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[CRITIQUE] : Passenger



Réalisateur : André Øvredal
Acteurs : Jacob Scipio, Lou Llobell, Melissa Leo,...
Distributeur : Paramount Pictures France
Budget : -
Genre : Epouvante-horreur.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h34min.

Synopsis :
Après avoir été témoin d’un terrible accident de la route, un jeune couple réalise qu’il n’a pas quitté les lieux du drame sans être suivi. Une présence démoniaque, le Passager, se joint à leur voyage en van et transforme leur aventure en un véritable cauchemar, déterminée à ne s’arrêter qu’une fois qu’elle les aura tous les deux emportés.





Le moins que l’on puisse dire, c’est que les fans d’horreur et d’épouvante sont généreusement servis en 2026, pour le meilleur (mais aussi le pire). De 28 ans plus tard à Primates en passant par Obsession, il y en a pour tous les goûts. Cette semaine, c’est le réalisateur norvégien André Øvredal qui se charge de nous foutre les chocottes. 3 ans après le sympathique Le Dernier voyage du Déméter, qui adaptait un court passage du roman Dracula de Bram Stoker, il revient avec un scénario original. L’histoire d’un démon des grands chemins prenant un malin plaisir à torturer les automobilistes qui ont fait l’erreur de s’arrêter en pleine nuit.

Copyright Paramount

Son précédent film ne brillait pas par son scénario, qui était une banale attaque de vampire sur un bateau. Mais il proposait de très belles idées de mise en scène, et de bonne séquence d’épouvante bien qu’elle soit majoritairement basée sur des screamers. Pour Passenger, Øvredal ne déroge pas à la règle et on le voit dès la scène d’introduction. Un dispositif simple; deux amis dans une voiture arrêtée en pleine forêt, une entité qui rôde autour, et une caméra immobile sur la banquette arrière, proposant un plan séquence particulièrement haletant. 
Et ce genre d’idée de mise en scène, le réalisateur va en distiller partout dans son film.

Que ce soit une longue avancée sur un parking qui semble infini en plan séquence (ou en tout cas, qui y ressemble, car encore maintenant, il m’est difficile de comprendre comment il a pu réaliser cette scène), ou encore une recherche dans les bois à la lumière d’un projecteur, Øvredal s’amuse avec sa caméra. On ne peut pas non plus lui enlever ses quelques idées horrifiques bien dégueulasse. 

Malheureusement, la majorité des ressorts horrifiques se résument à des jumpscares assez classiques. Même s’il tente de surprendre le spectateur en variant les timings, on ne peut que ressentir une certaine lassitude dans la dernière partie du long-métrage. Ce qui est appuyé par un développement des personnages et de la mythologie très peu originale. On retrouve le sempiternel couple de jeune marié en pleine crise, les dialogues philosophiques très appuyés, et la résolution par la religion (penchant presque vers la tentative d’évangélisation).

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Derrière les motifs classiques du film d’esprit blindé de jumpscare et de symbolique religieux, Passenger arrive tout de même à proposer des scènes de cinéma intéressantes. André Øvredal sait maintenir la tension, et ne manque pas d’idée de mise en scène. Ces quelques séquences d’une grande maîtrise arrivent à faire oublier le manque d’originalité dans l’écriture du scénario et des personnages. 


Livio Lonardi



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Il fut un temps, pas si lointain finalement, où l'on pensait intimement que le cinéaste norvégien André Øvredal avait tout pour être une figure sûre du cinéma d'épouvante des deux côtés de l'Atlantique, notamment après le viscéralement génial The Jane Doe Identity et le plutôt chouette Scary Stories, petite bande horrifique gentiment dans les clous du PG malgré un potentiel fou (on pourrait également cité le pas dégueulasse Mortal, exploration inhabituelle du genre super-héroïque et même des récits mythologiques, jamais trop plombé par son budget limité), et même si le bonhomme a sensiblement lâché la rampe avec le difficilement défendable Le Dernier Voyage du Demeter (qui, à sa décharge, sentait déjà méchamment le souffre avant même qu'il ne s'y attache), on garde toujours espoir qu'il retrouve son mojo pour concocter un vrai moment de flippe mémorable à la hauteur de ses débuts, même s'il semble gentiment mais sûrement se ranger dans le rang d'une horreur de studio moins racée que facile.

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Fort d'une campagne promotionnelle particulièrement accrocheuse (une bande annonce vraiment intriguante, riche en belles idées de mises en scène et avec des screamers qui fonctionnaient du tonnerre), Passenger, qui débarque en salles dans un anonymat poli (et une semaine après le gentiment buzzé Obsession de Curry Barker), incarne une bande d'épouvante à l'ancienne (jusque dans l'excellent score de la légende Christopher Young) qui à l'intelligence - relative,  évidemment - de moins miser sur la solidité d'une narration presque prétexte (qui aurait néanmoins mérité un poil plus de substance) qui se gamelle un brin avant même l'arrivée du dernier virage (le cauchemar d'un jeune couple décidé à quitter le tumulte urbain de la Grosse Pomme, pour une vie au coeur des routes de l'Amérique profonde, touché par une malédiction après avoir voulu aider un passant), que sur une atmosphère angoissé et angoissante, surfant une terreur férocement identifiable parce qu'universelle (celle de la route, incertaine et mystérieuse dans ses recoins les plus reculés, souvent habité des pires intentions, humaines comme... autres), pour mieux articuler une menace certes pas assez croquée (sorte de cousin du Bughuul de Sinister, dont les intentions apparaissent cela dit beaucoup plus faméliques) mais joliment terrifiante.

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Sensiblement sous influences (on pense, souvent, au totem Jeepers Creepers voire même au chouette Une virée d'enfer, qui jouait sensiblement avec les codes du cinéma horrifique), pas chiche en sursauts efficaces (mais tous où presque spoilés par la bande annonce) ni en séquences réellement glaçantes (dont une impliquant, ironiquement, Vacances romaines de William Wyler), Passenger aurait mérité que le savoir-faire comme la créativité d'Øvredal (couplé autant à un excellent travail sonore qu'à la photographie affûtée de Federico Verardi, qui sait jouer avec l'obscurité d'une intrigue majoritairement nocturne, sans se faire écraser par elle), soient portés par une écriture plus dense et soutenue - où un climax moins risible.
Dans l'état, le film incarne un petit bout d'épouvante à l'ancienne, expéditif et shooté au symbolisme religieux mais divertissant, qui défend chèrement son pesant de pop-corn.
Puis bon, un film avec Iggy Pop dans sa bande originale, ne peut pas être foncièrement mauvais...


Jonathan Chevrier