[CRITIQUE] : Derrière les palmiers
Réalisatrice : Meryem Benm’Barek
Avec : Driss Ramdi, Sara Giraudeau, Nadia Kounda, Carole Bouquet, Olivier Rabourdin,...
Distributeur : Pyramide Distribution
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Marocain, Français.
Durée : 1h40min
Synopsis :
A Tanger, Mehdi voit sa relation avec Selma bouleversée lorsqu’il rencontre Marie, une riche Française dont les parents ont acheté une luxueuse villa dans la kasbah. Attiré par sa vie mondaine, il délaisse Selma, feignant d’ignorer que ses choix le rattraperont.
C'est dans une Tanger solaire et prégnante où les ambitions se heurtent à la vérité crue de la réalité sociale et urbaine, que la cinéaste Meryem Benm'Barek, que l'on avait découvert avec le puissant et ramassé Aicha en 2018 (chronique haletante et purement Farhadienne sur la condition des femmes marocaines dans une nation où l'accouchement hors mariage est un déli, au plus près d'une jeune mère celibataire ayant fait un déni de grossesse), décide de poser le cadre de son second effort, Derrière les palmiers, odyssée moins empathique et résolument plus prévisible, clouée aux basques d'une figure moins empathique, Mehdi, jeune homme frustré qui se rêve architecte mais n'est qu'un simple ouvrier dans l'entreprise de construction familiale, dont les intentions sentimentalo-sexuelles sont aussi fluctuantes que ses aspirations, symbolisées par deux femmes avec lesquelles ils " jonglent " : Selma d'un côté, fiancée dévouée qui incarne l'idée d'une vie stable, et Marie, fille de riches clients français plus enclin aux plaisirs de la chair, une maîtresse incarnant pleinement son désir d'ailleurs et d'ascension - l'ivresse d'une opulence qui déconnecte de tout.
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La cinéaste s'attache tout du long à sa lente et inéluctable déchéance psychologique et morale, fruit d'une arrogance et d'une détermination à vouloir coûte que coûte s'élever au-dessus de sa condition sociale quitte à jouer d'un mensonge appelé à le submerger comme à froidement instrumentaliser les femmes de son existence, artifices d'une personnalité profondément toxique et antipathique dont le portrait s'avère aussi peu édulcoré que sans véritable nuance, à l'image même de Selma et Marie (réduites à de simples fonctions, vertueuse et tragique pour la première, plus désinvolte et instable pour la seconde) comme des parents de cette dernière.
Pas vraiment du velours donc, pour une expérience solidement mise en boîte et loin d'être exempt quelques qualités évidentes (une photographie léchée; une musique discrète mais habile; la prestation poignante de Nadia Kounda; une manière incisive d'aborder le néocolonialisme économique et l'influence marquée de la France sur le Maroc), mais bien trop plombé par une écriture à la fois trop fragile et forcée, pour éviter de ne pas avoir la pellicule coincée entre le mélodrame bourrée d'incohérences, la fable (trop) moraliste et le thriller psychologique il est vrai plutôt prenant.
Une vraie déception donc.
Jonathan Chevrier


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