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[C’ÉTAIT DANS TA TV] : #40. Shelter

Michael Parmelee/Prime Video

Avant de devenir des cinéphiles plus ou moins en puissance, nous avons tous été biberonnés par nos chères télévisions, de loin les baby-sitter les plus fidèles que nous ayons connus (merci maman, merci papa).
Des dessins animés gentiment débiles aux mangas violents (... dixit Ségolène Royal), des teens shows cucul la praline aux dramas passionnants, en passant par les sitcoms hilarants ou encore les mini-séries occasionnelles, la Fucking Team reviendra sur tout ce qui a fait la télé pour elle, puisera dans sa nostalgie et ses souvenirs, et dégainera sa plume aussi vite que sa télécommande.
Prêts ? Zappez !!!



#40. À Découvert/Shelter (2023)


Adapter Harlan Coben est toujours un exercice délicat. Auteur à succès, prolifique, reconnaissable entre mille, il divise souvent par son écriture très codifiée et ses mécaniques de thriller parfois jugées trop apparentes. Je dois d’ailleurs l’admettre d’emblée : je ne suis pas particulièrement fan de son œuvre littéraire. Pourtant, À découvert parvient à dépasser mes réticences et s’impose comme une adaptation étonnamment convaincante, qui mérite largement le coup d’œil. Ce qui frappe d’abord, c’est l’ambiance singulière que la série installe dès ses premiers épisodes. À découvert réussit un équilibre subtil entre nostalgie et modernité. Il y a dans son atmosphère quelque chose de mélancolique, presque doux-amer, qui renvoie à une mémoire collective, à des souvenirs enfouis, tout en restant profondément ancrée dans le présent. La série joue avec le temps, les non-dits et les traces du passé, mais sans jamais tomber dans une simple reconstitution passéiste. Elle regarde en arrière tout en parlant clairement d’aujourd’hui, de nos angoisses contemporaines, de nos identités fragmentées et de nos vies connectées.

La réalisation, particulièrement soignée, participe grandement à cette réussite. La mise en scène privilégie une approche élégante et maîtrisée, sans effets tape-à-l’œil inutiles. Les cadrages sont précis, souvent contemplatifs, laissant respirer les scènes et installant une tension diffuse plutôt qu’un suspense artificiel. La caméra sait se faire discrète quand il le faut, mais elle est aussi capable d’appuyer sur des détails significatifs, renforçant l’émotion ou le malaise. Cette sobriété formelle donne à la série une vraie tenue esthétique, bien au-delà de ce que l’on attend habituellement d’un thriller grand public. Les lieux de tournage jouent un rôle central dans l’identité de À découvert. Les décors ne sont jamais de simples arrière-plans : ils enrichissent pleinement l’ambiance et participent à la narration. Qu’il s’agisse d’espaces urbains marqués par le passage du temps, de paysages plus ouverts empreints de solitude ou de lieux intimes chargés de souvenirs, chaque environnement semble habité par une histoire. Cette attention portée aux décors renforce le sentiment de nostalgie qui traverse la série, comme si les lieux eux-mêmes conservaient la mémoire des événements passés. Ils deviennent des témoins silencieux, parfois même des personnages à part entière.


Michael Parmelee/Prime Video

L’adaptation se distingue également par sa capacité à lisser certains excès propres à l’univers de Coben. Les ressorts narratifs restent efficaces, mais la série prend le temps d’approfondir ses personnages, de nuancer leurs motivations et de rendre leurs trajectoires plus crédibles émotionnellement. On ne se contente pas d’enchaîner les révélations : on s’attarde sur les conséquences, sur les blessures laissées par les secrets et sur la difficulté de se reconstruire après la vérité. Cette approche plus humaine et posée donne à l’ensemble une densité bienvenue. enfin, À découvert séduit par son ton global, à la fois accessible et étonnamment mature. Elle ne renie pas son statut de thriller, mais elle l’enrichit d’une vraie sensibilité, presque introspective. Là où je reste souvent à distance de l’univers de Harlan Coben, cette adaptation parvient à m’embarquer grâce à son atmosphère travaillée, sa réalisation élégante et l’intelligence de son traitement des lieux et du temps.

En somme, À découvert est une belle surprise. Sans révolutionner le genre, la série propose une expérience immersive et soignée, capable de séduire aussi bien les amateurs de thrillers que les spectateurs plus réticents à l’œuvre originale. Une adaptation qui prouve qu’avec une vision claire et une vraie exigence artistique, il est possible de transcender le matériau de départ et d’offrir une œuvre à la fois nostalgique, contemporaine et sincèrement captivante.


Jess Slash'her