[CRITIQUE] : Junk World
Réalisateur : Takahide Hori
Acteurs : -
Distributeur : UFO Distribution
Budget : -
Genre : Action, Aventure. Animation, Science-fiction.
Nationalité : Japonais.
Durée : 1h46min.
Synopsis :
Dans un futur lointain, une équipe d’humains, clones et cyborgs explore un empire robotique souterrain, mais tombe dans une embuscade de cyborgs rebelles. Un voyage dans le temps et les dimensions plus de mille ans avant Junk Head.
On avait été de ceux a avoir gentiment apprécié le radical et singulier Junk Head, fable futuriste et dystopique usant d'une pluie de références SF familières (Dune, Matrix, Silent Hill, Chappie, Alien,...) autant que de tous les tropes du folklore et de la fantaisie du conte de fées, pour mieux narrer le récit initiatique mature et la quête de sens cauchemardesque d'un robot humanoïde confronté à la lente déchéance et déliquescence de l'humanité, et qui en apprenait in fine plus sur lui-même au coeur du chaos.
Mais si la forme en imposait férocement, fruit d'un travail titanesque et d'une inventivité redoutable, le fond lui, ne parvenait jamais à sa hauteur, la faute à une narration peu élaborée et instinctive où tout n'était que cause et effet - pour le meilleur et (surtout) pour le pire -, ne ressemblant qu'à une succession d'épisodes bricolés et répétitifs (où le robot héros ne fait qu'affronter un danger après l'autre dans un cadre labyrinthique), qui ne donnait pas assez à sa dystopie, sacré paradoxe tant c'était l'aspect purement immersif de cette expérience punk et sensorielle, qui était tout du long privilégié.
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| Copyright UFO Distribution |
Trois ans plus tard, Takahide Hori remet le couvert là où ne l'attendait pas forcément avec Junk World, prequel dont l'intrigue se déroule mille ans (!) avant les aventures du premier opus (sans pour autant larguer ceux qui ne l'aurait pas vu, tant la narration se suffit à elle-même), toujours frappé par le même cocktail d'animation en stop-motion et d'effets numériques mais à la finition définitivement plus fine (dans ses CGI comme dans ses marionnettes, non plus en argile mais imprimé en 3D), qui tranche avec l'aspect brut de décoffrage de Junk Head, mais totalement cohérent avec le prisme même du film : l'exploration d'un monde pas encore pleinement bouffé par la noirceur d'un futur inéluctable, ni totalement consumé par la guerre entre les humains et les Mulligans (génétiquement modifiés par les humains, et contraints de vivre sous terre).
Mais à l'instar de son ainé, la confusion l'emporte toujours sur l'émerveillement, moins la faute à une narration certes plus complexe et moins linéaire - à la structure chapitrée chaotique -, qu'à la volonté de Hori de continuellement développer son univers au détriment même de son intrigue et de ses personnages, tant il semble sauter d'exposition en rebondissements sans réellement donner de répit à son auditoire (un humour complice - même si un poil trop présent pour son bien - et une action joliment entraînante), pour assimiler tout ce qui lui est envoyé à la caboche.
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Toujours dans l'ombre de Jim Henson et Phil Tippett, le cinéaste nippon compose un complément ludique et spectaculaire à un Junk Head dont il épouse les mêmes imperfections comme la même nature à (trop) se disperser, dans un chaos furieux et sensoriel dont il est impossible pour autant de ne pas saluer la puissance ludique et captivante, fruit d'un investissement dingue et sans nul autre pareil.
On reste à nouveau sur notre faim donc, en attendant un hypothétique troisième film.
Jonathan Chevrier



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