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[CRITIQUE] : A Second Life


Réalisateur : Laurent Slama
Acteurs : Agathe Rousselle, Alex Lawther, Suzy Bemba,...
Distributeur : Wayna Pitch
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Français.
Durée : 1h18min.

Synopsis :
Le jour de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris, Elisabeth jongle entre la gestion de locations de courte durée et sa dépression. Pour échapper au chaos de la ville, elle retire souvent ses appareils auditifs et se réfugie dans le silence. Sa rencontre avec Elijah, un Californien insouciant, la déstabilise. Mais en perdant ses appareils en plein cœur des festivités, elle n’a d’autre choix que d’affronter ses peurs et de s’ouvrir aux autres.





Si l'on scrute ne serait-ce qu'un brin le pitch du troisième long-métrage de Laurent Slama (les loin d'être fifous Paris est à nous et Années 20, signés sous le pseudonyme d’Elisabeth Vogler, et qui occupe ici la quadruple casquette de réalisateur, scénariste, producteur et directeur de la photographie !), A Second Life, on pourrait très (trop) vite le considérer comme un rip-off facile du merveilleux Before Sunrise de Richard Linklater - avec son cadre de Sunset, notre chère capitale en oleine effervescence des J.O. de 2024 -, voire même du Lost in Translation de Sofia Coppola (le fossé générationnel en moins).

Mais jamais cette séance ne dégaine une romance extravagante et idéaliste comme celle qui unit Jesse et Céline (pas de passion évidente ni de démonstrations d'affection particulièrement dramatiques... tant mieux), tant ce qui unit les deux personnages principaux n'est pas frappé sous le sceau de l'ambivalence, mais bien d'une amitié naissante à la fois réaliste et profondément douce-amère, en totale adéquation avec un monde contemporain où les rencontres fortuites, empêchées par une méfiance totalement légitime envers l'autre, sont douloureusement plus rares.

Copyright Wayna Pitch

Une déclinaison platonique du totem du culte de Linklater donc, aux plus près d'une figure dépressive et rongée par une rupture amoureuse, Elisabeth (une touchante Agathe Rousselle, qui campe de manière absurde une américaine), qui n'a besoin que d'une seule chose pour se sortir du gouffre qui lui fait penser à commettre l'irréparable : une âme pour lui dire que tout ira mieux, pour lui dire qu'il faut continuer à vivre malgré la douleur (et un job insatisfaisant), pour lui dire que l'éclaircit vient toujours après la pluie.
Cette âme, c'est Elijah, un américain insouciant et à l'esprit aussi libre que ses cheveux sont roses, venu à Paris pour aider certains athlètes à se préparer mentalement à la compétition et, de manière totalement impromptue, à aussi guider Elisabeth par son franc-parler vers la voie de la guérison et une appréciation de la vie qu'elle ne pensait plus possible.

Pas exempt de quelques aspérités superflues (une voix-off aussi dispensable que le handicap auditif de son héroïne, qui renforce artificiellement une solitude et un isolement que la narration exprimait plutôt clairement), mais techniquement solide (beau travail sur le son et la photographie) et sensiblement entraînant lorsqu'il laisse s'exprimer la simplicité folle de son union fugace, A Second Life est un petit morceau de cinéma modeste et charmant, dont on aurait bien tort de se priver.


Jonathan Chevrier