[CRITIQUE/RESSORTIE] : Le Goût des autres
Réalisatrice : Agnès Jaoui
Acteurs : Jean-Pierre Bacri, Agnès Jaoui, Anne Alvaro, Alain Chabat, Gérard Lanvin, Anne Le Ny, Wladimir Yordanoff, Jean-Pierre Darroussin,...
Distributeur : Les Acacias
Budget : -
Genre : Comédie Dramatique, Romance.
Nationalité : Français.
Durée : 1h52min.
Date de sortie : 1er mars 2000
Date de ressortie : 1 avril 2026
Synopsis :
Castella est un chef d'entreprise peu porté sur la culture. Pourtant, un soir, en allant par obligation assister à une représentation de "Bérénice", il tombe en adoration du texte et de l'actrice principale, Clara. Par une coïncidence, celle-ci va lui donner des cours d'anglais, nécessaires à son travail. Castella tente de s'intégrer à ce milieu artistique mais sans grand succès. On ne bouscule pas ainsi les cadres de références et les barrières culturelles sans faire d'histoires.
Même plus de cinq ans après sa tragique disparition, savoir que le tandem Agnès Jaoui/Jean-Pierre Bacri ne pourra plus jamais nous offrir de comédies chorales est une vérité que nous mettront beaucoup de temps à accepter, d'autant plus que la tristesse de la disparition du second, toujours imposante, risque de laisser un trou béant bien plus important que beaucoup s'accorderont à le penser (soyons honnêtes, c'est déjà le cas), au coeur d'une comédie - et d'une comédie dramatique - hexagonale qui peine à rester au zénith de sa forme.
Reste donc alors aux cinéphiles de se remémorer aux bons souvenirs de leurs essais passés, tels des totems dont on ne pourrait plus jamais vraiment se lasser, avec leur résonance nouvelle furieusement mélancolique, où à tout simplement continuer à chérir les apparitions d'Agnès Jaoui, toujours aussi lumineuse même dans des comédies pas toujours défendables.
Sans doute leur meilleur effort avec le gentiment vachard Un Air de Famille, Le Goût des autres - première réalisation d'Agnès Jaoui -, merveille de comédie humaine sombre et douce-amère sur les angoisses comme le désir de connexion d'âmes bouffée par la solitude glaciale et les incertitudes comme par l'auto-satisfaction qu'impose une bourgeoisie profondément blasée, vissé sur les vicissitudes d'un homme d'affaires provincial qui porte son manque de culture en bandoulière, et qui trompe la torpeur d'un mariage sans passion en tombant irrémédiablement amoureux d'une actrice de théâtre à la troupe gentiment antipathique (qui profite de son ignorance pour l'humilier); mais également sur les aléas de plusieurs figures gravitant autour de son orbite - son épouse architecte, son chauffeur, son garde du corps et même une barmaid locale, intimement liée aux deux.
Aussi drôle que monstrueusement déprimant dans sa manière de confronter frontalement ses personnages jamais vraiment bons ni totalement mauvais (mais croqués avec une complexité rare dans leur normalité la plus banale), devant la dure réalité de l'existence humaine (une morale so " Jabac " : que l'on soit en haut ou en bas de l'échelle sociale, on est tous logés à la même enseigne pour être frappé par les désillusions de la vie comme par l'intolérance crasse du monde), Jaoui jongle avec intelligence et subtilité entre ses morceaux de vies pour mieux pointer l'interconnexion quasi-impossible entre les différentes classes pipée par le filtre des préjugés, comme l'expression verbeuse et crue de l'illusion que l'on puisse supplanter sa condition, même armé des meilleurs intentions.
Le tout avec une déclaration passionnée et passionnante sur l'importance de l'art dans nos existences, comme moteur pour l'émerveillement autant que pour l'épanouissement de soi et l'ouverture à l'autre.
Dérive des âmes filmée comme un ballet paradoxalement énergique et figé, jonché par des figures imparfaites mais incroyablement attachantes (au-delà d'un immense Jean-Pierre Bacri, Alain Chabat comme Gérard Lanvin y trouvent l'un de leurs meilleurs rôles), Le Goût des autres (aucune dérive cannibale, petit bémol pour les amoureux du Z qui tâche) est une pépite de comédie humaine authentique et désopilante qui ne subit pas les affres du temps.
Pire : elle nous rend douloureusement nostalgique de ce que nous avons tous perdus il y a quelques années...
Jonathan Chevrier







