y a le fait que ce sont des aventures qui sont vécues au premier degré. Il n'y a pas de blague ou d'ironie sur le fait que nos personnages vivent ces aventures. Ils les vivent vraiment et on les vit avec eux. Et la deuxième, c'est la capacité à filmer les décors de notre quotidien de façon mystérieuse, c'est-à-dire mettre de l'étrangeté, du mystère, de l'inquiétante étrangeté, le unheimlich dans des endroits qu'on a l'habitude de voir. Et ça, ça m'intéresse dans E.T., dans Poltergeist, dans Rencontre du troisième type, ce cinéma qui a réussi, comme ça, à se réapproprier le quotidien en y ajoutant une forme d'étrangeté. C'est ça qui m'intéressait. Là je t'ai parlé de l'idée de l'Akima. Mais l'idée d'une créature, ça ne suffit pas pour définir un désir de film. En fait, moi, ce que je voulais, c'était retrouver le goût de l'émerveillement. Je voulais faire un film qui critique chez le spectateur, enfants, adolescents et adultes, une sensation d'émerveillement devant l'inconnu, exactement comme moi, je la ressens quand je m'intéresse à la science, quand je vais au planétarium, quand je regarde les étoiles, quand je lis des choses sur l'astrophysique, quand j'ai des émotions, quand je me fais des amis, quand j'ai des rapports humains. J'avais envie de mêler, comme ça, une histoire avec des personnages qui sont des marginaux, qui sont un peu décalés dans leur famille, dans leur société, dans l'endroit où ils sont. Ils sont un peu solitaires, un peu bizarres, tu vois. Et c'est grâce aux liens amicaux, c'est grâce à la solidarité et à la communauté qu'on parvient à faire face à l'adversité. On parvient à surmonter ses limites, à accepter ses faiblesses, à se connaître et à faire face à l'étranger. C'est grâce à l'amitié et à la rencontre avec le surnaturel. Les courts-métrages que j'ai faits avant et tous les projets que j'ai après explorent ces questions-là.

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C'est intéressant parce que, dès qu'on rencontre des personnages, ils sont directement dans ce lien d'affection. Je pense au fait qu'on a directement cette caractérisation de ton héros lorsqu'il s'occupe des chats, l'énergie de Zoé, … Quelles ont été les discussions avec ton casting pour qu'ils puissent alimenter leurs personnages ?

Ce qui est très intéressant avec le casting, c'est que c'est une rencontre entre le personnage que tu écris et que tu imagines, et un comédien qui te paraît être la personne idéale. C'est-à-dire qu'il y a des réalisateurs qui ont une idée très précise d'un comédien qu'ils veulent mais d'autres se laissent porter par les castings, rencontrent quelqu'un qui est très différent de ce qu'ils imaginaient et ça vient nourrir d'autres idées. Donc, ce qui était clair pour moi, c'était que je voulais des comédiens jeunes, pourquoi pas des professionnels d'abord, pourquoi pas jeunes mais qui aient de l'expérience. C'était vraiment bien. Pourquoi ? Parce qu'on avait un tournage avec peu de temps donc il fallait que les comédiens soient pro. Et puis, il fallait que les comédiens dans lesquels j'avais l'impression que je pouvais voir les personnages où je me disais qu'ils allaient pouvoir les incarner, qu'ils allaient pouvoir incarner les différents aspects de leur personnalité. Et pour ça, j'ai fait des castings. Par exemple, pour le rôle de Jules, je leur ai fait jouer deux scènes au casting. La première scène que j'ai fait jouer était une scène de dialogue très simple. On joue, on cause, on voit le dialogueur, on voit comment ça résonne. La deuxième scène était une scène où il devait s'adresser à un radiateur électrique comme si l'Akima était à l'intérieur parce que je me disais qu'ils allaient jouer pendant plus d'un tournage avec une créature qui est invisible, qui n'est pas là et qu'on allait créer en effets spéciaux. Il faut qu’on puisse sentir dans leur œil que la créature est là. Il fallait que les comédiens qui jouent Tony puissent me faire sentir, me faire comprendre que la créature était dans le radiateur. J'ai vu de nombreux comédiens et le jour où Jules s'est accroupi devant le radiateur électrique, j'ai vu la créature. C'est-à-dire que dans son œil, quand il baptisait la créature à travers un radiateur électrique, j'avais vraiment l'impression qu'il y avait une entité dans le radiateur. Et là, tout était là. Il avait à la fois quelque chose qui motivait parce que je le trouvais à la fois charismatique et en même temps, il y avait quelque chose chez lui, une différence, une particularité. J'avais du mal à mettre le doigt dessus, mais je me disais que c'était intéressant pour le personnage de Tony. Et puis après, pour Zoé et pour Ousmane, il fallait des comédiens qui aient de l'énergie, mais en même temps qui aient du charisme et de la présence pour Ousmane. Pour Zoé, il fallait quelqu’un qui puisse être à la fois grossier, mais pas vulgaire, énergique, mais d'une certaine façon. Et la rencontre avec Lucille Ausberset était parfaite. Et pour Ousmane, Mamadou Aïdara s'est imposé par sa présence, son expérience, sa douceur, son écoute, son tact, je dirais même face à sa tendresse, sa délicatesse plutôt. Je me suis dit qu'il était parfait.

