Breaking News

[CRITIQUE] : Home Stories


Réalisatrice : Eva Trobisch
Avec : Frida Hornemann, Max Riemelt, Eva Löbau,...
Distributeur : Météore Films
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Allemand.
Durée : 1h56min

Synopsis :
Léa a 16 ans, un petit frère, une grande amie, des parents récemment divorcés, et une tante qu’elle admire. Au cœur des forêts majestueuses de l’ex-Allemagne de l’Est, ses grands-parents gèrent un hôtel au passé glorieux aujourd’hui menacé par la faillite. Dans cette famille, chacun cherche sa place et son horizon. Léa, elle, a un talent pour le chant, et se prépare à participer à une émission de téléréalité.




Au sein d'un mercredi des sorties aussi calme que sensiblement marqué par le sceau des retours (que ce soit celui d'un Spider-Man appelé à casser la baraque comme jamais - Spider-Man : Brand New Day de Destin Daniel Cretton -, celui d'un RRR de S.S. Rajamouli qui a enfin les honneurs d'une distribution convenable - après celle au compte-goutte de 2022 - où encore celui d'un Gregg Araki - I want your sex - que l'on a connu plus en verve et mordant), le nouveau long-métrage de la cinéaste allemande Eva Trobisch (que l'on avait découvert au détour du puissant et magnifique Comme si de rien n'était, auscultation psychologique réaliste et nuancée du déni d'une jeune femme victime d'un viol), Home Stories, apparaissait clairement comme l'une des propositions les plus exigeantes de la semaine, tant la sincérité crue qui caractérise - jusqu'ici - son cinéma, trouvait cette fois un terrain de jeu idéal : la chronique socialo-familiale désespérée saupoudré de coming-of-age au coeur d'une ancienne Allemagne de l'Est à la tristesse infinie et presque douloureusement figée dans le temps, incapable de se remettre du poids écrasant d'un passé loin d'être digéré - et encore moins oublié.

Copyright The Match Factory

Elle pose son attention au plus près d'une gamine de seize piges en pleine construction d'une identité encore trouble, Léa, appelée à participer à un concours de jeunes talents télévisé (elle adore chanter, une passion qui se fait tout autant un échappatoire au désenchantement des adultes) et à la famille consumée par ses propres incompréhensions, littéralement éclatée et décomposée - à la suite du divorce récent de ses parents - en deux foyers où elle y est plus absente que jamais : l'un, celui de la mère, qui est en passe d'entériner sa nouvelle vie avec son nouveau compagnon et un bébé en route; l'autre avec un père déraciné de sa propre existence, bouffé par la mélancolie d'une vie passée plus heureuse.

Sans s'appuyer sur le réconfort d'un scénario calibré, la cinéaste dresse son kaleïdoscope fragmenté et contemplatif en s'attardant sur les chocs discrets mais brutaux, la politesse lessivée, les silences sourds qui habitent, abiment ses personnages perdus dans un quotidien sans issue (comme ses difficultés économiques qui ne les ont jamais quittés), submergés par une souffrance intime qu'ils ne peuvent surmonter (le choix du titre Fix You de Coldplay par Léa, est le symbole criant de cette vulnérabilité constante), une anxiété ambiante que la caméra capture avec honnêteté dure et brute, dénuée de toute misérabilisme putassier.
Un beau et délicat drame sous fond de transmission donc, qui manque peut-être d'intensité et d'impact émotionnel pour réellement marqué certes, mais qui n'en reste pas moins dense et prenant.


Jonathan Chevrier