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[CRITIQUE] : Influencers


Réalisateur : Kurtis David Harder
Acteurs : Cassandra Naud, Georgina Campbell, Lisa Delamar, Jonathan Whitesell,...
Distributeur : - (Factoris Films)
Budget : -
Genre : Thriller, Épouvante-horreur.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h50min.

Synopsis :
La fascination morbide d’une jeune femme pour le meurtre et l’usurpation d’identité la plonge dans un tourbillon de chaos.






Quand bien même l'idée de prendre en grippe la culture des influenceurs, figures qui nous suivent - plus ou moins directement - au quotidien et profitent autant de notre sur-dépendance aux réseaux sociaux que d'une pluie d'influencables pas toujours armés contre les dangers du numérique (la passivité en est l'un des plus conséquent), vendait un tant soit peu de pâté sur le papier, on était ressorti méchamment déçu par Influencer premier du nom chapeauté par Kurtis David Harder, qui avait abordé le sujet avec la subtilité d'un hippopotame en période de reproduction.

Thriller mou de la fesse gauche dont la narration s'amusemait à cartographier le moindre de ses rebondissements avec une frénésie gourmande, quand la fée des facilités scénaristiques ne venait pas foutre son grain de sel de manière irritante, pour tenter de sortir le spectateur de sa torpeur; le film ratait surtout sensiblement le coche dans son incapacité à rendre un tant soit peu clair ses intentions (critiquer la culture des influenceurs ? Critiquer ceux qui les suivent aveuglément ? Diaboliser les deux ?).
Le film avait beau se révéler aussi anecdotique et superficielle que le contenu de ceux qu'il prenait pour sujet, succès oblige (shame on you all), voilà que Harder revient deux ans plus tard avec une suite, Influencers (tout est dans la nuance), qui joue la carte du bigger and louder question panorama globe-trotter tout en ajoutant une dimension psychosexuelle pas piquée des hannetons (même si sa facture elle, reste toujours aussi cruellement téléfilm-esque).

Copyright Shudder

Mais si le premier film tentait difficilement d'arpenter le terrain sinueux du thriller psychologico-satirique, cette seconde monture bifurque légèrement de cap pour voguer vers le thriller haletant beaucoup plus solide sur ses appuis, tant il semble assumer cette fois totalement - où pas loin - ses invraissemblances comme son absurdité latente, tout en boostant les fondations d'une narration certes encore affreusement linéaire.
Conçu comme un jeu du chat et de la souris nouée autour de la relation toxique entre une Madison qui tente de prouver son innocence en traquant une CW qui elle, tente de remplacer l'artificialité de son existence par une connexion réelle à l'autre - jusqu'à ce que sa véritable nature reprenne définitivement le dessus -, Influencers vient étoffer la caractérisation de ses personnages tout en plongeant tête la première dans le bis kitsch des 90s, jusque dans sa brutalité explosive.

Et c'est là toute la réussite d'un film qui, même s'il n'a décemment pas la plume qu'il faut pour répondre à ses (jolies) ambitions, à suffisamment d'intelligence pour loger ses intentions au coeur même du trouble psychique entre ses deux protagonistes féminines, créé par le premier opus, d'opposer comme de lier une quête désespérée de combler le vide d'une âme damnée, à une autre toute aussi désespérée de reconquête de soi.
Un chaos moins désorganisé qu'il n'en a l'air donc tout en restant gentiment régressif, toujours vulnérable dans son propos satirique (utilisation maladroite de la question de l'IA en prime) mais qui, contrairement à son ainé, est réellement fun et prenant.

Une bonne suite d'un mauvais film donc, une énergie so 90s qu'on vous dit...


Jonathan Chevrier