[PAS DE BUG EN L'AN 2000!] : #1. Ocean's Eleven
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" " Quoi ? Encore une nouvelle section sur votre site ? " Bah oui, on aime parler cinema et surtout compartimenter nos billets. Tu crois qu'on devrait consulter ?
Arf, pas besoin de te demander cher lecteur, toutes les voix dans nos têtes disent que tout va bien...
Enfin... bref, dans cette section tu l'auras compris, on va faire comme pour les sections 80s et 90s, mais avec les années 2000 et une production qui risque de titiller la nostalgie des millenials... où pas.
Bref, lâches ta PSP, armes-toi de ton Mp3 (on avait pas tous des Ipod, redescends) et embrasses toute cette douce vague de mélancolie qui s'apprête à foncer sur ta poire !
#1. Ocean's Eleven de Steven Soderbergh (2001)
Ocean’s Eleven est à l’origine le remake d’un film de 1960 réalisé par Lewis Milestone, véritable mise en avant pour le groupe de musique « The Rat Pack » (Frank Sinatra, Dean Martin, Sammy Davis Jr.). Le film original était davantage une célébration de l’amitié et du charisme de ses stars qu’un véritable film de casse rigoureux. Lorsque Warner Bros. décide de ressusciter le projet à la fin des années 1990, l’enjeu est double : moderniser le concept et retrouver un équivalent contemporain du magnétisme collectif du Rat Pack. Steven Soderbergh, cinéaste alors reconnu pour son éclectisme (Sexe, mensonges et vidéo, Out of Sight, Erin Brockovich), est choisi pour mettre en scène le projet. George Clooney, acteur clé de l’initiative, devient à la fois tête d’affiche et moteur créatif, s’impliquant activement dans la constitution du casting.
L’idée est simple mais ambitieuse : réunir une constellation de stars (Brad Pitt, Matt Damon, Julia Roberts, Andy Garcia…) sans que le film ne s’effondre sous le poids de leurs ego. Le scénario, écrit par Ted Griffin, repose sur une structure classique de film de braquage : recrutement de l’équipe, exposition du plan, complications, révélation finale. Pourtant, Ocean’s Eleven ne cherche jamais réellement à créer du suspense au sens traditionnel. Le spectateur n’est pas tant invité à se demander si le casse va réussir que comment il a déjà réussi.
Le film privilégie la fluidité, le rythme et la légèreté. Le montage elliptique, la musique jazzy de David Holmes, la photographie élégante et les mouvements de caméra discrets participent à une sensation de maîtrise permanente. Las Vegas devient un terrain de jeu stylisé, presque abstrait, où tout semble glisser avec une facilité trompeuse. Soderbergh adopte une mise en scène volontairement invisible : rien ne déborde, rien ne s’impose. Le film avance avec l’assurance tranquille d’un coup parfaitement répété.
Cette approche fait du braquage un ballet chorégraphié plutôt qu’un thriller sous tension.
La grande réussite de Ocean’s Eleven réside dans son charme collectif. Chaque acteur, même dans un rôle secondaire, existe immédiatement à l’écran. Les dialogues sont vifs, souvent minimalistes, portés par un sens du timing comique remarquable. Clooney incarne une figure de leader décontracté, Brad Pitt un partenaire faussement détaché, tandis que Matt Damon joue l’enthousiasme naïf qui sert de point d’entrée au spectateur.
Le film brille également par sa confiance narrative. En dissimulant volontairement des informations clés jusqu’au dénouement, il transforme le twist final en moment jubilatoire sans jamais donner l’impression de tricher complètement. Le plaisir vient autant de la révélation que de la relecture mentale du film que le spectateur effectue ensuite. Enfin, Ocean’s Eleven propose une vision du cinéma de divertissement adulte, élégant et non cynique, à une époque où les blockbusters commencent à privilégier la surenchère numérique.
Si le film séduit par son style, il souffre aussi de cette même qualité. Les personnages sont définis par des archétypes plus que par une véritable profondeur psychologique. Le film ne cherche jamais à explorer leurs motivations autrement que par quelques traits esquissés. Le méchant, incarné par Andy Garcia, reste relativement unidimensionnel. L’absence réelle de tension dramatique peut également frustrer certains spectateurs. Le casse paraît trop facile, trop lisse, presque sans risque. Le spectateur est tenu à distance émotionnelle, tout est sous contrôle, tout le temps.
Ce choix assumé enlève au film une part de gravité et limite son impact émotionnel. Enfin, le personnage féminin principal (Julia Roberts) est parfois critiqué pour son rôle essentiellement fonctionnel, servant davantage le jeu de miroirs narratif que l’autonomie dramatique.
À sa sortie, Ocean’s Eleven reçoit un accueil largement positif. Les critiques saluent son élégance, son casting et son sens du divertissement intelligent. Le film est un succès commercial majeur et engendre deux suites directes (Ocean’s Twelve et Ocean’s Thirteen), ainsi qu’un spin-off (Ocean’s 8). Avec le recul, Ocean’s Eleven est souvent considéré comme le meilleur opus de la saga, précisément parce qu’il conserve une fraîcheur et une simplicité que les suites complexifieront parfois à l’excès.
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Ocean’s Eleven illustre parfaitement le paradoxe Soderbergh : un auteur capable de naviguer entre cinéma indépendant expérimental et blockbuster grand public sans renier son identité. Le film n’est pas son œuvre la plus personnelle, mais il démontre son sens aigu de la mise en scène fonctionnelle, son goût pour les structures narratives ludiques et son refus de l’emphase inutile. Soderbergh signe ici un film de studio qui ne cherche pas à se faire passer pour autre chose que ce qu’il est : un divertissement élégant, conscient de son héritage et sûr de son plaisir.
Jess Slash'Her











