[CRITIQUE] : Father Mother Sister Brother
Réalisateur : Jim Jarmusch
Acteurs : Adam Driver, Cate Blanchett, Vicky Krieps, Charlotte Rampling, Tom Waits, Mayim Bialik,...
Distributeur : Les Films du Losange / Scala Films
Budget : -
Genre : Comédie, Drame.
Nationalité : Américain, Français, Italien, Allemand, Irlandais.
Durée : 1h51min.
Synopsis :
Father Mother Sister Brother est un long-métrage de fiction en forme de triptyque. Trois histoires qui parlent des relations entre des enfants adultes et leur(s) parent(s) quelque peu distant(s), et aussi des relations entre eux.
On avait laissé le cinéma béni de Jim Jarmusch sur une note résolument engagée (même si mineure dans sa filmo, il y crachait son dégoût pour l'etablishment et l'hypocrisie sociale comme rarement) : The Dead Don't Die, péloche sur la fin du monde et la décadence culturelle qui en découle, un vrai cartoon funèbre, moqueur et désespéré solidement mis en scène, une cour de récréation au tempo d'un autre temps dans laquelle un casting d'amis dézingue son prochain avec un enthousiasme non feint.
Le tout dans un cocktail d'humour à froid souvent sarcastique (car non, ce n'était pas une comédie) et de références à la pop-culture joliment efficace - même si trop nombreuses -, dénué de toute horreur (c'est l'antidote léthargique à The Walking Dead).
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| Copyright Vague Notion 2024 - MUBI - Yorick Le Saux / Les Films du Losange |
Une pépite sous fond de désir (sain) de renouveau qui a méchamment divisé les spectateurs, et si l'on pouvait décemment lui reprocher son absence de subtilité parfois, son manque d'ampleur - c'est souvent piussif, à tous les niveaux - voire la redondance de son histoire (au fond, comme le répétait souvent les personnages, on connait la chanson), elle n'en restait pas moins une plaisante apocalypse, lugubre, absurde et méta, qui s'inscrivait logiquement - même dans ses limites - dans la continuité de Paterson et Only Lovers Left Alive.
Six ans plus tard, et adoubé par la dernière Mostra, l'autre big Jim nous revient avec une aventure sensiblement moins débridée et audacieuse, Father Mother Sister Brother, pour laquelle il renoue avec une narration épisodique nous rappelant aux bons souvenirs de Night on Earth et Coffee and Cigarettes; trois petites histoires indépendantes comme autant d'explorations/définitions de l'amour - ou son absence - familial (la première voyant le tandem Adam Driver/ Mayim Bialik rendre visite à leur Tom Waits de père, à New Jersey; la seconde à Dublin, avec le duo Cate Blanchett/Vicky Krieps jouant deux sœurs opposées à une merveilleuse Charlotte Rampling campent leur mère autoritaire; une troisième avec des deux jumeaux - Indya Moore et Luka Sabbat - revenant, à Paris, dans leur maison d'enfance, toujours habitée par leur matriarche).
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D'une poésie enchanteresse et joliment dans l'ombre du cinéma récent de Hong San-soo (héritier, tout comme lui, de Bresson, avec un doigt du cinéma de Woody Allen), le film incarne une odyssée laconique et dépouillée sur le lien - où le vide de lien - qui unit/désunit les enfants et leurs parents passé l'émancipation du cocon familial des premiers, entre méconnaissance des aînés et une mise à nue totale des silences gênées et gênants (les personnages n'ont pas grand chose à se dire, et c'est bien là tout le sel de ses confrontations), où le comique de répétition cher au papa de Stranger Than Paradise fait des merveilles.
Absurde, nostalgique et mélancolique, Jarmusch alerte sans crier gare sur la folie/tragédie du monde contemporain, tout en nous rappellant subtilement - et brutalement - à la fugacité de notre existence.
Le genre de séances parfaite pour débuter tout en douceur l'année ciné 2025.
Jonathan Chevrier



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