[CRITIQUE] : Green Line
Réalisatrice : Sylvie Ballyot
Acteurs : -
Distributeur : Tamasa Distribution
Budget : -
Genre : Documentaire.
Nationalité : Français, Libanais, Qatari.
Durée : 2h30min.
Synopsis :
En animation et archives, retour sur la guerre civile du Liban, à hauteur d’enfant, sur les traces de Fida, née en 1975 à Beyrouth, qui déploie les plis de sa mémoire en interrogeant d’anciens protagonistes du conflit. Entre fureur passée et poésie de la mise en scène, un poignant récit cathartique.
Doux hasard du calendrier où belle stratégie marketing - et cinématographique, pour la concordance inédite - de la part de nos distributeurs hexagonaux, mais il y a une belle complémentarité qui se dégagent des deux propositions pourtant dissemblables que sont Un monde fragile et merveilleux, premier long-métrage de fiction de Cyril Aris, et Green Line de Sylvie Ballyot, dont c'est également le premier effort (qui vogue de son côté, du côté du documentaire expérimental), tant les deux s'inscrivent au coeur même des nombreux tumultes d'un " Pays du Cèdre " qui peine à se relever sous le poids écrasant autant des tensions entre la population et le gouvernement (dont l'indifférence des classes dirigeantes n'est, in fine, pas si differente aux nôtres) mais aussi des conflits voisins qui s'invitent sur ses propres terres (qui n'ont fait que de s'accentuer depuis deux ans maintenant, à tel point qu'il est difficile de dissocier les mots guerre et Liban dans la conscience - souvent biaisée - collective).
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| Copyright Tamasa Distribution |
Si le film d'Aris jonglait entre l'énergie cotonneuse de la comédie romantique et la gravité nerveuse d'un drame intime et social, Ballyot joue elle la carte d'une oeuvre plus cathartique et thérapeutique, atypique dans sa forme (cocktail entre prises de vue réelles, témoignages, images d'archives, séquences animées - qui cite directement le cinéma de Rithy Panh - et reconstitutions miniatures) mais décemment plus confuse dans son fond (la faute à un montage férocement foisonnant), au plus près des traumatismes de l'enfance de son ami libanaise, Fida, dans une nation bouleversée par la guerre civile, sur laquelle le documentaire revient avec un regard humaniste (mais pas exempt de quelques aspérités moralistes) et dénue de tout jugement facile dans sa volonté de questionner les deux camps pour mieux comprendre ce qui paraissait jusqu'ici nébuleux pour son Fida - et, peut-être par la même occasion, bâtir les premières pierres d'une reconstruction intime.
Une gymnastique précaire (et manquant, sans doute, un poil de profondeur) mais, paradoxalement, pas exempt de délicatesse ni de générosité, pour ce qui incarne in fine une oeuvre poignante et intriguante, qui aurait peut-être mérité qu'on lui taille un léger bout de gras pour gagner en fluidité - même si certes, elle aurait sans doute perdu en poésie.
Jonathan Chevrier


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