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[CRITIQUE] : Les rayons et les ombres


Réalisateur : Xavier Giannoli
Acteurs : Jean Dujardin, August Diehl, Nastya Golubeva, André Marcon,...
Distributeur : Gaumont Distribution
Budget : -
Genre : Drame, Historique.
Nationalité : Français.
Durée : 3h15min.

Synopsis :
Pendant la Deuxième Guerre mondiale, l’histoire vraie de Jean et Corinne Luchaire, un père et sa fille pris dans l’engrenage de la collaboration.





Les sujets du régime de Vichy et de la collaboration avec les nazis au coeur de la Seconde Guerre mondiale ont longtemps été tus dans l'hexagone, même au coeur d'un septième art qui à la - salvatrice - tendance à élever sa voix plus haute que celles qui devraient - un minimum - la prendre, à tel point que même le documentaire Le Chagrin et la Pitié de Marcel Ophüls, qui a férocement brisé le tabou sur le sujet tout en ayant les honneurs d'une sortie en salles en 1969, s'était vu refuser une diffusion sur le petit écran jusqu'en 1981 - le puissant Monsieur Klein de Joseph Losey, n'avait pas forcément bousculé les foules au moment de sa sortie en 1976 non plus.

Copyright 2026 WAITING FOR CINEMA – CURIOSA FILMS – GAUMONT – FRANCE 3 CINÉMA

Que Xavier Giannoli, passé un fantastique Illusions Perdues, aborde le sujet avec rien de moins que Jean Dujardin en vedette et un budget mignon en bandoulière (30 millions d'euros, une grosse enveloppe post-triomphe aux César mais surtout grosse pression niveau rentabilité pour le bonhomme), avait de quoi gentiment titiller notre intérêt, d'autant que le bonhomme partait du principe sain de concocter une popote allant moins vers les contours hasardeux d'une comédie dans la France occupée façon " Papy OSS " fait de la résistance (pas pire, sur le papier, qu'un sous-Charlots comme Le Jour J), que sur ceux résolument bien plus ambitieux d'une fresque romanesque et foisonnante sur le patron de presse Jean Luchaire, homme de gauche devenu une figure emblématique de la collaboration durant la Seconde Guerre mondiale (qui finira arrêté en Italie puis condamné à mort et fusillé en février 1946).

Bonne pioche, tant le cinéaste convoque l'excessivité vicieusement nuancée comme l'honnêteté sauvage de son précédent effort (voire même, également, son sens aigu pour les reconstitutions léchées), pour mieux s'approprier la véracité historique et sèchement dénoncer la monstruosité comme ressortir l'inhumanité et l'incompréhension de la lente descente aux enfers d'une époque qui n'avait plus rien d'humaine, à travers une narration non linéaire qui fait sensiblement écho à celle d'Illusions Perdues : l'exposition d'une presse prête à produire de la désinformation en masse et des plumes sous " influence ", clouée aux basques d'une figure idéaliste et cupide, architecte de sa propre tragédie (dans laquelle il emportera sa fille, promise pourtant à un bel avenir), qui ne transforme plus en marchandise de la littérature, mais bien la liberté d'expression en bulldozer express pour la propagande nazie.

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Presque Rohmerien dans son approche réflexive, tant Giannoli ne cherche jamais réellement à s'imposer comme un père la morale qui juge où condamne ses personnages (il les expose tels qu'ils sont, au plus près de leurs ambiguïtés comme de leur monstruosité), mais plus comme un faiseur de rêves qui observe, décortique, questionne l'histoire avec un grand H tout autant que la cruauté insondable naissant dans le bain putride de la lâcheté, de l'égoïsme et l'indignité; Les Rayons et les ombres incarne une auscultation froide et funeste des vérités d'une France sous l'occupation que la majorité avait pudiquement oubliée, pas exempt de quelques aspérités (sa voix-off Scorsesienne, quelques coups de mou niveau rythme,...) mais dominée par un Jean Dujardin imposant et tout en nuances.

Trois heures de bobines passionnées et passionnantes qui passent en un clin d'œil, et surtout une sacrée proposition bien de chez nous comme on aimerait en voir fleurir plus souvent.