Tu parlais de l'audition pour faire vivre l'Akima, mais toi-même, dans ta mise en scène, quelles étaient tes interrogations pour remplir le champ, faire exister le vide dans le champ de la caméra ?

Depuis le début de l'écriture, il nous apparaissait avec Émilie Dubois, la co-scénariste du film, que l'Akima était un personnage. On ne voulait pas la traiter comme un objet, comme un animal quelconque. On voulait la traiter comme un vrai personnage à part entière, des variations d'émotions, des états, des humeurs. Et donc, à l'écriture, ces variations étaient déjà présentes. On les sentait au scénario, dans les sons que j'imaginais qu'il allait y avoir, mais aussi dans les réactions des personnages humains. Parfois, ils ont peur de l'Akima, parce qu'elle fait des bruits puissants. On ne les avait pas sur tournage, mais on savait qu'on allait les avoir après. Et ensuite, l'affaire existait sur le plateau, c'était un mélange de plusieurs techniques. D'abord, elle existait à travers le regard des acteurs. Ensuite, c’était à travers les effets spéciaux plateau, qui étaient créés par Peyo Jolivet et son équipe, qui est accessoiriste et twist. Il avait tout un système pour faire vibrer les objets, les murs, les machines, les tables, avec des plaques, des vibrateurs à béton pour le garder dans les bétonnières, des jouets, des tas de trucs. Il avait des variateurs comme ça, et donc il faisait progressivement vibrer ces objets-là. Ensuite, elle a existé par le son. Avant le tournage, on s'est fait une session avec Pascal Vidard, le sound designer du film. On s'est fait une session de sound design pour essayer de trouver l'identité sonore de l’Akima. On s'est mis dans un studio pendant plusieurs jours, et puis on a trafiqué des bruits devant un micro. Ensuite, on les a placés dans des machines, on a fait des tests, on a cherché. Et pour trouver le son de l’Akima, il fallait tout simplement respecter la créature, comme elle était imaginée au départ. C'est une créature vibratoire, une onde vivante, donc elle pulse, vibre, son son doit forcément s'en ressentir. À partir de là, il fallait que la créature ait un état qui varie selon les objets dans lesquels elle vibre. Ce qu'elle est dans du verre, ou ce qu'elle est dans du métal, ou ce qu'elle est dans un corps humain, elle ne fait pas le même son. Et donc il fallait créer comme ça des sortes de morphismes, trouver une identité de base, et ensuite la faire évoluer dans les différentes matières qu'elle avait racontées dans le film. Et puis enfin, il y a les effets d'idée numérique tout simplement, qui ont complété les effets plateau, et qui nous ont permis de créer des effets géométriques dans la matière, dans l'air, dans les corps, de façon à ce que les visuels soient encore plus forts.

Tu as parlé très rapidement de tes courts-métrages, mais comment Magnetic Fields et Colony t'ont-ils aidé justement dans la conception de Kyma, et t'ont fait évoluer en tant que réalisateur ?

