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[CRITIQUE] : L'Odyssée


Réalisateur : Christopher Nolan
Acteurs : Matt Damon, Anne Hathaway, Tom Holland, Lupita Nyong'o, Robert Pattinson, Charlize Theron, Zendaya, Jon Bernthal, Benny Safdie, Mia Goth, Corey Hawkins, John Leguizamo, Elliot Page, Samantha Morton, Himesh Patel,...
Distribution : Universal Pictures International France
Budget : -
Genre : Action, Aventure.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h52min

Synopsis :
L’Odyssée est une épopée mythique tournée à travers le monde qui suit le retour d'Ulysse vers Ithaque. Pour la première fois, la saga fondatrice d'Homère est portée sur les écrans de manière spectaculaire avec la toute dernière technologie IMAX.





Que l’on aime ou non ses films, il faut reconnaître que la sortie d’un nouveau Nolan est un événement. Le réalisateur britannique a su marquer le cinéma avec ses œuvres et ses ambitions. Ses désirs d’offrir du grand spectacle en repoussant les contraintes technologiques force le respect. Lui qui met un point d’honneur à utiliser le moins d’effet numérique arrive à développer et faire évoluer le cinéma hollywoodien. Dernièrement, c’est via l’IMAX qui cherche à repousser le champ des possibles. Il revient cette année avec un film épique entièrement tourné en IMAX adaptant l’un des récits les plus importants de l’histoire de l’humanité; L’Odyssée

L’histoire du retour du héros Ulysse après la victoire de la guerre de Troie est un conte maintes fois raconté et adapté. Cinéma, théâtre, bande dessinée et même comédie musicale, ce voyage mouvementé et ce personnage fascinent les auteur.rice.s. Il permet d’explorer l’épique de ce récit, mais aussi les tourments d’un être prêt à tout pour revoir sa famille et ses terres. Alors rien de bien surprenant que Nolan décide de s’attaquer à ce gros morceau mythologique. Il a en réalité déjà adapté des bribes et thèmes de L’Odyssée. On retrouve cette œuvre dans Memento et la quête de son personnage principal de constamment retrouver les parties de mémoire qui lui manque, ce qui fait penser au sort d’Ulysse chez Calypso. Ses adaptations de Batman renvoient à la figure solitaire du héros rongé par le poids de ses batailles et des décisions lourdes de conséquence qu’il a prises, une figure que représente Ulysse. Mais, son film faisant le plus référence à L’Odyssée reste Interstellar avec ce personnage envoyé en mission en des terres lointaines, et mettant des années à revenir chez lui. 

Copyright Universal Studios. All Rights Reserved.

Nolan s’attaque donc finalement à cette épopée qui a déjà tant influencé son cinéma et il n’y va pas de main morte. À l’instar d’Oppenheimer, il dégaine un casting cinq étoiles : Matt Damon, Anne Hathaway, Tom Holland, Robert Pattinson. Des comédiennes et comédiens qui, pour beaucoup, ont déjà fait leurs preuves et qui confirment leur talent. Et pour ce qui est des jeunes talents comme Tom Holland, on sent que les capacités de direction d’acteur·ice de Nolan ont un effet plus que bénéfique (cela permet de redire que Tom Holland est loin d’être juste un acteur de blockbuster, mais est aussi un vrai bon acteur, ce qu’il a déjà prouvé dans l’excellent Le diable tout le temps). 

Fidèle à lui-même, Christopher Nolan privilégie les effets pratiques et décors naturels. Un défi majeur vu les passages impressionnants et créatures magiques décrits dans l’Odyssée. Et une chose est sûre, le pari est validé. Le réalisateur tient peut-être l’un des films les plus aboutis techniquement. Que ce soit dans sa photographie, dans ses scènes d’action, mais aussi dans des passages plus horrifiques, son Odyssée est une claque visuelle. Il arrive à passer de moments épiques à des scènes de tension saisissante, puis à des moments d’émotion très forte. 
Nolan utilise ce récit pour questionner notre rapport à l'histoire, notamment après des périodes de trouble et de guerre. Après un conflit, après un massacre, que reste-t-il pour les survivants ? Les contes et les chants. Et c'est par ces chants que le film raconte son histoire. Un choix narratif assez intéressant et qui évite les écueils des voix explicatives. Mais, même les récits peuvent trahir et altérer la réalité lorsqu’ils sont transmis oralement. Seule subsiste la légende écrite, bien qu’elle offre une vision orientée. Mais, à l’instar du cinéma, ces histoires perdurent et servent de témoins d’événements. 

