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[CRITIQUE] : Little Feet / Sweet Thing


Little Feet


Réalisateur : Alexandre Rockwell
Avec : Lana Rockwell, Nico Rockwell, Rene Cuante-Bautista,...
Distributeur : Contre-jour Distribution
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h04min

Synopsis :
Déterminés à libérer leur poisson rouge, Lana et Nico se lancent dans une odyssée urbaine magique, quittant leur maison de Los Angeles pour rejoindre l’océan. Leur aventure, racontée à travers les yeux de ce frère et cette sœur, est jalonnée de rencontres aussi folles qu’inquiétantes.



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Sweet Thing


Réalisateur : Alexandre Rockwell
Avec : Will Patton, Karyn Parsons, Lana Rockwell, Nico Rockwell,...
Distributeur : Contre-jour Distribution
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h31min

Date de sortie : 21 juillet 2021
Date de ressortie : 8 avril 2026

Synopsis :
New Bedford, Massachusetts. Billie, jeune adolescente, et son petit frère Nico luttent pour trouver leur place dans une famille dysfonctionnelle. Partagés entre un père alcoolique mais aimant et une mère trop souvent absente, leur vie oscille entre malaises et incompréhensions. Lors d’un été mouvementé, ils rencontrent Malik, jeune garçon en quête de liberté et décident de fuguer avec lui afin de vivre leur propre aventure.





Contre-jour Distribution continue de gentiment nous gâter en ce premier semestre 2026, en donnant une exploitation amplement méritée au cinéma rare et délicat d'Alexandre Rockwell, héritier affirmé et décalé du cinéma béni d'un Jim Jarmusch (qui apparaît d'ailleurs, occasionnellement, devant sa caméra), qui affirme fièrement sa liberté/indépendance créative comme sa singularité à chacun de ses efforts.
Cette rétrospective improvisée avait débutée avec le génial In The Soup, comédie fauchée et excentrique plaçant toute sa force dans la finesse de ses dialogues et la magie des interactions entre ses comediens/comédiennes (Seymour Cassel et Steve Buscemi en tête), un modeste effort burlesque et tendre qui transpirait l'amour d'un cinéma underground désormais révolu (où pas loin) comme d'une Amérique en marge bouffée par la précarité mais toujours digne, à la fois généreuse et singulière, ambitieuse mais douloureusement rattrapée par la dure réalité.

Place à deux autres pépites donc - et elles aussi embaumées dans un noir et blanc tout aussi lumineux qu'intense - , Little Feet dans un premier temps, plus fauché encore que In The Soup, naviguant joyeusement entre le film amateur familial (Rockwell y met en scène ses propres enfants, Lana et Nico) et la fable tendre et féérique aux émotions brutes, au plus près des pérégrinations de deux jeunes décidés à emmener leur ultime poisson rouge, après la mort du second quelques jours auparavant (une disparition qui fait douloureusement écho à celle de leur mère), à la recherche de nouveaux amis et d'une seconde vie dans l'océan, à travers un véritable bond dans l'inconnu dans une Los Angeles presque onirique, qu'ils vont traverser avec détermination - et un caddie - pour atteindre un océan Pacifique aussi bleu que dans les rêves de Red (Shawshank Redemption, les vrais savent)

Une petite bulle de fraîcheur à hauteur de mômes (ou la quasi-absence des adultes semble encore plus inciter à l'indépendance des plus jeunes) certes pas exempt de quelques panouilles (surtout du côté du montage - néanmoins fluide - comme du mixage sonore, parfois approximatifs, la faute sans doute au fait que Rockwell porte toutes les casquettes ici), mais qui célèbre avec une douceur et une mélancolie cotonneuse l'imaginaire foisonnant comme l'innocence de l'enfance, où émerveillement, chagrin et joie s'entremêlent dans un ballet tout autant délicat qu'enchanteur.

Une petite merveille profondément adorable (et définitivement trop courte) à laquelle répond totalement Sweet Thing, où il célèbre à nouveau l'innocence de la jeunesse tout en mettant encore ses gosses en scène (qui ont bien changés entre-temps, mais également sa femme), itinéraire d'une fugue définitivement plus douloureuse et marginale mais toute aussi solaire, très Mark Twain-esque dans le ton : celle de Billie, jeune pré-ado et de son petit frère, Nico, qui peinent à trouver leur place dans une famille toxique et dysfonctionnelle, entre un père alcoolico-dépressif brisé et désespéré mais au coeur d'or (un bouleversant Will Patton), et une mère absente au nouveau compagnon violent.
Deux mômes qui, lors d'un été mouvementé et aux côtés d'un compagnon de fortune, Malik, embrassent leur désir de liberté et décide de quitter leur Massachusetts sans espoir et aux figures adultes fuyantes, pour la chaleur de la Floride, au coeur d'un périple où ils seront confrontés de plein fouet à la ridesse comme aux fêlures d'une Amérique malade et toute aussi cabossée que leurs destinées.

Drame familialo-social puissant et poignant embaumé dans les sonorités jazzies de Billie Holiday, dont la spontanéité comme l'énergie de son interprétation ne sont jamais totalement sapée par une écriture un poil forcée (surtout dans son dernier acte), Sweet Thing, qui swingue joliment entre réalisme et poésie, est une œuvre férocement attachante, l'expression parfaite du cinéma modeste et enchanteur d'un cinéaste qui est, sans doute, ce qui est arrivé de mieux au cinéma indépendant américain de ces trente dernières années, avec Kelly Reichardt, Richard Linklater et Jim Jarmusch.


Jonathan Chevrier