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[CRITIQUE/RESSORTIE] : Another Man's Poison


Réalisateur : Irving Rapper
Avec : Bette Davis, Gary Merrill, Emlyn Williams...
Distributeur : Les Films de l'Atalante
Budget : -
Genre : Thriller
Nationalité : Américain.
Durée : 1h30min

Date de sortie : 10 juillet 1953
Date de ressortie : 15 juillet 2026

Synopsis :
Janet vient de tuer son mari, qu’elle haïssait, quand surgit un inconnu recherchant le défunt, un ancien complice dans l’attaque d’une banque.
 




C'est par la force de rôles de femmes particulièrement déterminées et impitoyables - et le mot est faible -, sans doute pas si éloigné de ce qu'elle pouvait être loin des plateaux de cinéma (sans trop extrapoler, force est d'admettre que sa renommée s'est aussi bâtie dans les tabloïds, que ce soit par ses orageuses unions où ses conflits médiatiques avec plusieurs figures du milieu), que Bette Davis est devenu un véritable monument de l'âge d'or Hollywoodien, un visage phare et populaire, une « gueule » (dans le sens noble du terme, aussi vulgaire parait-il) de cinéma qui en impose, qui hypnotise, qui marque férocement la rétine - au point d'en écrire des chansons, dédicace à Kim Carnes.

Typiquement de ceux qui poussent un spectateur averti - où tout simplement de bon goût -, à se plonger sans réserve dans une proposition, aussi familière et pas fondamentalement engageante puisse t-elle être sur le papier.

Faites entrer l'accusé du jour : Jezebel aka Another Man's Poison de l'honnête faiseur britannique Irving Rapper (qui l'avait déjà dirigé une decennie plus tôt, dans l'excellent Une femme cherche son destin/Now Voyager), adaptation de la pièce Deadlock de Leslie Sands pour laquelle Davis retrouve son époux Gary Merrill (rencontré un an plus tôt sur le tournage de All About Eve de Joseph L. Mankiewicz, et qui aurait admis dans ses mémoires que lui et Davis n'étaient pas forcément fan du scénario, mais très attirés par le chèque derrière leur engagement... ambiance), un polar - plus où moins - semi-noir au groove tout en velours et dénué de toute fioriture, frappé du - bon - ton d'assumer pleinement ses accents théâtraux.

D'un pitch tout aussi tortueux que taillé à la serpe (une romancière, qui entretient une liaison avec le compagnon de son assistante, vient de tuer son mari, qu’elle haïssait, quand surgit un inconnu recherchant le défunt, un ancien complice dans l’attaque d’une banque qui s'installe chez elle en insistant pour se faire passer pour son défunt époux), Rapper, pas exempt de quelques maladresses caméra au poing, joue moins la carte d'une intrigue sombre et vénéneuse (excepté dans son dernier tiers, qui se paye le luxe de gentiment partir dans tous les sens avec un cocktail de coïncidences folles, de tromperies hystériques et de coups bas), que celle d'une ironie et d'un cynisme particulièrement vivaces, offrant à Davis quelques dialogues corsés appuyant merveilleusement son franc-parler légendaire.

The husband is dead. Long live the husband !

Un cinéma excessif - dans le bon comme dans le mauvais sens du terme -, moins thriller que comédie noire et verbeuse dont la mécanique pas toujours bien huilée s'irrite à la moindre complication mais qui, inexplicablement, distille un parfum de chaos suffisamment doux et entraînant pour divertir.
En entrant en salles, on n'en demandait pas forcément plus.


Jonathan Chevrier