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[CRITIQUE] : Saveurs d'exil


Réalisatrice : Anne-Solenne Hatte
Acteurs : -
Distributeur : Atchafalaya Films / Program Store
Budget : -
Genre : Documentaire.
Nationalité : Français.
Durée : 1h11min.

Synopsis :
Autour de moments en cuisine avec sa grand- mère vietnamienne, la réalisatrice, Anne-Solenne Hatte, remonte le fil du silence familial jusqu’à une histoire politique oubliée : celle d’un grand-père autrefois au cœur du régime du Sud Vietnam. Entre archives Super 8, recettes de famille et non-dits, le film tisse un récit sensoriel où le goût devient mémoire et la cuisine, un langage de transmission.





Elle ne s'explique pas toujours mais ce genre de petite magie n'en reste pas moins essentielle pour tout ceux qui aime un minimum, le septième art dans toute sa richesse et son imprévisibilité - comme sa prévisibilité, aussi.

Au sein d'une distribution hexagonale férocement chargée, où chaque mercredi du mois devient littéralement une jungle certes grisante mais sauvage dans laquelle chaque péloche tente un tant soit peu d'attirer l'attention des cinéphiles et des spectateurs lambda, au coeur d'une salle jamais trop obscures (une proposition qui est tout autant une bénédiction qu'une petite malédiction, tant il faut faire des choix de séances parfois frustants), certaines sorties pas forcément originales ni même accrocheuses sur le papier, parviennent pourtant à nous gentiment taper dans l'oeil voire même mieux que cela, à nous toucher en plein coeur autant par leur simplicité que par leur justesse.

Copyright Atchafalaya Films

Après le documentaire autobiographique La Vie après Siham de Namir Abdel Messeeh le mois dernier, un autre documentaire ce mois-ci correspond parfaitement à cette définition : Saveurs d’Exil de la comédienne et désormais cinéaste Anne-Solenne Hatte, qui plonge elle aussi avec délicatesse au coeur de l'histoire familiale, au détour de séquences culinaires avec sa grand-mère et d'une pluie d'archives intimes.
Où comment mêler les arts - cinématographique et de bouche - pour flatter la rétine comme nourrir les esprits, dans une sorte de cocktail sensoriel sous fond de transmission et de résilience extraordinaire, au plus près des non-dits douloureux comme des vérités sensibles d'une famille intimement liée à l'histoire sociale et politique du régime du Sud Vietnam, avant d'être contrainte à l'exil en France.

Enquête méticuleuse et beauté du geste, entre compréhension, libération de la parole - et des souvenirs - et acceptation, Saveurs d’Exil est un bel effort sobre et sensible, tendre et passionnant - même si peut-être un poil trop court pour son bien.
Quoiqu'en diront certains, ce premier tiers de l'année ciné 2026 est vraiment pétri de magnifiques découvertes.


Jonathan Chevrier