[CRITIQUE] : La Baleine et le musicien
Réalisateur : Valentin Paoli
Avec : Rone
Distributeur : Jour2fête
Budget : -
Genre : Documentaire.
Nationalité : Français.
Durée : 1h23min
Synopsis :
Après avoir découvert que sa musique semble mystérieusement attirer les cétacés, le compositeur Rone embarque pour une expérience singulière : tenter d’établir un dialogue musical en pleine mer avec une baleine à bosse. Lui répondra-t-elle ?
Ça pourrait être le point de départ d'une mauvaise série Z : un musicien se lance dans l'idée de faire de la musique pour les baleines et bim, il se fait bouffer... The Asylum en aurait fait un film d'une heure et demie, avec des tornades de baleines, des CGI merveilleusement dégueulasses et des vieilles trognes familières des 80s/90s, dégainant des dialogues mi-sentencieux, mi-laborieux pour combler les trous d'une intrigue paresseuse et mollement tromper les limites d'un budget au rabais (la méthode même de la firme : se faire un entrejambe en or en produisant pour pas grand chose... et en prenant son spectateur pour un con, aussi).
Blague à part, c'est aussi et surtout la belle idée du musicien Rone et du cinéaste Valentin Paoli, née après la découverte de vidéos virales montrant des baleines et des dauphins semblant réagir à la musique du bonhomme : penser le geste artistique et créatif, et plus directement la musique, comme un pont pour bâtir un contact certes précaire mais d'un lyrisme rare, entre l'humain et la nature marine.
C'est tout le coeur de La Baleine et le musicien - y'a pas plus explicite comme titre -, documentaire tout en poésie, en attente et en abandon où le cinéaste, fasciné depuis toujours par les cétacés et dans l'ombre assumée du roi Werner Herzog, met en images cette expérience singulière, complexe (pour ne pas perturber les baleines comme tout l'écosystème - tout du moins, pas plus que l'homme le fait déjà au quotidien -, l’équipe a travaillé avec des bioacousticiens, biologistes et éthologues spécialisés) et réflexive, où le moindre éclat de musique vient se confronter à l'immensité silencieuse d'un monde aussi imprévisible que mystérieux (et dont la vérité comme la richesse, nous dépassera toujours), où chaque sonorité est une interrogation dont l'absence de réponse peut elle-même être une réponse.
Une experience à part, où la tentative de dialogue est toute aussi fascinante que pourrait l'être l'hypothètique dialogue lui-même, une mise en tension simple mais à l'efficacité redoutable, noué autour de l'espoir d'une (re)connexion essentielle, d'une relation qui viendrait modestement contredire la bêtise comme la violence sourde de l'homme.
Un effort modeste, sobre et sincère, qui défend chèrement son pesant de pop-corn.
Jonathan Chevrier