Eh bien, ce sont des films qui m'ont permis de construire mon regard, de l’assumer, de développer un univers visuel, de chercher aussi, de tester, de travailler avec des comédiens, des équipes techniques, de gagner en expérience de plateau, de me faire confiance pour diriger des équipes, de m'entourer de personnes qui me plaçaient leur confiance et qui m'accompagnaient sur le long-métrage pour certains. Ce sont des films qui m'ont permis aussi d’expliquer ce que j'avais envie de faire à la fois aux personnes qui étaient décisionnaires pour le film, et puis à certains techniciens. C’étaient des références, des terrains d'expérimentation.

Quelle est ta vision du cinéma de genre français actuel, sachant qu'il y a des propositions mais qui effectivement n'ont pas nécessairement une visibilité publique, comme peuvent l'avoir certains titres ?

Je crois qu'il y a un truc sur lequel tout le monde s'accorde, c'est qu'il y a une nouvelle vague du genre français qui est en cours. Il y a beaucoup de cinéastes qui ont notre âge, entre 20 et 50 ans, qui ont grandi avec des films de science-fiction et d'aventure qui les ont beaucoup marqués. Et qui commencent à arriver au moment où ils font leur premier long-métrage. Et ces longs-métrages sont soit en écriture, soit en tournage, soit en post-production et vont sortir. Donc bien sûr, il y a eu Grave, il y a eu Le Règne Animal, « Vermine » et plein d'autres exemples. Mais en fait, ce qui se passe, c'est qu’il y a beaucoup de choses autour du genre. Rien qu'en série, dans les deux dernières années, entre Nero, Rivage, Les Sentinelles et encore d'autres. Donc en fait, si tu veux, le genre il existe là, il est partout. Pour moi, j'avais commencé à faire les champs magnétiques en 2016, 2017 et il n'y avait pas de films de science-fiction. C'était compliqué de faire les champs magnétiques. C'était compliqué parce qu'il n'y avait pas vraiment d'antécédents, de précédents. Donc c'était compliqué pour moi de dire, j'ai envie de faire ça parce que les gens me disaient, mais on ne fait pas ça en France. On ne sait pas faire ça. Depuis les champs magnétiques jusqu'à maintenant, il y a énormément de projets qui se montent et ce qu'il faut, c'est tout simplement qu'il y en ait beaucoup qui sortent et que certains cartonnent en rencontre public. Sur dix films, tu as peut-être deux succès, quatre qui se remboursent un peu et puis le reste, c'est à perdre. C'est comme ça l'économie du cinéma. Prenons par exemple les westerns de l'âge d'or d'Hollywood, pour que tu aies La prisonnière du désert, Rio Bravo, L'homme des Hautes Plaines et Johnny Guitar. Il faut que tu aies 2000 westerns qui sortent pour que surnagent et sortent des chefs d'œuvre. Pour l'instant, on est dans une période qui est en train de changer mais il y a encore beaucoup de pression qui est posée sur les films de genre français parce qu'on a envie que ça cartonne, mais en même temps, pour que ça cartonne, c'est aussi un équilibre entre le fait de sortir ces films qui soient bons et que le public ait envie de venir. Il faut que le public s'habitue à voir des films de genre français et se dise que c'est OK. Là, je t'ai cité des films, je pense aussi à Gueules Noires de Mathieu Turi, Méandre, Le Dernier Voyage, Apache... Tu vois, il y en a plein en fait. Le Règne Animal a cartonné auprès du public, Vermine a été un succès. Je veux dire, il y a plein d'exemples qui sont très bons, mais il y a encore un peu de frilosité, mais de moins en moins. On a énormément d'exemples qui donnent beaucoup d'espoir pour la suite. Donc voilà, mon ambition et en tout cas la direction que je prends, c'est que j'aimerais beaucoup que le jeune public vienne. J'aimerais beaucoup que les ados aient envie d'aller au cinéma entre potes et qu'ils aient envie de voir un film français. Je trouverais ça ouf. J'ai fait des projections avec des lycéens et je vois que ça leur plaît. J'espère que ça va marcher auprès d'eux. L'ambition, c'est ça. C'est de redonner envie, pas seulement aux gens de notre âge, mais aux jeunes aussi d'aller voir des films français en salle. Si on réussit à faire ça, on a de très belles années devant nous, parce que les jeunes vont revenir au cinéma voir des films francophones. Et aussi, je pense qu'il faut refaire beaucoup de reproductions européennes. Il faut tourner avec la Belgique, il faut tourner avec le Luxembourg, avec la Suisse, avec l'Italie. Il faut embaucher des comédiens de toute l'Europe pour faire un cinéma européen des ans.

