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[CRITIQUE] : Love on trial


Réalisateur : Kôji Fukada
Avec : Kyoko Saito, Yuki Kura, Erika Karata,...
Distributeur : Art House
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Japonais, Français.
Durée : 2h03min.

Synopsis :
Jeune idole de la pop en pleine ascension, Mai commet l’irréparable : tomber amoureuse, malgré l’interdiction formelle inscrite dans son contrat. Lorsque sa relation éclate au grand jour, Mai est traînée par sa propre agence devant la justice. Confrontés à une machine implacable, les deux amants décident de se battre pour défendre leur droit le plus universel : celui d’aimer.





Lieutenant - plus ou moins - officieux (aux côtés, notamment, de Ryusuke Hamaguchi) d'une jeune génération de cinéastes japonais résolument tourné vers l'international, Kōji Fukada, dont l'influence du cinéma français (surtout la filmographie bénie d'Éric Rohmer) est aussi flagrante que ses efforts ont une fâcheuse tendance à prendre - vraiment - leur temps pour atteindre nos salles obscures, lui que l'on avait laissé en 2023 avec une exaltante double séance.

D'un côté le sublime Love Life (merveilleux mélodrame familial à la fois douloureux et poliment distant, dans sa manière de scruter les contradictions d'une union endeuillée), et de l'autre... son premier long-métrage longtemps inédite, La Comédie Humaine (drame mélancolique et d'une honnêteté brutale, qui pointe la violence douloureusement ordinaire de la vie, gratte le vernis fragile de l'amour et de l'amitié, pour mieux exposer le vide insondable de l'humanité, la confrontant à sa solitude autant qu'à son vide intérieur).

Copyright 2025 “Love On Trial” Film Partners / Kôji Fukada / Art House

C'est sensiblement dans l'ombre - un poil lointaine, certes, mais quand-même - de Satoshi Kon (pensez au monument Perfect Blue) qu'on le retrouve avec Love on Trial, plongée sombre (même si pas dénuée de mélancolie) et méticuleuse dans le monde anxiogène des idols et de la J-pop, où l'exubérance toutes en paillettes d'un enthousiasme artificiel et préfabriqué se confronte de plein fouet à la violence implacable d'intérêts commerciaux dénués de toute humanité, qui poussent ses talents au bord de l’effondrement psychologique.

La narration est tout du long clouée aux basques d'une jeune idole de la pop à la lassitude marquée face à sa prison dorée, Mai, qui a eu le malheur d'exposer la toxicité de sa condition par le plus pur - et résistant - des actes qui soit : tomber amoureuse (une romance que le cinéaste aborde avec une infinie délicatesse), monumentale et irréparable erreur puisqu'il transgresse non seulement son contrat (une clause de « non-amour » qui annihile toute sa valeur marchande, élément essentiel d'une industrie dont la prospérité économique est basée sur le fantasme d'idoles potentiellement accessibles, et donc célibataires), mais " pousse " également son agence à la balancer devant les tribunaux, dans un sommet d'hypocrisie crasse, où elle fera tout pour retrouver - et affirmer - sa liberté.

Copyright 2025 “Love On Trial” Film Partners / Kôji Fukada / Art House

Opposition crue d'un épanouissement personnel contrarié par la mécanique rigide et infernale d'un business dont l'emprise sur ses jeunes filles est totale, qui exige une dévotion extrême pour préserver l'illusion d'une pureté comme d'une chasteté de façade (une objectification des corps et un archi-contrôle des existences comme des sentiments, dont Fukada ne masque ni l'absurdité et encore moins l'inhumanité), tout autant qu'il pointe la responsabilité même du spectateur face à ce carnaval macabre et sans morale (au mieux voyeuriste, au pire particulièrement dangereux); Love on Trial célèbre un combat comme un élan sororal essentiel aussi bien qu'il dénonce avec justesse sans jouer la carte d'une surenchère putassière. 

Le tout, tout en étant capable de faire naître la beauté et la poésie au coeur des ravages abjects et dévorants du capitalisme.
Du Fukada (très) en forme donc.


Jonathan Chevrier