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[CRITIQUE] : Running Man


Réalisateur : Edgar Wright
Acteurs : Glen Powell, Josh Brolin, Colman Domingo, Lee Pace, Katy O'Brian, Karl Glusman, Daniel Ezra, Jayme Lawson, Michael Cera, Emilia Jones, David Zayas,...
Budget : -
Distributeur : Paramount Pictures France
Genre : Action, Science-fiction,  Thriller.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h14min

Synopsis :
Dans un futur proche, The Running Man est l’émission numéro un à la télévision : un jeu de survie impitoyable où des candidats, appelés les Runners, doivent échapper pendant 30 jours à des tueurs professionnels, sous l'œil avide d’un public captivé. Chaque jour passé augmente la récompense à la clé — et procure une dose d’adrénaline toujours plus intense. Ben Richards, ouvrier désespéré prêt à tout pour sauver sa fille gravement malade, accepte l’impensable : participer à ce show mortel, poussé par Dan Killian, son producteur aussi charismatique que cruel. Mais personne n’avait prévu que Ben, par sa rage de vivre, son instinct et sa détermination, devienne un véritable héros du peuple… et une menace pour tout le système. Alors que les audiences explosent, le danger monte d’un cran. Ben devra affronter bien plus que les Hunters : il devra faire face à un pays entier accro à le voir tomber.





Si, à notre époque, la télé réalité est devenue tellement commune que l'on ne s'en préoccupe même plus, au point où justement, on la consomme avec une avidité et un voyeurisme proprement effrayant (moins si on l'assume totalement, comme l'auteur de ses mots), dans les années 80 en revanche, c'était une attraction potentiellement excitante et surtout un incroyable champ de tous les possibles - surtout les plus déviants.

Et le septième art ne l'avait que (trop) bien compris.

Copyright Paramount Pictures

Fausse adaptation d'un roman de Stephen King (signé sous le pseudonyme de Richard Bachman) mais surtout vrai remake jamais avoué/assumé du brillant Prix du Danger d’Yves Boisset avec un Gérard Lanvin tout jeunot (procès pour plagiat à la clé), Running Man premier du nom chapeauté par un Starsky littéralement en pyjama et en charentaises, incarnait toutes les dérives fantasmées - mais loin d'être improbables pour autant -, de ce que pourrait être la télévision de demain, pas si improbable dans une Amérique gouvernée par la politique de Donald Trump.
Une grisante mais effrayante dystopie SF où un show télévisé reléguait gentiment The Survival et Koh-Lanta à une compétition de bacs à sable, en catapultant des prisonniers à perpétuité dans une pluie d'arènes grandeur nature, où ils devaient lutter à mort contre des gladiateurs testostéronés, gaulés comme des catcheurs et armés jusqu'au dent, pour tenter de grappiller une remise de peine et une libération immediate.

Du pur divertissement régressif avec un chêne australien au sommet de ses capacités, qui appelait inéluctablement à se faire corriger en long, en large et en travers par une adaptation digne de ce nom des lignes d'un King habitué à voir son oeuvre saccagée - même par lui-même.
Que ce soit Edgar Wright qui s'échine à vouloir mener à bien le projet quasiment quatre décennies plus tard (on se fait vieux, bordel...), n'incarnait pas tant que cela une surprise puisque le bonhomme s'est échiné au fil du temps, à passer d'un genre à l'autre avec un enthousiasme non feint et un sens de l'irrévérence - jusqu'ici - intact, toujours dans un souci d'en questionner les limites, armé d'un montage nerveux et d'une bande originale au poil.
Mais The Running Man est peut-être le premier film à ce jour de Wright qui n'a rien d'un film du papa de Hot Fuzz (on force le trait, mais juste un peu), tant son intention d'adapter méticuleusement et (très) sérieusement les lignes du pape de l'horreur, l'oblige instinctivement à renier ce qui fait le sel même de son cinéma comme de sa patte si reconnaissable.