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Effectivement, je suis d'accord. Et je pense vraiment que le film a le potentiel pour être un super hit français, niveau arriver en plein été, toucher un jeune public. En tout cas, je touche du bois pour que le film connaisse le succès qu'il mérite à mes yeux.

Merci.

C'est normal. On s’est rencontrés au BIFFF lors de la projection du film. Comment tu as vécu ce premier retour d'un public qui est très marqué genre, et justement dans un festival qui met quand même beaucoup en avant des titres européens assez variés dans leur approche du genre ?

Tu te sens bienvenu. Quand un festival européen t'accueille et donne de la place à ton film de science-fiction français, c'est génial. Le BIFFF, c'est un festival légendaire dont j'entendais parler depuis des années. Pouvoir y être en compétition européenne avec mon premier long-métrage, c'est beaucoup d'honneur. C'est le plus grand festival de genre européen du monde. Ce sont des projections qui sont légendaires, dont les gens parlent à Paris. Ça m'a marqué. C'était génial, cette projection. Au départ, je ne pensais même pas rester. Je me disais que j’allais sortir de la salle puisque je connaissais le film mais je n'ai eu qu'une envie, c'est de rester, pour profiter de l'ambiance, des conditions incroyables de projection, de son et tout. C'était un moment merveilleux. Et ça donne de la force quand un festival européen met en avant le cinéma européen.

Le fait que la créature soit une onde sonore, une onde vivante, qu'on ait le personnage de Zoé qui est atteinte de surdité, qui parvient à mieux capter les gens par sa manière d'appréhender le monde, et vu la fin du film, comment tu vois cet aspect dans la caractérisation et la manière dont ça fait résonner les thématiques du film ?

Il y a plusieurs façons de répondre à cette question. D'abord, pour la représentativité, il faut savoir qu'on s'est quand même posé la question d'embaucher des comédiens qui étaient vraiment atteints de difficultés auditrices parce que la représentation du handicap est un vrai sujet. Simplement, pour nous (pour Émilie Dubois, la co-scénariste du film, et moi), ce n'était pas un aspect de leur personnalité qui déterminait toute la personnalité des personnages, mais c'était plutôt l'idée que c’étaient des personnages qui, d'une faiblesse apparente, faisaient une force. Et Zoé, c'est ça. Dans le film, elle n'est pas totalement sourde, elle est malentendante, et elle a ce handicap, et ça ne l'empêche pas de ne pas avoir sa langue dans sa poche, de vouloir être journaliste, d'être super badass, d'être super à fond. Et en effet, on aimait bien que de cette apparente faiblesse, les personnages tiennent un rapport privilégié avec la créature.

Est-ce qu’il y a un dernier point sur lequel tu souhaites clôturer cet entretien ?

Je vais juste te parler de quelque chose qui m’a beaucoup touché suite au BIFFF. J’ai eu une critique d’un magazine qui a fait une petite review sur Internet et qui a dit de très belles choses dont un truc qui m’a beaucoup touché : « J’ai l’impression que c’est un film qui pourrait faire tomber un gosse amoureux du cinéma ou de la science ». Quand j’ai lu ça, je me suis dit que c’était exactement ce que je voulais faire. D’ailleurs, je me suis dit que cette personne est entrée en résonnance avec ce que je voulais faire. Si ce truc est partagé par les gens, si ça donne envie à n’importe quel public cet émerveillement que j’ai ressenti quand j’étais petit face aux œuvres qui m’ont marqué enfant, ce sera merveilleux pour moi. J’en serai heureux en tout cas.



Propos recueillis par Liam Debruel.