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[CRITIQUE] : Tommy Guns


Réalisatrice : Carlos Conceição
Avec : João Luís Arrais, Anabela Moreira, Gustavo Sumpta,...
Distributeur : Virginie Films
Budget : -
Genre : Drame, Fantastique.
Nationalité : Portugais, Français, Angolais.
Durée : 1h59min

Synopsis :
Angola, 1974, treizième année de la guerre de libération : les Portugais fuient la colonie tandis que les groupes indépendantistes s’emparent peu à peu du territoire. Tommy Guns suit deux trajectoires : celle d’une jeune fille qui découvre l’amour et la mort en croisant un soldat portugais, et celle de soldats enfermés derrière un mur sans fin, contraints de fuir lorsque le passé ressurgit pour réclamer justice.




Quatre ans d'errance (où pas loin) après une petite tournée des festivals, c'est tout le périple cinématographique qu'à connu le second long-métrage du cinéaste portugais Carlos Conceição, Tommy Guns, pour atteindre nos salles pas assez obscures, littéralement toute une vie à l'échelle d'une exploitation en salles de plus en plus chargée en propositions diverses et variées (une bénédiction, tant cette distribution plurielle nous permet d'enchaîner les découvertes chaque mercredi de sorties, mais également une malédiction dans le sens où il est impossible de tout voir, laissant plusieurs séances comme Bebe, douloureusement dans un coin - référence de boomer totalement assumée).

Sensiblement lié à son propre parcours personnel (le cinéaste est né en Angola, avant d'emménager plus tard à Lisbonne pour étudier le cinéma), le bonhomme s'échine à conter une part d'histoire qui nous est totalement méconnu de l'autre côté des Pyrénées, à savoir autant questionner les cicatrices encore béantes d'une violence passée toujours aussi indélébile  dans les mémoires, que retracer plusieurs étapes de l'indépendance de l'Angola face à l'oppression coloniale portugaise et de sa quête identitaire nationale, à travers une expérience à part entremêlant les genres d'une manière à la fois troublée et troublante, swinguant sur le fil tenu d'un réalisme palpable et surnaturel tout aussi exacerbé.

Une fable historico-politique tout en symbolisme prenant langoureusement les contours d'une expérience profondément sensorielle et envoûtante (presque satirique sous certaines coutures), où deux récits bien distincts se percutent dans leur contradiction du grand récit national nostalgique : la découverte de l'amour comme de la cruauté sanglante de la guerre - et encore plus la violence insensée de l'homme -, par une jeune angolaise qui s'entiche d'un soldat portugais, et celui moins romanesque d'une poignée de soldats confrontés à une menace qui ne peut que les pousser durement vers la tragédie - et une horreur totalement assumée dans son troisième acte, où les fantômes des victimes du colonialisme deviennent, littéralement, une menace spectrale.

Tout autant surréaliste et opaque qu'insaisissable et formellement imposant, Conceição s'attarde sur les traumatismes du colonialisme et de la dynamique d'un pouvoir oppresseur et déséquilibré (qui ne disparaît jamais réellement, même lorsque l'oppression quitte physiquement les terres qu'elle a ensanglantée et violentée), laisse s'infuser lentement mais durement le malaise tout autant que son propos anticolonialiste et antimilitariste, et compose une symphonie cauchemardesque qui ne va jamais réellement là où on l'attend, mais s'impose sans forcer comme l'une des séances les plus saisissantes d'un été ciné finalement riche en surprises.


Jonathan Chevrier