[TOUCHE PAS NON PLUS À MES 90ϟs] : #160. Bird on a wire
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| © 1990 - The Badham-Cohen Group / Interscope Communications / Universal Pictures / United International Pictures (UIP) |
Nous sommes tous un peu nostalgiques de ce que l'on considère, parfois à raison, comme l'une des plus plaisantes époques de l'industrie cinématographique : le cinéma béni des 90's, avec ses petits bijoux, ses séries B burnées et ses savoureux (si...) nanars. Une époque de tous les possibles où les héros étaient des humains qui ne se baladaient pas tous en collants, qui ne réalisaient pas leurs prouesses à coups d'effets spéciaux et de fonds verts, une époque où les petits studios venaient jouer dans la même cour que les grosses majors légendaires, où les enfants et l'imaginaire avaient leur mot à dire... Bref, les 90's c'était bien, tout comme les 80's, voilà pourquoi on se fait le petit plaisir de créer une section où l'on ne parle QUE de ça et ce, sans la moindre modération. Alors attachez bien vos ceintures, prenez votre ticket magique, votre spray anti-Dinos et la pilule rouge de Morpheus : on se replonge illico dans les années 90 !
#160. Comme un oiseau sur la branche de John Badham (1990)
Sorti en 1990, Comme un oiseau sur la branche (Bird on a Wire) s’inscrit pleinement dans la grande tradition du buddy movie d’action hollywoodien, tout en lui insufflant une légèreté romantique qui en fait un divertissement particulièrement attachant. Réalisé par John Badham, cinéaste aguerri passé par le thriller, la comédie et le film musical, le projet bénéficie de son sens du rythme et de son savoir-faire visuel acquis au fil d’une filmographie éclectique. Badham aborde ici l’action avec fluidité, privilégiant l’efficacité narrative et l’alchimie des interprètes plutôt qu’une surenchère d’effets.
Le développement du film repose sur une idée simple mais efficace : confronter un homme vivant sous une fausse identité dans le cadre d’un programme de protection des témoins à son ancien amour, au moment même où son passé le rattrape. Ce postulat permet de mêler romance contrariée, comédie de situation et poursuites spectaculaires. Le scénario joue habilement sur la tension entre danger réel et échanges piquants, donnant au film une tonalité hybride qui fait tout son charme. À une époque marquée par les grandes figures de l’action musclée, le choix d’un ton plus enjoué apparaît comme une stratégie judicieuse.
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| © 1990 - The Badham-Cohen Group / Interscope Communications / Universal Pictures / United International Pictures (UIP) |
Le duo central constitue évidemment le cœur battant du film. Mel Gibson, alors au sommet de sa popularité après le succès de la saga L'Arme fatale, apporte son mélange caractéristique de nonchalance ironique et d’intensité physique. Il incarne un héros débrouillard, charmeur et légèrement dépassé par les événements, ce qui humanise l’action et renforce la dimension comique. Face à lui, Goldie Hawn déploie une énergie pétillante et une autodérision savoureuse. Loin d’être une simple faire-valoir, son personnage affirme sa personnalité, son tempérament et son intelligence, créant un véritable rapport d’égalité dynamique au sein du couple. Leur complicité à l’écran repose sur un équilibre réussi entre confrontation verbale et solidarité forcée.
Les seconds rôles participent également à la solidité de l’ensemble. Les antagonistes, interprétés notamment par David Carradine et Bill Duke, apportent une menace crédible sans jamais alourdir le ton. Leur présence renforce la tension dramatique tout en laissant suffisamment d’espace à la dimension ludique du récit.
Techniquement, le film illustre le professionnalisme de John Badham. Les scènes d’action , poursuites en voiture, séquences aériennes, affrontements physiques, sont mises en scène avec clarté et lisibilité. Le montage privilégie la compréhension spatiale et le rythme, évitant la confusion souvent associée aux productions plus frénétiques. La photographie met en valeur des décors variés, des paysages ouverts aux environnements urbains, accentuant la sensation de cavale permanente. L’utilisation des cascades et des effets pratiques, typiques du cinéma d’action de la fin des années 1980, confère au film une matérialité tangible qui renforce son efficacité.
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| © 1990 - The Badham-Cohen Group / Interscope Communications / Universal Pictures / United International Pictures (UIP) |
Au-delà du pur divertissement, Comme un oiseau sur la branche laisse affleurer des sous-textes intéressants. Le thème de l’identité y occupe une place centrale : le héros vit sous des noms d’emprunt, changeant constamment de visage social pour survivre. Cette instabilité nourrit la tension romantique, puisque la relation amoureuse repose sur des souvenirs partagés mais aussi sur des mensonges passés. Le film explore ainsi, sous couvert de comédie, la question de la confiance et de la possibilité d’une seconde chance.