Jonathan Chevrier



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Après un détour par la série TV, Xavier Giannoli revient au cinéma 5 ans après son excellent Illusions Perdues. Cette fois-ci, le réalisateur français n’adapte pas un livre, mais une histoire vraie. Dans Les rayons et les ombres, Giannoli s’intéresse aux personnages de Jean Luchaire, journaliste français fusillé en 1946 pour avoir collaboré avec le régime nazi durant la Seconde Guerre mondiale. Mais il s’attarde aussi sur la fille de ce dernier, Corinne Luchaire, actrice à la carrière écourtée par la tuberculose. Pour ce faire, le cinéaste explore sur plus de 3 h la vie de ces deux protagonistes. Une plongée dans une vie complexe, tourmentée et pleine de contradictions. Un programme chargé qui soulève beaucoup d’interrogation, et qui risque de faire quelques polémiques.

Difficile de parler de ce long-métrage sans traiter rapidement de qui est Jean Luchaire. Né en Italie en 1901, il assiste à la montée durant son enfance, ainsi qu’à la mise en place du traité de Versailles qu’il juge injuste pour l’Allemagne. Il devient donc promoteur de l’amitié et du rapprochement franco-allemand, utilisant notamment son métier de journaliste pour transmettre ses idées. En 1930, il se lie d’amitié avec Otto Abetz, diplomate allemand qui deviendra plus tard ambassadeur du IIIè Reich à Paris pendant l’Occupation. Tous deux mettent en place des actions de conciliation entre l’Allemagne et la France, partageant des idées pacifistes. Jusqu’au bout, Luchaire campera ses positions pacifistes, disant même en 1933 qu’il est important de maintenir un dialogue avec Hitler. Au cours de la guerre et de l’Occupation, le journaliste français se rapprochera du gouvernement de Vichy. Il fondera le journal Les Nouveaux Temps, qui sera un relai important pour les Occupants.

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Une base historique complexe, chargée de symbolique, et qui peut être risquée à aborder sans prendre un peu de recul. Giannoli tente de ne pas tomber dans le manichéisme. Pour ce faire, il va à la fois filmer la grande histoire dans son grandiose et aussi dans son horreur, et en même temps l’intime de ses personnages. Il prend le parti de ne pas rester dans une posture d’accusateur sur ses protagonistes. Il montre leurs états d’âmes, et les événements qui les ont amenés à faire ces choix, sans pour autant les excuser.

Mais Les rayons et les ombres est très loin de cette posture d’observateur extérieur qui peut paraître trop neutre lorsque l’on traite des sujets autour de la collaboration. Par exemple, le film rappelle régulièrement les raisons qui ont poussé Luchaire à collaborer : l’argent. Ce dernier, avare, a vu dans l’alliance avec le Troisième Reich un moyen de s’enrichir. Il est aussi la représentation de jusqu’où les bourgeois sont prêts à aller pour garder leurs privilèges. Pour ce qui est du personnage de Corinne, elle est présentée comme une victime des choix de son père. Elle qui a toujours voulu le croire et le protéger, n’ayant accès qu’à peu d'informations sur la réalité derrière les actions de son père, s’est vu être une cible facile après l'exécution de ce dernier. Cette vision, reflète-t-elle la véracité historique de la vie de ces deux personnes ? Difficile à dire, et votre humble critique n’a pas les connaissances et le temps pour vérifier cela. Mais surtout, cela importe assez peu. Car Xavier Giannoli s’intéresse plus à la relation entre cette famille, à la confiance que l’on porte à ses proches, et à comment cette dernière peut (ou pas) se briser.

Malheureusement, le film souffre d’une narration trop lourde et qui ne fonctionne pas tout le temps. Les rayons et les ombres est raconté par le prisme de Corinne Luchaire, narrant sa vie et celle de son père et l’enregistrement. On se retrouve donc avec des aller-retour entre les années 30-40 et quelques années après. Ainsi, on a le droit à la sempiternelle voix-off très peu pertinente. Mais le gros défaut de ce processus est qu’il induit que toute l’histoire que l’on voit à l’écran est un témoignage de ce que Corinne a vécu ou a su. Or, il y a de nombreux passages et épisodes de l’histoire dont il est impossible qu’elle ait connaissance. En s’enfermant dans ce dispositif, Giannoli se bloque forcément, et est obligé de tricher pour s’en sortir.

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Fresque historique de 3h, Les rayons et les ombres est une œuvre politiquement très chargée. À l’heure de la montée du fascisme dans le monde entier, Giannoli interroge notre rapport avec ceux qui utilisent et encouragent ces mouvances pour s’enrichir et garder leurs privilèges. Mais plus qu’une critique de la collaboration, le film est aussi une histoire intime sur une famille déchirée. Malheureusement, une narration trop confuse et pompeuse, plusieurs dizaines de minutes de trop gâche le tout.


Livio Lonardi