[CRITIQUE] : Mi Amor
Réalisateur : Guillaume Nicloux
Acteurs : Pom Klementieff, Benoit Magimel, Astrid Berges-Frisbey,...
Distributeur : Le Pacte
Budget : -
Genre : Thriller.
Nationalité : Français.
Durée : 1h53min.
Synopsis :
Romy, accompagnée de son amie Chloé, se rend aux Canaries pour mixer lors d’une soirée techno. Au petit matin, son amie a disparu. Aidée de Vincent, le patron du night-club, Romy se lance à la recherche de Chloé…
Force est d'admettre que l'on ne sait jamais forcément sur quel pied danser avec Guillaume Nicloux et son cinéma gentiment hybride et hétéroclite, mais c'est sans doute, aussi, parce qu'il fait scrupuleusement en sorte que l'on ne sache pas totalement comment l'appréhender (mais le peut-il lui-même ?), cinéaste furieusement imprévisible qu'il est, dans le bon comme (assez souvent) dans le mauvais sens du terme, qu'il incarne pleinement un électron - plus où moins - libre d'un septième art hexagonal qui les compte actuellement, sur les doigts d'une main méchamment amputée.
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Sur ses derniers efforts, on l'a retrouvé à la fois avec une fresque glauque et décadente sur la déchéance humaine au rythme furieusement décousu, tuant dans l'oeuf et dans une accumulation de massacres toute idée de multiculturalisme et du concept de bon vibre ensemble, au profit d'un portrait navrant de notre société confinée (La Tour); d'une étonnante et émouvante ode à la vie et à la résilience sous fond de deuil et de questionnement statut juridique flou de la GPA, nouée autour d'une opposition des contraires et d'un choc générationnel (La Petite); avec d'une fausse satire sauce comédie noire déglinguée en terres guadeloupéennes, avec un Michel Houellebecq plus liquide que jamais (Dans la peau de Blanche Houellebecq); voire même d'un trip foutraque ni totalement biopic ciblé, ni vraiment hagiographie pompeuse (Sarah Bernhardt, la divine).
Nouvelle preuve en date de son esprit funambule avec Mi Amor, thriller atmosphèrique et faussement tortueux où l'intérêt réside moins dans l'aspect nébuleux d'une intrigue facile à la finalité frustrante (une DJ émotionnellement instable venue aux Canaries avec sa meilleure amie pour mixer dans une boîte de nuit, voit justement cette dernière disparaître après l'une de ses prestations et, alors que les autorités ne donnent aucune suite à cette disparition, décide de mener sa propre enquête, aidée par Vincent, un ancien propriétaire de boîte de nuit bien pervers qui a le béguin pour elle...), que dans la mécanique méticuleuse de Nicloux pour coller au plus près autant d'un film à suspense à l'ancienne, scrupuleusement cloué à la détresse et aux angoisses palpables et grandissantes de son héroïne (une Pom Klementieff particulièrement juste), que d'une sorte de trip paranoïco-onirico-glacial aux excès de violences cotons, dans un decorum presque irréel et oppressant où la B.O. démente d'Irene Dresel fait des ravages.
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Rappelant parfois le Sirāt d'Olivier Laxe (les excès de violences brutaux/arbitraires et le regard politique acéré en moins, certes) dans cette usage compulsif de la musique et quelques effets subtils de mise en scène, Mi Amor, qui aurait sans doute mérité une écriture plus charnue (même si ses personnages sont résolument bien croqués), n'en reste pas moins une proposition gentiment décalée et hypnotique chapeauté avec un aplomb désinvolte.
Du pur Nicloux, tout simplement, fait pour diviser mais (très) rarement inintéressant.
Jonathan Chevrier



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