Copyright Paramount Pictures

Reprenant scrupuleusement l'intrigue originelle (dans un futur pas si éloigné où le fossé entre les différentes classes sociales sont béants, Ben Richards, trentenaire et papounet enragé, n'a d'autre choix que pour échapper à la précarité extrême de son quotidien et sauver sa petite fille malade, de participer à l'un des jeux télévisés de la chaîne Free-Vee Network, The Running Man, une émission populaire où les participants tentent d'échapper aux chasseurs/tueurs entraînés de la chaîne pendant 30 jours, pour récupérer un joli magot) tout comme sa structure ouvertement inspirée du jeu vidéo, là où le film de 1987 reprenait quelques lignes du pitch pour épouser sans réserve une interprétation vidéoludique qui limitait tout son potentiel réflexif et politique (secondaire, puisque ses intentions n'ont jamais dépassées celles d'un fun et brutal actionner à la lisiere du bis rital); cette cuvée 2025 se veut plus contemporaine dans sa manière de s'inscrire dans l'actualité, mais s'enferme in fine tout autant que son ainé dans une sorte d'instanné cinématographique du blockbuster ricain rutillant mais furieusement figé et familier.

Ses parallèles à la société américaine - mais pas que - d'aujourd'hui sont nombreux et évidents, quand bien même ils s'avèrent plutôt bien amenés : de la manipulation de masse par le " cyclope " qu'incarne le petit écran (des deepfakes comme une réécriture de la réalité par Killian et ses équipes, pour retourner la foule contre Richards et justifier sa traque sanguinaire), à l'inégalité des revenus et le fossé de plus en plus abyssale entre toutes les classes (qui accentuent le manque d'accès aux soins médicaux), en passant par ses chasseurs ressemblant traits pour traits à la police de l'immigration US.
Mais tous ses artifices ne sont jamais abordés frontalement, jamais appuyés par une envie d'embrasser à pleine bouche les courbes d'une satire percutante, ni même par une représentation percutante voire grotesque de l'oppression dystopico-fachiste, tant tout ne dépasse jamais les limites du cadre propret d'un actionner à gros budget où les scènes d'action certes efficaces s'enchaînent de manière douloureusement prévisibilité.

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Et c'est là où le bas blesse, tant un blockbuster signé par Edgar Wright tient en lui la promesse de ne pas être un divertissement sans audace, expurgé du style si singulier de son auteur (la B.O. est plus impersonnelle que jamais), ici réduit à un humour partiellement cinglant et à quelques bribes remarquées (une course-poursuite entraînante dans une auberge, une séquence déjantée filmée en fish-eye,...), mais sporadiques sur plus de deux heures de bobines.
Powell a beau joliment donner de sa personne, à travers une performance toute aussi poignante que dynamique, mais il y a un manque d'énergie et d'audace qui se fait cruellement ressentir (et encore plus dans un dernier acte décousu), et que même la plus enthousiasmante des boules de flipper humaine, ne peut combler.

Jamais véritablement subversif ni incisif dans sa prise en grippe des médias et d'une actualité manipulable par des milliardaires et leurs grosses machines de propagande, ni dans une narration à l'issue pourtant voulue comme cathartique, Running Man n'est alors rien de plus qu'un blockbuster certes divertissant et musclé mais qui sabote lui-même son propre potentiel.
Damn Edgar...


Jonathan Chevrier


Copyright Paramount Pictures

Edgar Wright revient encore une fois avec une proposition de cinéma différente des précédentes. Ce réalisateur “touche-à-tout” (expression utilisée à outrance, qui prend vraiment tout son sens avec le cinéaste anglais) offre une nouvelle version du roman de Stephen King sorti en 1982. Une dystopie mettant en scène une téléréalité mortellement dangereuse où trois personnes doivent survivre pendant 30 jours. Sur le papier, tout était réuni pour avoir une œuvre intéressante et divertissante. Un réalisateur à la patte bien identifiée (notamment dans son montage), sachant s'adapter aux styles de chaque projet. Un Glen Powell, acteur en pleine ascension. Une histoire dystopique critique de la société, faisant écho à plusieurs aspects de notre monde. Comment ne pas avoir hâte de découvrir ce long-métrage ? Malheureusement, les attentes étaient peut-être un peu trop élevées.

Running Man intrigue dans sa première partie. Il présente un monde en crise, contrôlé par des multinationales. Ces dernières offrent un brin d’espoir à la population en organisant et diffusant des émissions de téléréalité qui n’ont plus aucune limite, et où la souffrance humaine (voire la mort) est partout. Des programmes qui entretiennent le désir de sensationnalisme des spectateurs et l’envie de voir des gens souffrir (ce qui n’est pas très loin de ce que l’on voit dernièrement sur internet).

