[CRITIQUE] : Soumsoum, la nuit des astres
Réalisateur : Mahamat-Saleh Haroun
Avec : Maïmouna Miawama, Eriq Ebouaney, Achouackh Abakar Souleymane,...
Distributeur : KMBO
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Français, Tchadien.
Durée : 1h41min
Synopsis :
Dans un village isolé du Tchad, Kellou est traversée par des visions qu’elle ne comprend pas. Grâce à sa rencontre avec Aya, une exilée aux secrets douloureux, elle va découvrir une autre façon de regarder son passé, ses rêves et son village. Mais en prenant la défense d’Aya, que le chef du village tente de chasser, elle se heurte à la peur et à la colère des habitants, et devra se battre pour garder sa liberté.
N'ayant pas son pareil pour exceller dans la manière de raconter des récits intimes et sensibles sur des individus dont la vie est bouleversée par des structures sociétales liberticides et totalement indépendantes de leur volonté, on avait laissé le - brillant - cinéma de Mahamat-Saleh Haroun au lendemain des multiples confinements, au détour du magnifique Lingui, les liens sacrés, une merveille de drame brut et nécessaire, captivant et méditatif façon exploration viscérale de la lutte constante des femmes pour exister face aux réalités brutales du patriarcat (qui ne se résume pas qu'au continent africain) et à l'hypocrisie des hommes.
Une condamnation fulgurante de ses nations où la religion et le système juridique sont utilisés par les hommes pour se faire le phare de la morale (même lorsque la perfidie de leur propre code est mise à jour), autant qu'une belle odyssée triomphante de détermination et de bravoure (en observant les liens sacrés de la sororité, il laissait entrevoir la vérité que les femmes n'ont qu'elles-mêmes pour s'aider et résister, les seules à vouloir réellement comprendre et réaliser la nature étouffante que les hommes de leur société ont créée), au plus près d'une tragédie familiale où la malédiction se répète de mère en fille.
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Cinq ans plus tard, Soumsoum, la nuit des astres poursuit ce même mantra de célébration des liens féminins à travers un questionnement sur la transmission de l'héritage culturel et spirituel, noué autour des aternoiements comme de l'isolement profond d'une jeune adolescente tchadienne dont la mère est morte en couches, Kellou (une impressionnante Maïmouna Miawama), traversée par des visions qu’elle ne comprend pas et dont l'existence va être bousculée par la rencontre avec Aya, une quarantenaire exilée aux secrets douloureux, qu'elle va défendre face à un village qui la considère comme une sorcière et veut la chasser...
Subtilement enlacé entre le récit initiatique empathique et hypnotique (flanqué dans un cadre tchadien absolument somptueux, sublimé par les couleurs vibrantes de la photographie de Mathieu Giombini), et la fable lyrique et métaphysique à la frontière de l'onirisme et des croyances (où la caméra scrute méticuleusement le moindre geste, le moindre effleurement), où sa jeune héroïne incarne le symbole d'une féminité étouffée par les injonctions comme les violences d'une société fermement patriarcale, qui cherche à forger par elle-même sa propre voie/émancipation tout en puisant sa force dans un passé puissant; le film se fait un beau et introspectif drame au rythme lancinant et au féminisme marqué, où les traumatismes se léguent en héritage.
Une merveille de cinéma immersif et envoûtant, rien de moins.
Jonathan Chevrier


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