À la différence de ses précédents longs-métrages, Nolan ne cherche pas à complexifier son scénario. Même si l’histoire n’est pas racontée d’une manière totalement linéaire, elle adopte une forme plus "traditionnelle" (ce qui fait du bien après son insupportable Oppenheimer), mais surtout très proche de la forme narrative de base du récit originel. Ainsi, il propose une adaptation intéressante de l'œuvre mythologique. La durée du film l’oblige malheureusement à condenser et à supprimer certaines parties. Il arrive cependant à garder la substantifique moelle de ce récit. Il a toutefois toujours un problème sur l’écriture des personnages féminins qui sont, mis à part Pénélope, trop peu traités. Calypso n’a aucun développement, et toute la partie autour de Circé et de son rapport avec les hommes est survolée. Nolan se concentre plus sur ses personnages masculins (comme dans tous ses films), explorant ainsi comment la guerre, mais aussi le désir de retrouver son foyer peut changer un homme. Il traite l’un des thèmes majeurs de l’Odyssée ; est-ce que le Ulysse parti pour Troie et celui qui rentre enfin à Ithaque sont les mêmes ? Comment Pénélope peut-elle encore aimer un homme qui a autant trahi ses idéaux ?

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L’autre défi important de ce film se trouve dans son processus de tournage. Le réalisateur britannique a tourné toutes les scènes avec une caméra IMAX. Un choix artistique qui, malheureusement, dessert son film, et cela pour deux raisons. La première est que, à cause de sa taille, la caméra ne peut contenir qu’une bobine de trois minutes. Résultat, il est impossible de faire des plans longs sans tricher. Une limitation qui se sent dans plusieurs séquences qui auraient mérité d’être beaucoup plus lentes, plus étendues (notamment dans la grotte du cyclope Polyphème, ou encore durant la prise de Troie). On se retrouve donc avec un film au montage très découpé, en devenant parfois incompréhensible. À cela s'ajoutent des scènes de dialogue en champ/contre-champ de la manière la plus basique, les rendant très ennuyeuses. 

L’autre raison de pourquoi cette décision de l’IMAX cause préjudice à L’Odyssée ne vient pas du film en tant que tel, mais plus des limitations techniques des cinémas. Toutes les salles ne peuvent pas diffuser en vrai IMAX. Seuls une poignée sont équipés du matériel nécessaire. Cela a pour conséquence que la plupart des cinémas proposeront une version tronquée et recadrée du film. Cela n’est pas nouveau et touche toutes les productions utilisant cette technologie. C’était par exemple le cas du Dune de Denis Villeneuve. Mais, c’était difficile de percevoir ce recadrage dans les productions. Or, pour L’Odyssée, on ressent ces changements. Le film ayant été entièrement pensé pour l’IMAX, les bouts de l’image mangés par cette modification du format se voient énormément. Par exemple, les gros plans sur certains visages coupant au milieu du front, ou bien des passages de la prise de Troie où il manque clairement des bouts entiers de bâtiment. 

Finalement, on ressent une certaine frustration devant ces moments. On a l’impression que l’on n’a pas vraiment vu le film. Cependant, ce n’est pas de la faute des cinémas, car les investissements pour équiper une salle en IMAX sont non négligeables. Les interrogations et indignations devraient plutôt se retourner vers Nolan. Pour quelle raison faire ce choix du tout IMAX, pensant même toute son œuvre pour, sachant que c’est une technologie que seul une poignée de spectateur pourront vraiment expérimenter (pour un prix d’ailleurs beaucoup plus élevé que la normale) ? Les adeptes de l’IMAX affirment que c’est un choix artistique, mais est-ce vraiment le cas ? Car en faisant cela, Nolan prive une partie de son public de l’expérience artistique voulu, ce qui est plutôt en opposition avec la transmission de l’art ? Ne serait-ce pas plutôt un simple défi personnel et égoïste ? Ou bien ne serait-on pas plus proche d’une décision de marketeur visant à vendre ce film sur une prouesse technique ? Peu importe la raison, le résultat est que le spectateur n’ayant pas la possibilité de voir le film en IMAX ne découvrira qu’une version tronquée et altérée de L’Odyssée, et ça se ressent à l’écran. 

