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[CRITIQUE] : Maigret et le mort amoureux


Réalisateur : Pascal Bonitzer
Avec : Denis Podalydès, Anne Alvaro, Manuel Guillot, Irène Jacob,...
Distributeur : Pyramide Distribution
Budget : -
Genre : Policier.
Nationalité : Français, Belge.
Durée : 1h20min.

Synopsis :
Le commissaire Maigret est appelé en urgence au Quai d’Orsay. Monsieur Berthier-Lagès, ancien ambassadeur renommé, a été assassiné. Maigret découvre qu’il entretenait depuis cinquante ans une correspondance amoureuse avec la princesse de Vuynes, dont le mari, étrange coïncidence, vient de décéder. En se confrontant aux membres des deux familles et au mutisme suspect de la domestique du diplomate, Maigret va aller de surprise en surprise...





On avait laissé le plus célèbre des commissaires de la littérature belge et de la brigade criminelle parisienne, il y a une poignée d'années avec le sobrement intitulé Maigret de Patrice Leconte, sorte de renaissance cinématographique du personnage né de la plume foisonnante (mais pas toujours passionnante, petite chiquette gratuite certes, mais justifiée) de Georges Simenon, après plusieurs décennies cantonnées au petit écran (avec notamment un feu Bruno Cremer parfait dans le rôle, ou encore un Rowan Atkinson étonnamment débarrassé de - quasiment - toutes ces facéties comico-irritantes).

Copyright Pyramide Distribution

Une adaptation qui oscillait plus où moins habilement entre la dévotion sincère et le fétichisme un poil appuyé - pour être poli -, tant le cinéaste ne se préoccupait pas véritablement de sa narration ni de son intrigue, trop occupé qu'il était à capturer la performance habitée et enivrante d'un Depardieu qui se fondait totalement dans la carcasse du monolithique commissaire, au point que les deux se confondaient dans un balet mélancolique et désespéré qui en laissa plus d'un sur le carreau.

Pile poil quatre ans plus tard, Pascal Bonitzer, pas étranger au polar tiré de la littérature (coucou Le Grand Alibi), remet le couvert avec un Maigret pas forcément évident sur le papier - Denis Podalydès - mais sensiblement convaincant la pipe au bec (aucune pensée salace, détends- toi cher lecteur), au détour d'une adaptation du roman Maigret et les vieillards, vissé sur l'enquête atypique et rocambolesque entourant la mort d'un ancien ambassadeur renommé, ayant entretenu une correspondance épistolaire romantico-platonique avec une princesse.
Le tout flanqué au début d'un XXIe siècle où tout transpire la contemporanéite excepté un commissaire qui est réfractaire à l'évolution - comme John McClane -, et pas forcément à l'aise.

Copyright Pyramide Distribution

Tranchant avec la mélancolie du film de Leconte, Bonitzer joue la carte d'un ludisme enjoué sans pour autant bousculer un rythme sensiblement en charantaises et très " Maigret ", au coeur d'une narration ramassée mi-nostalgique, mi-moderne et à la malice assumée, dont l'épure exacerbée (de sa durée, à peine quatre-vingts minutes au compteur, à sa mise en scène sans artifices), ne fait que renforcer son charme désuet.
Un petit plaisir d'un autre temps donc, vrai film de comédiens/comédiennes qui fait modestement son office - on n'en demandait pas forcément plus.


Jonathan Chevrier