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En parallèle, on découvre notre protagoniste, Ben Richards (Glen Powell). Père de famille rebelle, qui a beaucoup de mal à garder son calme contre les injustices de ce monde, il est prêt à tout pour protéger sa femme et sa fille. Un personnage auquel on s’attache instantanément, car on se reconnaît facilement en lui. Et enfin, on entre très rapidement dans l’intrigue avec le début du jeu, qui annonce un spectacle intense et plein de surprises.
Mais tout s’effondre dès que l’on entre dans l’action. Comme un mirage que l’on atteint enfin, nos attentes se dissipent, et les questionnements commencent. Où est la patte d’Edgar Wright que l’on espérait tant ? Où sont les surprises et l’intensité de la traque ? Où est la subtilité que l’on aime tant dans le cinéma de Wright ? Où est le rythme ? Dès que le jeu commence, les déceptions ne font que s’enchaîner pour, au final, n’avoir qu’un énième film d’action américain faussement intéressant, poussant ses propos aux forceps.

Le principal problème de Running Man se retrouve dans les dialogues et dans la manière dont Wright tente de faire passer ses propos. Oubliez le charme des dialogues tant comiques que dramatiques de Shaun of the Dead ou Le Dernier Pub avant la fin du monde. Oubliez le travail de mise en scène permettant de comprendre toutes les envies narratives et thématiques du film comme dans Scott Pilgrim ou Last Night in Soho. Là, Wright offre juste de longues tirades tout droit sorties d’une thèse d’étudiant de L1. On se retrouve donc avec des dialogues sur-explicatifs qui sont au mieux oubliables, au pire d’une grande lourdeur, voire complètement inutiles (pauvre Michael Cera). Le tout ne fait qu’alourdir l’action, cassant le rythme de cette traque à de trop nombreuses reprises.

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L’autre problème de Running Man est malheureusement un peu indépendant de sa volonté. Lors de la sortie du roman, mais aussi de la première adaptation, l’état du monde n’était pas aussi catastrophique qu’aujourd’hui. La téléréalité n’avait pas atteint les extrémités actuelles, et les politiques n’étaient pas aussi ouvertement extrêmes (ils faisaient et disaient les mêmes horreurs qu’aujourd’hui, mais avaient au moins la décence ou le talent pour les cacher). Le caractère dystopique des œuvres était donc facilement acceptable. On voyait un monde horrible et effrayant que l’on voulait à tout prix éviter.
Mais, en 2025, on vit déjà dans le monde qui est dépeint. La société américaine décrite dans le Running Man de Wright est la même que celle qu’on voit aujourd’hui. Il y a les mêmes inégalités, le même contrôle par des multinationales avides de pouvoir. Le rapport entre les spectateurs et la téléréalité, on le voit déjà. Et les limites ne semblent pas si loin.

On peut notamment se rappeler de l’horreur qui s’est déroulée en France sur la plateforme Kick il y a quelques semaines de cela : un homme est décédé en direct, le live étant resté allumé pendant plusieurs heures. Mais il suffit aussi de voir les émissions de MrBeast, youtubeur américain ayant plus de 450 millions d’abonnés, qui repousse de plus en plus les limites de l’acceptable dans ses productions. Dernièrement, un homme a dû s’échapper d’une pièce en proie à un incendie. Même pour ce qui est de la question des IA, du deepfake et de la modification des vidéos, la réalité est déjà proche de ce qui est montré dans le film. Même si Wright n’indique jamais l’année où se déroule son intrigue, on comprend qu’il ne doit pas se dérouler à notre époque. Par conséquent, difficile de voir la dystopie. On en devient presque déçu, car on se dit que le futur n’est pas si différent de notre présent.

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Bien que divertissant par instants, Running Man déçoit. On attendait d’Edgar Wright une traque effrénée, surboostée, bénéficiant des idées folles de montage du cinéaste. On se retrouve avec un blockbuster très classique, peu subtil, parfois lourd, et plutôt oubliable. Pas foncièrement un mauvais film, il laisse un goût amer. Très déçu par Edgar.



Livio Lonardi