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L’adaptation est toujours une forme de trahison de l'œuvre originelle, et L’Odyssée n’en fait pas exception. Christopher Nolan a dû choisir pour raconter son histoire, quitte à parfois éluder des moments importants du récit, qui aurait mérité plus de développement. Malgré cela, il propose une revisite plutôt intéressante du récit antique. Mais surtout, il offre l’un des films les plus impressionnants techniquement de sa carrière. Par sa photographie, ses décors, et ses effets pratiques, L’Odyssée émerveille, et propose aussi des scènes d’angoisse dignes d’un film d’horreur. Nolan joue avec les genres pour offrir du grand spectacle. Le tout est malheureusement gâché par la décision de tout tourner en caméra IMAX, limitant les possibilités artistiques.


Livio Lonardi



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Le rapport à la destinée nourrit pleinement les films de Christopher Nolan, renvoyant les personnages à une confrontation directe au narratif qui leur est imposé. Il suffit de voir comment ses protagonistes se débattent avec l’imposition du destin et leur héritage, explosant dans les confrontations de récits dans Oppenheimer. Voir le metteur en scène britannique s’attaquer au récit d’aventure originel n’a donc rien d’une surprise, d’autant plus quand on lit les mots qui lancent le récit. Immédiatement, le film démarre par un barde qui veut raconter l’histoire d’Ulysse avant que Pénélope ne l’en empêche : une première confrontation au récit comme il va en parsemer dans cette Odyssée.

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La narration non linéaire de Nolan se révèle plus que pertinente ici tant la question de l’homme derrière la légende est permanente, faisant d’Ulysse un individu qui doit se réapproprier sa mémoire pour mieux constater l’héritage qu’il a laissé au monde. Le fait-même qu’Antinoos s’invente ses propres intentions permet de mieux interroger la vérité dans la fiction qui nous entoure et ce qui perce à travers nos propres mensonges. Il s’y crée une densité forte, qui approfondit totalement les interrogations du réalisateur sur le pouvoir du mythe et de ce qu’il raconte dans ses contours les plus trompeurs ou même illusoires.

Ainsi, sa façon de se réapproprier le récit original est des plus évocatrices, renvoyant à des croyances et des actes de foi envers une humanité en pleine destruction, viciée par ses horreurs au point qu’elle en oublie ses principes moraux. Cette question de trace laissée dans notre civilisation va jusqu’à infecter les visuels, impressionnants dans leurs contours les plus brutaux. Tout semble avoir un goût de fin d’une certaine manière, celle-ci étant annoncée à plusieurs reprises alors que la violence de l’invasion de Troie ne laisse derrière elle que des innocents massacrés et des morts en sursis.

C’est en ce sens le film le plus évocateur de Nolan, trouvant dans sa représentation mythologique une certaine déférence iconographique tout en l’inscrivant dans ses propres obsessions visuelles et thématiques. La gestion même du verbal, qui se voyait critiquée par sa manière de surligner son propos visuel, se voit totalement inscrite dans ses intentions, le tout en conservant le cœur de ces écrits. On en est à redécouvrir un casting d’une grande solidité émotionnelle, nous rappelant qu’on a pris pour acquis le talent de certains (Matt Damon, Anne Hathaway, Zendaya) tandis que l’on en redécouvre d’autres (Elliott Page, Samantha Morton, John Leguizamo).

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Il y aurait encore à dire et à creuser mais la vérité est que L’Odyssée nous a totalement et pleinement foudroyé. Prouesse visuelle et de technique (le montage mérite d’être souligné par sa gestion rythmique), c’est une adaptation qui reprend tout le cœur du Récit avec un grand R et en fructifie ses battements émotionnels avec des réflexions propres à son metteur en scène. Assister à pareil titre aussi ample et épique nous a personnellement laissé sans voix, encore plus en Imax 70mm. On hésite déjà à en parler comme le Magnum Opus de son réalisateur mais c’est sans aucune surprise le blockbuster immanquable de cet été.


Liam Debruel